Dimanche 9 février 2014 7 09 /02 /Fév /2014 23:23

 

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« Ma mère insistait pour que l'on vienne, on s'y rendait contraints. Heureux de nous retrouver ? Comment savoir ? Presque de la joie, et de l'exaltation quand le toit apparaissait derrière les arbres. Mais lorsque les voitures s'engageaient sur le chemin, l'agacement me gagnait déjà. Les effusions, les bagages trop chargés de mes sœurs, les recommandations de ma mère, les remarques de mon frère. Tous l'étaient, agacés, mais personne ne voulait le reconnaître. Dissemblances d'adultes impossibles à combler. » Saul, page 30

 

À Somanges, la maison familiale est devenue trop grande depuis que le père est mort et que les enfants, devenus parents à leur tour, n'y passent plus tout leur temps. Ils s'y réunissent une dernière fois à la veille de la vente et, dans les pièces vides, résonnent déjà des propos anodins mais chargés de sous-entendus.

« Si Somanges était notre socle, la terre s'est ouverte quand nous l'avons vendue. Tout l'amour enseveli. » Saul, page 61

Deux ans plus tard, la famille se réunit à contre-cœur et surtout pour faire plaisir à leur mère, en Grèce où Saul, l'aîné, a acheté une maison. Sur les terres de leurs ancêtres, c'est non sans une certaine appréhension que les Saul (directeur d'un grand quotidien), Hélène (nez réputé) et les jumeaux Réna et Élias (dont la trajectoire professionnelle est loin d'être transcendante) se retrouvent. Au programme, rancœur et révélations sur le mystérieux accident dont on parle à demi-mots et sur le cousin Dimitri.

 

« Je me suis mis à passer de plus en plus de temps en Grèce. J'y suis bien. Difficile de décrire le bien-être. Autour de la maison, la terre est aride, le vent souffle, siffle dans les oliviers, les tamariniers. Quand le bois est livré, les parfums se mélangent, chaque arbre a le sien. Je commence à les identifier. Et j'essaye de me souvenir de ce que disait Hélène sur les odeurs de Somanges et de la Grèce de nos grands-parents. Celles qui nous ont enveloppés et celles qu'elle a réinventé au sens propre. Ma sœur est nez.

Là-bas, les parfums sont envahissants, je ne distingue pas le passé du présent. Unité de temps et de lieu. Ce qu'il me faut. Je plie sous le poids du bois, j'aime ces efforts, les tâches à renouveler. Je scie, je ponce, je taille. Je ne relève pas la tête, la sueur dégouline sur ma peau» Saul, page 38

 

Pourtant pas friand d'histoires de famille, de secrets, de non-dits, de tensions sous-entendues, de scènes sans mouvement, d'histoires où il ne se passe pas grand chose quoi, j'ai été touché par le roman de Kéthévane Davrichewy.

D'abord parce que la langue est belle. Elle donne envie de s'attarder sur les mots, les phrases, les pages, de profiter de chaque instant pour savourer la délicatesse de son écriture. Sans jamais tomber dans le pathos ou la grandiloquence, elle fait raconter le récit par les quatre frères et sœurs eux-même. D'abord Saul, déjà sur l'île, ensuite par Hélène avant et après son arrivée, enfin par les jumeaux, d'une seule voix, sur le bateau alors qu'ils sont à deux doigts des retrouvailles.

Ensuite parce que les l'occasion pour chacun de raconter l'état d'esprit actuel autant que les souvenirs. La peur des retrouvailles autant que les actes passés ayant entraîné des tensions entre eux. Chacun y va de sa version des faits, de ses impressions sur la jalousie d'untel et l'amour d'un autre.

« Quel besoin avons-nous de rester en contact ? Couper, est-ce possible ? Sectionner les fils qui nous ont tenus en vie ? Théâtre de marionnettes. Quelqu'un soudain lâche le cordon, et nous retombons comme des bouffons inanimés. Mon père était-il le marionnettiste ? » Saul, page 33

Enfin parce que grâce aux deux précédentes chose, c'est un joli voyage que l'on fait à leurs côté, malgré les tensions. Un voyage subtil, touchant et finalement agréable à travers le temps et les sentiments d'une fratrie qui n'a pas toujours été épargnée par les drames. Un des plus beaux romans de la rentrée pour le moment.

 

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«  - Tu sais ce qui m'est arrivé de pire ? dit-elle. Me retrouver dans les bras d'un homme qui portait un parfum d'Hélène. 

- De quel homme parles-tu. 

- Ma vie te surprendrait, il y a des angles morts, les relations sont parfois complexes. 

- Tu trompes Pierre ? 

- Est-ce que je le trompe puisqu'il ne le sait pas ? Je ne l'ai jamais trahi. 

- Tu crois que Coline m'a trompé ? 

- Je ne sais pas, mais toi, tu ne t'es pas gêné. 

- Ce n'était rien, un besoin de séduire. Rien d'important. 

- Pour elle, ça l'était, ça l'a blessée. Je n'ai jamais blessé Pierre, il se sent en sécurité avec moi, et il a raison. 

- Je dois acquiescer ? 

- Je me fiche que tu acquiesce ou non. J'avais envie d'être dans les bras de cet homme, et surtout j'avais besoin de son désir. 

- Il y en a eu d'autres ? Qu'est-ce que tu cherches en me racontant ça ? 

- J'ai eu besoin de rencontres, et puis ça apaisait mon inquiétude, je te l'ai dit, tu ne l'as jamais pris au sérieux. 

- Je ne peux pas croire que tu me balances ça. C'était avant ou après ton accident ? Après, bien sûr. Avant, tu étais innocente. 

- Quel propos horrible, tu devrais avoir honte. Pure, pendant que tu y es. Il y en a eu avant et après. 

Il s'était toujours gardé d'imaginer la vie sexuelle de sa sœur, pourquoi l'avait-il interrogée ? Il ne voulait pas savoir.

Réna regrettait ses confidences. Ses aventures foireuses, son manque de désir, ne méritaient que le silence. Elle s'était pourtant confié à Hélène, mais elle ne s'était sentie ni comprise ni soutenue. Si elle s'en plaignait à Élias, il lui dirait qu'elle se trompait. Il refusait d'admettre que le rapport de ses sœurs ne tenait plus qu'à un fil. Un fil fragile et distendu. Elle ressentait le jugement de sa sœur sur sa vie, ses incitations, déguisés en conseils, destinés à transformer Réna en sœur idéale. Elle avait cessé de s'intéresser à la vie d'Hélène, au fond, elle n'était pas plus intentionnée, alors comment pouvait-elle accuser Hélène ? 

Mais, Élias, son jumeau, pourquoi s'était-il enfermé dans une vie tranquille et provinciale où elle n'avait pas de place ? Il se tourna vers elle, suspendit un geste.

- Je savais chasser tes angoisses, dit-il simplement. 

- C'est vrai. Mais tu n'es plus là. Je crois qu'Hélène était jalouse de notre relation. Elle essayait d'avoir la même avec Saul, elle ne le lâchait pas. 

- Elle y parvenait. Ils étaient inséparables, dit Élias. 

- Mais elle devait se battre en permanence, ne jamais rompre sa vigilance, alors que je n'avais rien à faire, nous étions collés, toi et moi, quoi qu'il arrive. Elle me le faisait payer. Et Dimitri était chasse gardée, je ne devais pas l'approcher. 

- Dimitri comme Saul était gâteux avec toi, il te passait tout. Plus on grandissait, plus ça devenait pénible, la façon dont Dimitri t'était attaché m'était insupportable. 

- Tu ne me l'as jamais dit. 

- Un jour, je l'ai injurié, accusé d'inceste, je lui ai interdit de te voir. 

- Qu'est-ce que tu racontes ? Mais quand ? Pourquoi ? 

- Quelques jours avant l'accident. 

Élias se sentit soulagé d'avoir mentionné Dimitri, aucun d'entre eux ne prononçait plus le prénom de leur cousin.

- Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé ?

- Quand tu étais allongée, à moitié dans le coma ? Quand tu souffrais et te battais pour revivre normalement ? Je me dégoûtais. J'ai déversé ma rancœur sur lui, mais ma rage ne le concernait pas. C'est à toi que j'en voulais, toi qui entretenais l'affection de Saul et celle de Dimitri, comme si la mienne ne te suffisait pas. Toi qui avait Pierre. Les jumeaux, c'était fini, on s'immisçait entre nous. Avec le temps, ça s'est effiloché.

Élias s'enflammait, Réna fut frappée par sa fébrilité inattendue, elle en ressentit de l'allégresse et de la reconnaissance. Elle se pencha vers lui, pressa ses lèvres sur son front. Il lui jeta un regard surpris, ne lui rendit pas son baiser» Élias et Réna, pages 136 à 139

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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Jeudi 6 février 2014 4 06 /02 /Fév /2014 10:05

 

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Elle était l'appât 455, la plus célèbre prisonnière de l'impitoyable République théologique. Lui, un des colonels les plus proches du Commandeur suprême.

L'un et l'autre ont fui la dictature pour un pays nordique. Le colonel attend sa régularisation depuis cinq ans. Un matin, alors qu'on le somme de raconter pour la énième fois son histoire, pourquoi s'est-il engagé, quelles ont été ses fonctions, ses responsabilités, comment a-t-il fui, pourquoi, etc., son interprète habituelle n'est pas là. Elle est remplacée par celle qui fut l'appât 455.

Entre l'ex-bourreau et l'ex-prisonnière va se nouer une relation de dépendance et de conflit un peu faiblarde. Ce sera l'occasion d'en savoir plus sur les raisons qui ont poussé le colonel à braver les interdits, à défier sa hiérarchie et à fuir, sur le rôle de sa femme dans cette histoire, sur l'histoire de l'appât 455, battue, violée, mutilée, pour la faire avouer les crimes de son ami considéré comme terroriste.

 

Si, au départ, en recevant ce livre à la librairie, j'ai été enthousiaste, j'ai déchanté dès les premières pages. Un énorme problème de style détruit tout ce qui aurait pu être intéressant dans le roman de la petite-fille du Cheikh Esmaïl Hachtroudi (leader religieux iranien, député, ayant participé à la Constitution de 1906 et défendu laïcité et tolérance) et fille de Mohsen Hachtroudi (mathématicien et philosophe).

Le parcours de Fariba Hachtroudi est intéressant : doctorat en archéologie, journalisme (elle a notamment couvert la guerre Iran-Irak), auteure de romans, de reportages et d'essais. Elle écrit particulièrement sur son pays d'origine, l'Iran, et sur les droits des femmes.

 

Mais l'idée et le propos ne font pas tout.

Les premières pages sont énervantes (« Je n'ai pas fermé l’œil de la nuit. Une nuit blanche dans la ville blafarde qui veille en somnambule. La neige couvre le pays depuis trois mois. Le soleil ne se couche plus depuis quatre mois. Il inonde l'étendue de givre cristallisé. Des diamants à trancher des gorges. Je vomis cet amas de glace à la clarté aveuglante, aux réverbérations malsaines. Il est six heures du matin. Je quitte le foyer et prends le train à six heures trente. Une épaisse brume écrase l'horizon désolé de cette banlieue pourrie. Un paysage lunaire qui s'effiloche jusqu'à la capitale. Le brouillard m'apaise, me pénètre, engloutit mon être. Je deviens trouble, je fais corps avec l'environnement. Cela me convient parfaitement. Je ne supporte plus le net. La précision m'effraie. Les contours définis m'oppressent. Je vacille. Je titube. Même quand je suis assis. C'est grisant. » page 9).

Plus loin, le style s'arrange, sans pour autant être agréable.

Il faudra passer sur les répétitions (« À Devine, le sol – pur ou impur – est un écran muet où tourne à vide un reality show d'un genre nouveau. Le sol de Devine ou le dazibao de dessins psychédéliques. Sans commentaires. Le sol de Devine se passe de mot mais tord l'âme. À Devine la démarche est la carte d'identité des lâches. » page 49).

Et parfois, il faudra accepter de ne plus comprendre grand chose. Les personnages et les souvenirs s'entremêlent, comme page 154 à 158, où cette manie détestable de ne plus utiliser de guillemets pour les dialogues finit d'achever le lecteur complètement paumé. On ne sait plus qui parle, de qui de quel moment, ni à quel moment, qui est présent lors du souvenir, qui écoute ce souvenir, etc.

 

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J'ai tout de même lu Le colonel et l'appât 455 jusqu'au bout, intrigué que j'étais par ces personnages, emporté directement dans leur monde sans explication préalable. D'ailleurs, ce procédé qui consiste à ce que le narrateur s'adresse à quelqu'un de l'histoire (en l'occurrence le colonel à sa femme) histoire de nous raconter, à nous, lecteurs, rapidement, ce qui s'est passé avant la première page (« J'étais un meurtrier béni par le Commandant suprême et sauvé par toi. C'est vrai. J'étais comme eux, je t'ai menti pendant des années. Quand tu as su que je n'avais pas vraiment démissionné de l'armée. Que je n'étais pas vraiment un homme d'affaires. Que tout était hypocrisie et contrevérité, tu as explosé. Tu les quittes pour de bon ou je te quitte, m'as-tu dit. (…) Je t'ai dit moins tu en sais, mieux c'est. (…) » pages 11 et suivantes), c'est usé jusqu'à la corde et, ici, assez grossier. Tu as dit ça, j'ai dit ça, tu pensais ci, j'ai fait ça... Elle le sait tout ça, à quoi bon le lui redire, si ce n'est pour l'expliquer aux lecteurs ? Grosse ficelle visible, quand tu nous tiens !

Non, décidément, sur la forme, rien ne va dans ce roman. Et le fonds, effondré sous les maladresses, ne parvient pas à sauver grand chose. Il vous faudra sauter quelques paragraphes, quelques pages, afin d'arriver au bout. Dommage.

 

 

Merci à Claire des éditions Albin Michel pour l'envoi de ce livre.

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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Lundi 3 février 2014 1 03 /02 /Fév /2014 16:16

nymphomaniac-1.jpgNymph()maniac 1/2, de Lars Von Trier, 2h **


Lars Von Trier n'est pas mon réalisateur préféré, je ne suis pas friand de ce genre de cinéma idolâtré par les parisiens et par les soit disant amateurs de grand cinéma qui aiment se masturber l'esprit avec des scènes inutilement longues pour peu que l'image soit belle. Si vous vous souvenez, j'avais été ébahi par la qualité visuelle de Tree of Life mais avais détesté cette branlette intello-philosophico-religieuse pompeuse à mort.

Bon, c'est pas autant sur le premier volet de Nymph()maniac mais, dis donc, qu'est-ce qu'on se fait chier ! Allez, j'exagère un peu, on ne s’ennuie pas tout le temps, mais c'est quand même un peu long pour rien. Et vas-y que je te filme la pluie sur un toit sous tous les plans possibles, et vas-y que je te cause de la pêche à la mouche pendant un quart du film.

La réussite du film, hormis l'esthétisme, c'est qu'on a quand même envie d'aller voir la suite...

 

 

don-jon.jpgDon Jon, de et avec Joseph Gordon Lewitt, 1h30 ****


Miam ! S'il ne fallait dire qu'un mot, ce serait celui-là. Si vous voulez voir Joseph Gordon Lewitt en petite tenue pendant trois quart d'heure, allez voir Don Jon. Si vous voulez aussi voir une comédie un brin originale sur le fonds et pas forcément destinée à un public hystérico-féminin, allez voir Don Jon.

Parce que Don Jon, c'est l'histoire, comme son nom l'indique, d'un Dom Juan qui peut se taper à peu près toutes les filles de la terre. Et c'est un peu un connard, parce qu'il les jette aussi rapidement qu'il les a mises dans son lit. Pourquoi ? Parce que ça ne vaut jamais ce qu'il ressent en se masturbant devant un bon porno. Il tente quand même une relation amoureuse avec une belle et bonne blonde (Scarlett Johansson) à l'attitude de salope mais finalement très prude avant de se faire brancher par une quadra un peu étrange (Julianne Moore).

Entre dix Notre Père et cinq Marie Je Vous Salue (parce qu'en plus d'être un gros macho, Monsieur est très croyant), il risque d'y avoir des étincelles ! Un très bon moment avec de bons acteurs.


 

Tel-Pere-Tel-Fils-Affiche-France.jpgTel père, tel fils, de Hirokazu Koreeda, 2h ****


Vous vous souvenez de La vie est un long fleuve tranquille ? Bon, et bien on va prendre le même incipit, à savoir : deux enfants ont été échangés à la maternité, l'un vit dans une famille modeste mais heureuse et l'autre est élevé dans un bel appartement par une mère soumise et un père dont la réussite professionnelle est un idéal de vie.

La comparaison s'arrête là. On se trouve au Japon, où les mentalités et les modes de vie sont complètement différents. Tous les repères des familles volent en éclat lorsque la maternité les met au courant de l'échange (les enfants ont six ans), Ryota (le père carriériste et aisé) n'a alors qu'une idée en tête : récupérer son vrai fils car, pour lui, les liens du sang ont plus d'importance que les six années passées à élever un enfant.

Le film posent pas mal de questions sur la parentalité, les lien du sans, la manière d'élever un enfant et les différences sociales. C'est quelque peu attendu sur le fonds, mais pas sans intérêt, d'autant que certains plans sont visuellement sublimes. Dommage que la fin traîne quelque peu en longueur.

 

 

La-Vie-revee-de-Walter-Mitty-Affiche-France-07.jpgLa vie rêvée de Walter Mitty, de et avec Ben Stiller, 1h55 ***


Walter Mitty est un homme ordinaire, enfermé dans son quotidien, qui n’ose s’évader qu’à travers des rêves à la fois drôles et extravagants. Mais confronté à une difficulté dans sa vie professionnelle, Walter doit trouver le courage de passer à l'action dans le monde réel. Il embarque alors dans un périple incroyable, pour vivre une aventure bien plus riche que tout ce qu'il aurait pu imaginer jusqu’ici. Et qui devrait changer sa vie à jamais.

C'est pas mal filmé, pas mal joué, il y a de belles séquences, d'autres assez drôles, d'autres surprenantes, etc. Ça se regarde avec plaisir, mais ça reste anecdotique.

 

 

 

pret--tout.jpg Prêt à tout, de Nicola Cuche, 1h35 ***


À vingt ans, Max (Max Boulbil) est un raté incapable de draguer la fille de ses rêves. À trente ans, il vit sur une île paradisiaque grâce au succès du site de rencontre pour mères célibataires créé avec ses deux potes de toujours. Mais il se lasse et n'a pas oublié Alice (la ravissante Aïssa Maïga). Pour se rapprocher d'elle, il rachète l'entreprise, en faillite, dans laquelle elle travaille, et se fait passer pour un employé.

Embourbé dans une multitude de mensonges et d'arrangements loufoques, il ne sait comment sortir de cette situation désespérée, d'autant qu'Alice enchaîne les rencontres grâce au site qu'il a créé !

Honnêtement, le film apporte son lot de scènes attendues, entendues et kitsch mais, franchement, on passe un bon moment, on rigole bien et c'est tout ce qui compte !

 

 

Lulu-femme-nue-affiche.jpgLulu, femme nue, de Solveig Anspach, 1h30 ****


À la suite d’un entretien d’embauche qui se passe mal, Lulu décide de ne pas rentrer chez elle et part en laissant son mari et ses trois enfants. Elle n’a rien prémédité, ça se passe très simplement.

Elle s’octroie quelques jours de liberté, seule, sur la côte, sans autre projet que d’en profiter pleinement et sans culpabilité. En chemin, elle va croiser des gens qui sont, eux aussi, au bord du monde : un drôle d’oiseau couvé par ses frères, une vieille qui s’ennuie à mourir et une employée harcelée par sa patronne… Trois rencontres décisives qui vont aider Lulu à retrouver une ancienne connaissance qu’elle a perdu de vue : elle-même.

C'est parce que j'avais aimé la bande-dessinée d’Étienne Davodeau que je suis allé voir ce film, sans quoi le sujet ne m'aurait pas forcément attirer. Et j'aurais raté quelque chose. D'abord, j'aurais raté l'extraordinaire performance de Karin Viard. Comment transposer le personnage de Lulu à l'écran, pas niaise, pas simplette, pas désintéressée de tout, pas empotée, mais un peu tout ça quand même à la fois ? Ça me faisait peur. C'était sans compter sur le talent de l'actrice. J'aurais aussi raté l'étonnante Claude Gensac qui joue également son rôle à la perfection. Jamais vu une vieille aussi réaliste et touchante au cinéma. J'aurais raté un joli film sur la liberté qui, sans prétention aucune, nous embarque tranquillement dans une histoire tout ce qu'il y a de plus banal, mais envoûtante.

 

 

affiche-jacky-au-royaume-des-filles.jpgJacky au royaume des filles, de Riad Sattouf, 1h30 **


En république démocratique et populaire de Bubunne, les femmes ont le pouvoir, commandent et font la guerre, et les hommes portent le voile et s’occupent de leur foyer. Parmi eux, Jacky, un garçon de vingt ans, a le même fantasme inaccessible que tous les célibataires de son pays : épouser la Colonelle, fille de la dictatrice, et avoir plein de petites filles avec elle. Mais quand la Générale décide enfin d’organiser un grand bal pour trouver un mari à sa fille, les choses empirent pour Jacky : maltraité par sa belle-famille, il voit son rêve peu à peu lui échapper...

Quelle excellente idée que ce film, le scénario promettait du lourd ! La bande-annonce, déjà, m'avait laissé comme une étrange sensation. Et bien, elle n'a pas menti sur le film. Le film d'un réalisateur qui avait envie de se faire plaisir avec une petite folie, mais qui ne va pas au bout de sa folie, ou pas de la bonne manière.

Survolant parfois trop le projet (beaucoup de bonnes scènes sur le principe de la dictature inversée, mais on ne peut qu'imaginer tout ce que Riad Sattouf aurait pu intégré à son film), à la fois trop grotesque et pas assez drôle, Jacky au royaume des filles n'a pas tenu les promesses qui m'avaient attiré. C'était sympa, mais assez décevant.

Par Sébastien Almira - Publié dans : Leçons de cinéma
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Vendredi 31 janvier 2014 5 31 /01 /Jan /2014 10:40

 

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Vous croyez à la magie ? Aux lapins qui sortent du chapeau, au paquet de cartes abîmés et régulier qui devient neuf avec la bonne carte à l'envers, aux femmes découpées dans des boîtes, vous voyez le genre ? C'est beau à voir, ça impressionne, et ça finit par énerver parce qu'on ne comprend pas le truc. Je sais pas pour vous mais, moi, je trouve ça super énervant, de pas comprendre un truc.

 

Bref, dans Abracadabra Amanda, pas de lapins, pas de cartes. Juste un spectacle de Noël au collège, un numéro de simples collégiens qui, eux, connaissent le truc de la femme transpercée d'épées dans une boîte. Dans la boîte, c'est Amanda, la fille que tout le collège déteste, la pimbêche revêche et moqueuse. Pendant son numéro, une panne d'électricité. Quand la lumière revient, il manque la boîte du milieu, celle où sont censés se trouver le ventre, la poitrine, le cœur d'Amanda, si tant est qu'elle en ait un. Restent la boîte du haut avec sa tête et ses bras qui dépassent et celle du bas avec ses jambes. Mais, étonnement, Amanda ne souffre pas.

Le public commence à crier, on évacue rapidement la salle, et on dépêche l’inspecteur Brouillard, pas très doué, il faut le dire. L'enquête commence.

 

C'est Léonard qui a fait le coup. Nous, on le sait. Sur un coup de tête, il a volé un morceau du corps d'Amanda. Le problème, c'est qu'il ne sait pas quoi en faire, n'ose pas en parler à ses amis, ni se dénoncer maintenant que l'enquête est lancée. Alors, quand il découvre l'étonnant pouvoir de la boîte qu'il a cachée dans son armoire, Léonard est prêt à tout pour la garder...

 

Le roman d'Olivier Pouteau, c'est un peu comme le tour de la femme découpée : c'est un peu magique. Mais pas énervant. Accessible mais bien écrit, Abracadabra Amanda est un joli conte pour jeunes adolescents, filles ou garçons, qui n'ont pas envie de lire que du Chérub ou des Chevaliers d'émeraude. C'est un court roman qui emporte le temps de deux heures le lecteur ailleurs, tout en finesse, grâce à une histoire ancrée dans une réalité un peu magique !

 

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Photos de Barrere & Simon, http://www.barrereandsimon.com/

 

« Les pages du carnet défilèrent. La plupart comportaient des dessins représentant une femme, toujours la même, parfois avec un enfant. Léonard finit par s'arrêter sur une page vierge, puis se mit à dessiner sans hésitation. Son geste était précis, vif, inspiré, et très vite le croquis prit forme, jusqu'à devenir un dessin abouti dont il sembla satisfait.

Le résultat représentait une jeune fille, de l'âge de Léonard, emprisonné dan une boîte qui faisait penser à un cercueil. Seuls sa tête et ses pieds dépassaient, de même que ses bras, qui sortaient par deux ouvertures sur les côtés. Mais ce qui frappait dans le dessin, c'était l'attitude de la jeune fille. Elle donnait l'impression de hurler, ce qui, à bien y regarder, pouvait être une attitude légitime. Non seulement plusieurs scies, terrifiantes et démesurées, transperçaient la boîte de part en part, mais surtout une des parties était absente, comme si la jeune fille avait été découpée en plusieurs morceau, et que l'un d'eux avait été dérobé.

Un garçon était également couché sur le sol, au pied de la boîte, dans une position de pantin désarticulé, avec un chapeau haut de forme cabossé par sa chute, et une baguette magique échappée de ses mains. Un nuage de petites étoiles tournoyait autour de sa tête, ce qui apportait une touche presque comique dans un univers qui évoquait pourtant le chaos et la panique.

Le dernier élément du dessin laissait entrevoir une silhouette à l'arrière-plan. C'était la partie la moins nette du croquis, mais on devinait sans mal qu'il s'agissait d'une silhouette masculine. Une silhouette en train de prendre la fuite, les bras chargés d'un curieux colis. » page 12

 

Dernière chose, voilà finalement quelque chose que je ne comprends pas : pourquoi n'a-ton pas représenté le dessin de Léonard afin d'en faire la première de couverture du roman ?

 

Merci à Adèle des éditions du Rouergue pour cette lecture (et pour sa réponse à ma question?) !

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature jeunesse
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Lundi 27 janvier 2014 1 27 /01 /Jan /2014 10:43

 

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Quelle œuvre étrange que celle d'Eric-Emmanuel Schmitt. Soldat de première ligne de l'armée Albin Michel, il est sur tous les fronts, pour le meilleur comme pour le pire : romans, nouvelles, pièces de théâtre, essais. Si ses nouvelles sont de plus en plus niaises et que ses derniers romans n'ont pas une once de qualité et d'originalité de ses anciens, il faut reconnaître qu'en théâtre, Monsieur Schmitt n'a pas perdu la main.

 

Avec La trahison d'Einstein, on quitte le théâtre de boulevard dans lequel il a inscrit plusieurs de ses pièces comme Petits crimes conjugaux, Variations énigmatiques ou encore La tectonique des sentiments pour rejoindre des sujets plus sérieux comme Le visiteur (à lire absolument si ce n'est déjà fait).

On se retrouve sur les bords d'un lac du New Jersey en 34,39 et 45. Einstein a quitté l'Europe et vit à Princeton. La pièce retrace les rencontres entre le savant et un vrai-faux vagabond où il sera question de politique, de sciences, des hommes, de la guerre, de remords, de doutes et d'alcool. Einstein est en proie à un sacré problème d'éthique : il veut combattre les nazis mais ne veut pas aider les États-Unis. Qui, de la bombe nucléaire ou de son pacifisme, aura le dernier mot ? Une intrigue légèrement policière saupoudrera le tout pour vous entraîner dans la tourmente d'Albert Einstein.

 

Voilà donc une très bonne pièce de théâtre, complète (dramatique, comique, historique et policière). Un vrai régal à lire (dialogues enlevés, cyniques ET intéressants) et peut-être à voir puisqu'elle sera jouée par Francis Huster, Jean-Claude Dreyfus et Dan Herzberg, dans une mise en scène de Steve Suissa au Théâtre Rive-Gauche à Paris du 30 janvier au 30 mars 2014.

 

 

Merci à Claire Migneret des éditions Albin Michel pour cette lecture !

 

 

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Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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