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Vendredi 21 mai 2010 5 21 /05 /Mai /2010 11:03

 

chavagne1.jpg « 13 PETITS NEGRES » : le bandeau est accrocheur. Le synopsis aussi : treize auteurs en herbe sont enfermés dans l'ancien monastère d'une île grecque transformé en loft, avec chambres espacées les unes des autres (pour un travail d'écriture plus sérieux), confessionnal (pour parler sur le dos des autres), plateau (pour passer à la télé) et caméras à gogo (pour le plaisir du public). À la fin, il n'en restera qu'un, qui touchera un à-valoir de 150 000 euros et verra publier son premier roman dans une grande maison parisienne.

 

 

On ne s'attend certes pas à de la grande littérature, mais à passer un agréable moment. On se demande comment évoluera le conflit entre littérature et télévision, entre culture et vulgarisation. On s'attend à de l'humour, du cynisme, de l'ambition, de l'aventure (en tout genre), de l'amour des mots, de la compétition, de la littérature, et même à un bon roman dans un bon roman.

 

 

Finalement, ni nos idées, ni la quatrième de couverture, ni l'auteur (qui pourtant laissait croire en nos espoirs dans son avant-propos) ne tiennent leurs promesses. À peine le premier chapitre entamé, on regrette presque les vingt euros dépensés. Après quatre-vingt autres, il n'y a pas d'échappatoire : on s'est fait roulé.

 

 

Le style n'est ni décevant, ni convaincant, l'histoire ne prend pas d'ampleur, ni de caractère et on se lasse vite de tourner les pages d'un premier roman plus ennuyeux qu'intéressant, plus lourd que critique et dont les protagonistes (qu'ils soient réels ou non) sont plus creux que charismatiques.

On s'ennuie. Il n'y a rien à faire, on s'ennuie ferme.

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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Lundi 3 mai 2010 1 03 /05 /Mai /2010 18:37

Roman traduit de l'allemand par Anne-Sophie Anglaret.

Gut Gegen Nordwind, publié par Deutick en 2006.

 

 

Glattauer webLorsque je l'ai vu envahir le panneau "nouveautés" habituellement consacré aux évènements littéraires au Virgin de Bordeaux, je me suis demandé d'où sortait ce roman bleu traduit de l'allemand, laissant apparaître une jeune femme en culotte et débardeur assise sur un lit encore défait. Daniel Glattauer ? Connaissais pas. Quand souffle le vent du nord ? Jamais entendu parler. Cette couverture ? Jamais vue. Etrange pour un livre aussi bien mis en avant.

Puis la semaine dernière j'ai lu, comme toujours, avec retard, le dernier Lire et le début de l'extrait proposé (les premières pages du roman). J'ai été conquis et quelques heures avant mon départ pour Londres, je suis retourné à Virgin pour l'acheter.

J'avoue avoir eu peur de tomber sur une nouvelle Pancol. Je ne voulais pas réitérer ma perte de temps adolescente passée à lire du Musso et du Lévy (entre autres, je vous rassure ; si le reste peut effacer ces deux-là...). Je l'ai lu et je confirme : Glattauer est tout de même d'une autre trempe.

 

L'histoire ? Assez simple : une certaine E. Rothner se trompe d'adresse mail en voulant résilier son abonnement au magazine Like. C'est alors qu'avec une parfaite innocence commencent les liaisons dangereuses du net. Si Jacqueline Harpman, avec Le passage des éphémères, avait déjà réinventé l'oeuvre par le mail (en beaucoup moins bien), là n'est pas le but de l'écrivain allemand. Ici pas d'échange de partenaires, pas de tactique désabusée pour corrompre l'autre, seulement une amitié naissante dont les contours deviennent flous peu à peu et dont les règles changent chaque jour.

Emmi file le parfait amour avec Bernhard (et les enfants, la maison, le chat qui vont avec) tandis que Léo, professeur et spécialiste du langage, comprend que Marlene ne répondra pas à ses mails lorsqu'il reçoit, plein d'espoir, un message de résiliation au magazine Like.

"Elle s'appelait Marlene. Il y a trois mois, j'aurais écrit : elle s'appelle Marlene. A présent, elle s'appelait. Après cinq ans de présent sans futur, j'ai enfin trouvé l'imparfait."

 

Ensemble, ils sortent du cadre, tissent une vie imaginaire sur la toile et nourissent une relation exclusive qui prend de plus en plus d'ampleur dans leur vie. Très vite, ils ne peuvent plus se passer l'un de l'autre, se jetant sur leur ordinateur une fois la porte franchie, attendant fièvreusement une réponse de l'autre comme un drogué sa marchandise. Sans presque rien savoir de l'autre, leur échange de mails est devenu un moyen de survivre dans un univers qui, même semblant parfait, n'est fait que de faux-semblants.

"Chère Emmi, avez-vous remarqué que nous ne savons absolument rien l'un de l'autre ? Nous créons des personnages virtuels, imaginaires, nous dessinons de l'autre des portraits-robots, illusoires. Nous posons des questions dont le charme est de ne pas obtenir de réponses. Oui, nous nous amusons à éveiller la curiosité de l'autre, et à l'attiser en refusant de la satisfaire."

 

9782246765011.jpgTout en douceur et tout en violence, en toute logique et contre toute attente, les mois passent et les liens, qui se défont par moment, ne se refont que plus solidement. Avec un humour savamment distillé, Daniel Glattauer, dont c'est le premier roman traduit en français, parvient à créer deux personnages que tout oppose : Emmi la redoutable, la sanguinaire, la classe incarnée ; Léo, au charme désabusé, à l'humour incertain. On se laisse avoir par l'auteur, par les protagonistes, si attachants, et par le plaisir de tomber dans la légèreté sans sombrer dans la médiocrité, ni même dans la facilité (pourtant très facile avec le roman sentimental, comme en témoignent les stars du genre).

Quant à savoir si les deux tourteraux virtuels se rencontreront ailleurs que dans ce bar bondé où ils n'avaient que le droit d'essayer de se reconnaître, si cette meilleure amie qu'Emmi pousse dans bras de SON LEO n'attisera pas sa jalousie, si ce mari dont elle ne partage plus la chambre se doutera de quelque chose et, enfin, si l'amour naissant de cette idylle a une chance de subsister dans la vraie vie... Gageons que le bouche-à-oreilles vous donnera plus l'envie de lire le livre que des réponses concrètes.

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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Jeudi 22 avril 2010 4 22 /04 /Avr /2010 12:10

galy1.jpgNadia Galy est l'auteure du "très remarqué" Alger, Lavoir Galant (dixit Albin Michel) que je n'avais cependant pas remarqué. Fort heureusement, je n'ai pas raté son second roman. Posant également ses bases en Algérie, elle développe une histoire plus complexe qu'elle n'y parait, plus intéressante que ne le dit la quatrième de couverture, plus acerbe et plus douce à la fois que tout ce que vous avez pu lire sur l'Algérie en littérature. (Ah, je sais, j'y vais fort ! Mais mon but dest de vous prouver qu'il faut absolument lire ce magnifique roman, alors... !)

 

Slim a été élevé par une mère veuve qui ne sait ni lire ni écrire, avec l'image d'un père martyr du FLN. La France ? Niette ! Il la hait plus que tout. C'est à cause d'elle qu'il n'a pas de père. Alors quand il rencontre, pour le boulot, cette Française qui veut apprendre l'Arabe, encore plus quand elle l'appelle chez sa mère, il est au bord de la crise. Qu'est-ce qu'elle lui veut, à lui ? Pourquoi l'a t-elle choisi ? Qui est-elle pour s'immiscer dans sa vie à lui et à Inès, sa mère ? Quels secrets remontent à la surface par sa faute ? Qui était vraiment cet homme mort avant sa naissance ? Qui est ce meilleur ami, Moka, qui ne supporte pas qu'une femme pénètre le cercle intime de Slim ? Quelle est cette étrange relation qui les lie, les protège, les unit jusqu'à la solidarité à toute épreuve après la trahison, jusqu'à la mort après l'amour ?

 

galy2Autant de questions pour autant d'autres que j'oublie. Autant de questions pour autant d'autres qui nous obligent à poursuivre la lecture. Autant de questions pour autant d'autres qui tissent le récit sans faille de Nadia Galy, la conteuse d'histoires merveilleuses, la conteuse d'histoires d'amours, d'amitiés, de violences (extrait 3), de trahisons, d'humour (extrait 1) de souvenirs, de réalités (extrait 2), de révélations et de littératures.

 

Comme l'auteure phare de la maison, Nadia Galy a un style qui se reconnaitrait entre mille. Mais contrairement à Amélie Nothomb, dont l'économie de vocabulaire n'enlève rien à la prestance du texte, Nadia Galy utilise un vocabulaire des plus riche et une construction des plus complexes sans jamais alourdir son récit inutilement.

Laissez-vous tenter par cette exquise découverte méditérranéenne. Dépaysement géographique, culturel et littéraire assuré !

 

A Nadia Galy,

Votre "premier demandeur, (votre) première signature" à Paris le 27 mars 2010.

 

 

Extrait 1 (page 37) :

"Ma chère brodeuse Inès, cette robe il est magnifique, alors je veux que quand les prunelles de quelqu'un ils verront cette motif de broderie, il saura que c'est Badra qu'elle est dedans. Badra, c'est moi comme tu le sais, et tu vas savoir que la motif elle est à moi aussi, à partir de tidsuite. Je l'achète, c'est comme ça pas autrement. Je veux que personne, femme ou homme, autre que moi, ne peut trouver ces poissons qui nagent sur les manches de ses bras. Je sais que tu seras d'accord parce que ton coeur est grand, et ton porte-monnaie aussi avec ce que je vais lui mettre dedans !" (lettre de Brada à Inès)

 

Extrait 2 (page 39-40):

"LE VISA VACANCES-TRAVAIL EN FRANCE, OU LA FUITE ANNONCEE DE NOS CERVEAUX", titre sur trois colonnes le quotidien du soir. Les regards de Slim et de Demi-Tour s'accrochent, Slim discerne une ombre triste dans celui de leur ami. Les visas, tout le monde est au courant et n'a que ça à la bouche. Même la mère patrie sait. Et elle tremble dans ses bottes, redoutant l'exode de ses Zalgériens chéris, ses bacheliers, ses licenciés ès-quelque chose pour lesqueles elle s'est saigné aux quatre veines, mais qu'elle empile par paquets de mille dans les bureaux de main-d'oeuvre. Elle les devine déjà tirant leur révérence, ventre à terre, l'écume aux lèvres et des rêves plein les yeux, pour aller se jeter dans le giron de la concurrence, cette marianne dépoitraillée qui va pieds nus et n'a de cesse de ruiner ses plans. Tout ce que l'Algirie est parvenue à faire, et dans la panique encore, c'est fourbir une réplique sur le thème : "Méfiez-vous, les gars, tout liquide n'est pas de l'eau." Pourtant, le pays n'en a que faire de ces exhortations à la prudence.

Résultat, le consulat de France, débordé pour un rien, n'avait pas besoin d'un tel cataclysme pour imploser. En moins de quarante-huit heures il implorait grâce, et depuis ce matin, il est carrément fermé. Rideau ! En fait, il se passe que la France expérimente une énième politique de l'immigration : durcir l'obtention des visas de tourisme, mais permettre en échange aux diplômés - ceux du dessus du panier-  d'aller faire plus ample connaissance avec la crémière qui va avec le beurre et son argent. Avantage : le droit d'occuper des petits jobs limités à six mois. Mais niet pour les formations excédant 500 heures, niet pour l'embauche définitive, et fin des festivités au bout de deux ans ! Ceux-ci écoulés, "Sarrasins, go home ! ".

 

Extrait 3 (pages 75-76) :

Il ne regarde pas le soleil avec un tamis, comme ces pleutres qui s'accommodaient de lui quand rien ne se présentait de mieux, ou quand ils avaient la flemme de descendre dans les rades enfumés du port pour y grimper des matrones dont la cupidité n'a d'égale que le prix de leur ratelier. Tout ce temps, toutes ces nuits d'apprentissage, il a étudié ces brutes capables de forniquer avec n'importe quoi dans le noir, vite fait, avec une frénésie inouïe, soi-disant parce qu'ils n'ont ni or ni argent pour aller aux putes. A l'affût dans les fourrés du Château, ils lui sautaient dessus sans le voir, brusques, convulsifs, fiévreux, au sacro-saint motif que "les femmes, ça manque".  Mon oeil ! Si c'était vraiment ça, pourquoi continueraient-ils, une fois mariés et nantis d'une demi-douzaine de rejetons, à s'offrir à la dérobée le veuf et l'orphelin ? Sans parler des raclées qu'ils lui mettaient parfois après, histoire de poser leur virilité. Tous des salauds, les autres hommes.

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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Dimanche 4 avril 2010 7 04 /04 /Avr /2010 16:27

Après avoir publié quatre articles en moins d'une semaine, voilà que j'ai de nouveau délaissé ce blog. Mais je reviens, je suis là ! Avec plusieurs articles en tête, dont le premier sera consacré à un des auteurs français qui vend le plus de livre, l'un des quelques (pourtant si nombreux...) block-busters d'Albin Michel, j'ai nommé... Eric-Emmanuel Schmitt.

 

 

On parle souvent de la régularité de métronome d'Amélie Nothomb, mais qu'en est-il de Schmitt ? Schmitt le romancier (en septembre-octobre), Schmitt le dramaturge (en janvier), Schmitt le novelliste (en mars-avril). Avec des plages de publications quasi métronomiques et deux livres en moyenne par an, l'écrivain pourrait faire vivre à lui seul sa maison d'édition. Mais Francis Esmenard, PDG des éditions Albin Michel ne saurait s'en contenter et, grâce aux succès d'autres Amélie Nothomb, Christophe Grangé, Bernard Werber, Patricia Cornwell, Patricia MacDonald, Mary Higgins Clarck, il se classe 234e fortune française, dix rangs derrière Antoine Gallimard.

 

schmitt.jpgD'être aussi prolifique n'empêche cependant pas Schmitt de publier de bons romans, de belles nouvelles ou d'excellentes pièces de théâtre, comme en témoigne respectivement La part de l'autre, le reccueil La rêveuse d'Ostende et Le visiteur. C'est avec l'impression de qualité de La rêveuse que j'ai acheté Concerto à la mémoire d'un ange, non pas par masochisme après avoir essayé de lire les désastreuses nouvelles qui composent le reccueil d'Odette Toutlemonde, bas de gamme à souhait. Et j'aurais mieux fait de me méfier car avec quatres nouvelles de cinquante pages chacune, ce Concerto est à la hauteur d'Odette Toutlemonde.

 

Une vieille femme raconte au tout jeune nouveau curé de son village qu'elle a empoisonné ses maris, crime dont elle avait été lavée, afin qu'il ne prête attention qu'à elle. 

Un marin apprend par télégramme que sa fille est morte. Jusqu'à son arrivée au port, il se demande laquelle des quatre est-ce, laquelle il préfèrerait perdre. Puis il se rend compte que ce n'est pas bien et une fois à terre il se souvient que sa femme était enceinte, apprend sa fausse couche et décide de bien s'occuper de ses filles.

Un musicien en laisse mourir un autre pour remporter un concours. Vingt ans plus tard, il a changé de vie, s'ocuppant de jeunes en difficulté pour laver ses pêchés lorsqu'il se retrouve nez à nez avec ... celui qu'il avait cru mort et qui le cherche depuis plusieurs années pour se venger. Finalement, tout finit bien et les deux hommes meurent enlacés.

La première dame de France s'ennuie, elle n'aime plus son mari. Mais pour se venger, elle décide de rester avec et de lui pourrir la vie. Il essaie de la tuer et lorsqu'elle meurt d'un cancer, il se rend compte qu'il l'aime plus que tout. De plus, il est très heureux de voir que le livre qu'elle écrivait à l'hôpital et qu'il essayait à tout prix de récupérer n'était pas le brulôt où elle lui avait promis de dénoncer tout ce qu'il a fait pour rester au pouvoir, mais un véritable ode à son mari. Parce qu'elle aussi, elle a changé, sur son lit de mort, se rendant compte de son amour pour lui.

Le tout est lié par Sainte Rita, la rédemption et la pardon. Certains décident de changer, de se faire pardonner, d'autres non.

 

Voilà, tout est dit. Les quatorze lignes qui précèdent vous résument le livre à merveille. Si Schmitt vous avait enchanté par ses grand romans, ses délicieuses pièces de théâtre telles Le Visiteur, Petits crimes conjugaux ou La tectonique des sentiments, NE LISEZ SURTOUT PAS CONCERTO A LA MEMOIRE D'UN ANGE. Contentez-vous de théâtre ou de romans. Car s'il parvient à un véritable tour de force en chassant sur tous les tableaux, il n'en reste pas moins qu'il ne peut être bon partout et à chaque tir. Pour celui-ci, il est particulièrement mauvais. Et ne parlons même pas de la première de couverture...

 

On remarquera par ailleurs le sérieux des vendeurs Fnac qui donnent leur avis sur des livres qu'ils n'ont pas lus . En effet, le résumé livré au site Fnac.com parle de six nouvelles, alors qu'à la publication il n'en restait que quatre. Emilie, de la Fnac Croix-Blanche donne son avis : Eric Emmanuel Schmitt revient avec ce recueil de six nouvelles. Six histoires liées entre elles et traversées par les thèmes de la rédemption et du destin. "Concerto à la mémoire d'un ange" s'inscrit dans la lignée d' "Odette Toulemonde" et de "la rêveuse d'Ostende".

Apparemment, elle ne s'est pas rendu compte qu'il manquait deux nouvelles et son maigre commentaire ne laisse de toute façon aucune trace d'une quelconque lecture.

Quant à moi, je m'apprête à envoyer mon exemplaire à mon price-acheteur.

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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Vendredi 19 mars 2010 5 19 /03 /Mars /2010 16:33

Hier soir étaient diffusés un faux jeu télévisé et un débat sur France 2 qui font eux-mêmes débat. Le principe est simple : basé sur les expériences de Milgram, le but était d'en réaliser une nouvelle sur les effets et le pouvoir de la télé-réalité sur les candidats et le public.

 


icare.jpg Premièrement, rappelons-nous l'origine de l'expérience, à travers I comme Icare, le film d'Henri Vermeuil, avec yves Montand, sorti en 1979 qui reprend l'expérience de Stanley Milgram en référence. Un homme à qui l'on fait croire à une expérience scientifique sur les punitions censées avoir un rôle sur l'entraînement de la mémoire est chargé de langer des décharges électriques sur le prétendu sujet d'étude à chaque fois qu'il donne une mauvaise réponse. En fait de cobaye, il s'agit d'un comédien mis dans le secret qui fait semblant de recevoir les décharges. Le véritable but est de tester le questionneur quant à ses capacités à obéir à une autorité (en l'occurrence un professeur en médecine) même en cas extrême, puisque le médecin incite le questionneur à poursuivre les décharges même quand le faux patient dit souffrir le martyre.


Voir la scène dans I comme Icare

Partie 1 sur YouTube

Partie 2 sur YouTube

 


L'émission d'hier soir, Le jeu de la mort suivi du débat Le temps de cerveau disponible prétendait vouloir montrer les effets néfastes de la télé-réalité sur le public et les candidats. Mais le propos n'était pas vraiment le même. Il s'agissait d'un jeu télévisé où le questionneur envoyait des décharges de 20 à 440 volt à chaque fois qu'il donnait une mauvaise réponse. Arrivé au bout, le questionneur gagnait un million d'euros. Le réel sujet était donc : jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour de l'argent ?

La réalisation était des plus mauvaises, le souffre-douleur caché dans un box argenté gémissait parfois d'une voix platement fausse des « j'en ai marre », des « aïe, ça fait mal ! » ou encore des « je veux arrêter, laissez-moi sortir » pas du tout convaincant après quoi il ne disait plus rien. On avait du mal à croire à ses plaintes et il suffisait à la présentatrice de dire « le jeu doit continuer » aux questionneurs voulant arrêter pour réussir à les convaincre. Mais le jeu a pris et les candidats-questionneurs ainsi que le public y ont cru. Le public scandant même des « Continue ! Continue ! » lorsque le chauffeur de salle leur intimait de le faire.

zonextreme.jpg Certains candidats ont décidé d'arrêter avant la fin, quitte à perdre tout l'argent, mais ils n'étaient pas si nombreux et prenaient leur décision bien tardivement. La plupart actionnait vite fait bien fait la manette en disant « désolé, ça va faire mal ! », certains éclatant même de rire à la première plainte de leur souffre-douleur, un homme uniquement présent pour se prendre des décharges électriques afin qu'un candidat qui lui est inconnu gagne un million d'euro. Mais aucun ne trouve la situation étrange. Aucun ne s'offusque réellement, même celle qui disait refuser de le faire avant d'entrer sur le plateau. Elle qui trouvait ce jeu scandaleux y a participé sans plus rien dire.

Poussés sans grande argumentation (autre que le million d'euros), on se rend compte que la majorité des participants n'ont pas hésité à envoyer des décharges électriques de plusieurs centaines de volt, sur un inconnu.

Dans ce contexte-là, difficile d'étudier le pouvoir de la télé-réalité, ni même de la télévision, puisque l'argent en jeu a certainement été la meilleure raison de poursuivre le jeu pour les participants. Pourquoi vendre cette nouvelle expérience comme une étude critique de la télé-réalité quand il ne s'agit que d'argent ? Soit l'argent n'aurait pas dû entrer en compte, soit l'émission n'aurait pas dû être vendue comme telle, mais plutôt comme une étude critique sur le pouvoir de l'argent sur le commun des mortels, qu'il s'agisse de télévision ou non.

En tout cas, le résultat est affligeant. Ce ne sont pas réellement ces candidats qui sont le plus à blâmer (du moins, pas seulement eux), mais nous tous de laisser des émissions de télévision des plus violentes nous endormir puis nous détruire le cerveau à petit feu. Nous tous de nous laisser faire, de ne pas réagir, ou trop peu souvent et d'en arriver à électrocuter un inconnu devant un public consentant pour gagner de l'argent, même s'il s'agit d'un million d'euros. Nous tous d'être complices de ces concepts ahurissants et abrutissants qui consument les cerveaux de nos chers bambins. Nous tous de n'être que du temps de cerveau disponible. Merci M. Le Lay.


À suivre, une critique d'Acide Sulfurique d'Amélie Nothomb, pamphlet contre la tété-réalité.

Par Sébastien Almira - Publié dans : Articles de fond
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... à suivre ...

 

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