Mercredi 1 janvier 2014 3 01 /01 /Jan /2014 22:16

 

images.jpgReine des neiges, de Chris Buck et Jennifer Lee, 1h40 ***

Voilà le Disney de Noël. On est en droit de craindre le pire, mais cette année, c'est un bon cru. Sans être excellent et novateur, La Reine des neiges se laisse regarder avec plaisir par les petits et les grands. Un peu comme les bonbons Haribo, les calories en moins.

Anna, une jeune fille aussi audacieuse qu’optimiste, se lance dans un incroyable voyage en compagnie de Kristoff, un montagnard expérimenté, et de son fidèle renne, Sven à la recherche de sa sœur, Elsa, la Reine des Neiges qui a plongé le royaume d’Arendelle dans un hiver éterne

 

 

 

casse.jpgCasse-tête chinois, de Cédric Klapisch, 1h50 ***

Romain Duris, Cécile de France, Kelly Reilly et Audrey Tautou ont de retour après L'auberge espagnole et Les poupées russes. Nouvelles aventures, nouveaux liens, nouveaux couples, nouvelles galères, nouveaux quiproquos et, surtout, une ribambelle de gamins : Klapisch a mis les petits plats dans les grands pour ne laisser aucun temps mort à ce troisième épisode.

Audrey Tautou n'est pas très énervante, le comique de situation fonctionne bien et malgré un début ennuyeux au montage épileptique, on est vachement bien avec la bande aux États-Unis.

 

 

21030323_20130904135554038.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q.jpgLast Vegas, de Jon Turteltaub, 1h40 ***

Surfant à la fois sur la vague de Very Bad Trip (pour l'enterrement de vie de jeune garçon) et celle de RED (pour le plébiscite des « vieux acteurs » par un public de « jeunes »), Jon Turteltaub (Ninja Kids, Rasta Rocket, Benjamin Gates, etc.) propose une bonne comédie qui enchaîne les clichés avec savoir-faire. Michaël Douglas réunit Robert DeNiro, Morgan Freeman et Kévin Kline à Las Vegas et portent le film à la perfection. Comme quoi, on peut faire une comédie où on se bourre la gueule à Vegas sans pondre automatiquement de la daube bien lourde et bien grasse.

 

 

 

BAD-GRANDPA-Affiche-France.jpgJackass présente Bad Grandpa, de Jeff Tremaine, 1h20 **

Ce qui n'est pas forcément le cas de Bad Grandpa. Bon, d'accord, en sachant que Jackass est derrière ce film, on est prévenu. Mais je dois dire qu'au delà du forcément potache et lourdingue où les bandes de potes alentours explosaient de rire à s'en taper les cuisses quand je souriais à peine, Bad Grandpa m'a fait bien rire plus d'une fois. Par contre, ne voyez pas ce road trip d'un grand-père acariâtre et d'un petit-fils grimé en parfait américain (bien gras, mauvais caractère, pas très fut-fut, etc.) en français, les doublages sont à vous faire pleurer des oreilles.


 

 

100-cachemire-affiche-5242f813e497b.jpg100% cachemire, de Valérie Lemercier, 1h35 ***

Valérie Lemercier et Gilles Lelouche forment un couple parisien en vogue qui ne parviennent pas à avoir d'enfant. Ils adoptent un petit Russe qui se révèle être un véritable monstre. Vont-ils s'en sortir ou tenter de s'en débarrasser ?

C'est plein de bons sentiments et de clichés, mais on se fait quand même bien plaisir avec cette petite comédie française signée Valérie Lemercier !

 

 

 

 

 

reves-d-or.jpgRêves d'or, de Diego Quemada-Diez, 1h45 ***

Juan, Sara et Saluel, trois adolescents, tentent de fuir le Guatemala pour vivre le rêve américain. Pendant leur périple à travers le Mexique, ils rencontrent Chauk, un indien du Chiapas ne parlant pas l’espagnol et qui se joint à eux. Mais, lors de leur voyage dans des trains de marchandises ou le long des voies de chemin de fer, ils devront affronter une dure et violente réalité.

C'est bien filmé, l'image est belle, le propos est déjà vu, mais filmé de manière authentique et poétique à la fois, avec peu de dialogues mais beaucoup de sentiments. C'est toutefois dommage que la fin soit si longue (succession de scènes qui pourraient chacune être une fin possible, à la Tree of Life).

 

 

rencontres.jpgLes rencontres d'après minuit, de Yann Gonzales, 1h30 **

Je ne sais comment vous parler des Rencontres d'après minuit. Je ne saurais même pas comment qualifier ce film. Un huis clos intello et subversif ? Une démonstration de style ? Un film nourri d'une ambition folle ? Le renouveau du cinéma français ? Le plus mauvais film de l'année ? C'est un peu tout ce que je li sur la toile et j'avoue que je ne sais pas bien où me placer au milieu de ces avis à mille lieues les uns des autres.

Ce qui est certain, c'est qu'il n'est pas aisé de rentrer – et de prendre du plaisir à le faire – dans ce film à l'esthétique hyper travaillé, baroque et surréaliste (dans tous les sens du terme). On se croirait tantôt dans une pièce de théâtre, tantôt dans un clip d'Arielle Dombasle.

Voilà, c'est l'histoire d'une partouze baroque et surréaliste dont on ne sait si les protagonistes (un jeune couple et leur gouvernante travestie qui reçoivent La Chienne, La Star, L’Etalon et L’Adolescent) pourront mener à terme leur rencontre d'après minuit.

Par Sébastien Almira - Publié dans : Leçons de cinéma
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Vendredi 20 décembre 2013 5 20 /12 /Déc /2013 15:58

 

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L'auteur du Worldshaker est de retour avec un nouveau roman steampunk, comme il se plaît à le dire. Mais moi j'ai envie de dire : qu'est-ce que c'est qu'un roman steampunk que même mon correcteur OpenOffice connaît alors que moi pas ? La réponse ICI. Ben oui, je vais pas tout vous faire, je suis allé chercher tout seul, je vais pas tout vous mâcher.

« On pourrait dire que ce roman est la carrière musicale que je n'ai jamais eue, combiné avec la révolution rock'n'roll que le XIXe siècle n'a jamais connue. Le roman mettant en scène un XIXe siècle alternatif est un genre autour duquel j'ai toujours gravité – appelez ça comme steampunk, ou « roman bec-de-gaz », si vous voulez. Je suis fasciné par l'ambiance et la société, les faux-culs et les hauts-de-forme, le brouillard et les usines, les manières raffinées et la pauvreté cachée... le tout intensifié par le pouvoir transformateur de l'imaginaire. » nous explique Richard Harland dans ses remerciements et notes d'écriture. Il a apparemment eu le déclic pendant qu'il écrivait le Worldshaker en voyant des photos de guitares steampunk créées par des musiciens sur Google image, « de vraies guitares électriques dont on pouvait jouer, avec des gadgets en cuivre et des bitoniaux en laiton, des tuyaux et des câbles, des rouages et des engrenages. Incroyable ! Ces images ont suscité une idée qui a fini par réunir mes deux passions : mon vieil amour de la musique jouée sur scène et mon nouvel amour pour l'écriture de romans steampunk. »

 

Ça vous aide ? On peut commencer maintenant ?

 

Bien. On est en Grande-Bretagne en 1847. Astor Vance, dix-sept ans, est aux anges : elle doit se fiancer à Lorrain Swale, dont la famille possède la plus grande fortune du pays. Mais l'adolescente découvre avec horreur qu’aucun mariage n’est prévu, et qu’elle a été engagée comme gouvernante de trois enfants détestables au possible.

Ça, c'est la première partie du roman. C'est très vivant, assez drôle, très bien décrit, on a l'impression d'y être, de vivre l'histoire. Les lieux nous parlent, les gamins nous insupportent, on a envie d'échapper à cette situation humiliante. D'autant qu'un domestique de son beau-père est resté avec elle et qu'elle ne supporte pas son petit air supérieur. Malheureusement pour elle, il est le seul à pouvoir l'aider.

 

« C'est ce soir-là qu'Astor tomba amoureuse de la musque des gangs. Auparavant, elle ne faisait qu'apprécier le fait d'en jouer avec brio... Mais cette fois, c'est elle qui fut jouée. Chacun des accords résonnait jusque dans ses os et dans ses veines. Ses percussions devinrent une partie d'elle-même au même titre que ses cheveux ou les lignes de sa main. Elle oublia le piano classique, la harpe et le violon. Ça, c'était sa musique.

Elle perdit complètement la sensation d'individualité. Les sentiments qui l'emportaient en elle n'étaient plus la rage ni la colère, mais l'amour et la joie. Elle avait envie d'étreindre chaque note contre sa poitrine, tel un amant. » page 156


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Dans la suite du roman, on changera totalement d'univers car l'échappatoire d'Astor et Verron se trouve dans les bas-fonds de Brummigham. Là, ils découvriront la musique des gangs, l'ancêtre du rock'n'roll, et l'aventure n'est pas prête de s'arrêter car troisième partie il y a ! On est alors plongé dans le Londres du XIXe, que l'auteur s'amuse à décrire (voir extrait suivant).

 

Richard Harland nous offre un fantastique roman multiple, avec trois parties très distinctes dans l'ambiance, histoire d'émerveiller plus encore notre imaginaire. D'une plume efficace et maîtrisée, il conte les aventures rocambolesques d'une petite bourgeoise contrainte de se mêler aux gens qui effraient ceux de son monde, sur fond de complot politique et de la naissance des groupes de musique (« pas besoin d'être doué pour connaître la joie de se perdre dans un rythme, de rebondir sur ce que font d'autres musiciens et d'interagir avec le public », l'auteur « jure qu'il n'y a pas de sensation plus vertigineuse, plus sauvage, plus fantastique au monde »). Laissez-vous emporter par une tripotée de personnages hauts en couleurs se battant pour survivre dans une Grande-Bretagne bien terne à l'ère de l'industrialisation.

 

« La traversée de Londres fut une véritable fantasmagorie qui leur donna une impression d'irréalité. L'engin à vapeur fila dans les grandes artères commerçantes du West End en faisant résonner sa trompe, balayant des fétus de paille les pousse-pousse, bicyclettes, charrettes à chiens et autres véhicules plus lents. En dépit du crachin, les trottoirs étaient noirs de monde. Des cloches tintaient sur des câbles en hauteur, des jets de gaz rouges et jaunes surgissaient de tuyaux de cuivre enroulés qui encadraient les devantures. Les boutiques elles-même ressemblaient à des palais où les reflets étincelaient derrière d'immenses vitrines. Le vert dominait partout : il y avait même des statues de verre au coin des rues.

Astor avait déjà visité le West End pour aller faire des courses, du vivant de son père, mais le quartier avait changé au point d'être méconnaissable. À présent, de gros ventilateurs étaient installés sur des consoles au dessus des trottoirs, probablement pour éloigner le plus gros de la pollution. D'autres systèmes de ventilation expulsaient un air chaud et parfumé de l'intérieur des boutique ; rien qu'à leurs fragrances exotiques, Astor sentait que celles-ci étaient du plus grand chic. Il y avait de larges panneaux publicitaires sur les trottoirs, des affiches dans les vitrines, d'autres fixées aux réverbères, pas un pouce d'espace vierge. Tout était lumineux, coloré, d'une abondance incroyable.

Même le ciel était utilisé. En levant la tête, Astor découvrit de gigantesques ballons flottant au dessus des rues, couverts de slogans et de visages peints, souriants, qui passaient et repassaient inlassablement.

Le spectacle qui s'offrait lorsqu'on baissait la tête n'était pas moins étrange. De temps à autre, la chaussée devenait métallique, et le trolleybus brinquebalait sur vingt ou trente pas de grille grinçante. En plongeant le regard entre les croisillons, Astor aperçût toute une autre rue en dessous, perpendiculaire à celle où ils roulaient. Un autre étage de cohue fourmillante, un autre étage d'éclairage au gaz et de vitrines... et eux qui passaient au dessus de tout cela ! » pages 242-243.

 

 

Merci à Rozenn Samson des éditions Hélium pour cette lecture !

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature jeunesse
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Mardi 17 décembre 2013 2 17 /12 /Déc /2013 20:06

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White Lies est un excellent groupe pop-rock. Trois albums à leur actif, To lose my life or lose my love (2009), Ritual (2010) et Big TV (2013) parus chez Polydor Ltd (Uk), trente chansons, deux instrumentaux, soit autant de réussites.

 

Ne vous fiez pas au titre du premier album, il ne s'agit pas d'un groupe pour midinettes. Certes, le chanteur-guitariste a de quoi faire tourner les têtes, tomber dans les pommes ou encore baver mais, en plus d'avoir un physique de rêve, Harry McVeigh pose une voix puissante sur du gros son pop-rock à tendance new wave. On les compare souvent Joy Division, Editors et Interpol (que je m'en vais découvrir de ce pas), et au groupe emblématique des années 2000-2010 dont ils ont fait la première partie au Stade de France en 2010 : Muse. Rien à voir niveau voix, les envolées lyriques c'est pas leur trip chez White Lies, mais c'est vrai qu'il y a une force dans les morceaux qui fait indéniablement penser au coup de maître réalisé par Muse : faire danser des foules avec du pop-rock de qualité. Les thèmes sont d'ailleurs sensiblement les mêmes : pouvoir, gloire, paix, sexe, religion, amour.

 

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Les compos sont hyper efficaces, les refrains souvent fédérateurs, on trouve un côté sombre particulier, une tension dans les instruments et la voix, et un côté cool à fleur de peau. Le tout rend leur musique complètement addictive.

 

Le groupe, qui a commencé à l'âge de quinze ans sous le nom de Flying Fears, était de passage au Trianon il y a dix jours. Si le succès n'est pas transcendant en France malgré un premier album vendu à plus d'un million d'exemplaires dans le monde, élu deuxième meilleur album de l'année 2009 par les lecteurs du NME, et remarqué par les Inrocks, le groupe fait encore le déplacement chez nous.

Ce sera la Maroquinerie et l’Élysée Montmartre en 2009, le Stade de France (en première partie de Muse), le Festival Musilac à Aix-les-Bains et La Flèche d'Or à Paris en 2010 pour le premier album. La tournée pour le second album fera étape à Tourcoing, Toulouse (Bikini), Bordeaux (Rock School Barbey, puis la Médoquine), Rennes (L'Ubu), Paris (La Cigale, puis le Zénith), Arras (Main Square Festival), Lille (Zénith) et Lyon (Transbordeur).

Je ne sais pas le succès qu'ont eu ces concerts mais en 2013, il n'y aura eu que le Trianon.

 

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Et c'était juste trop énorme ! Ouais, ça fait très gamin dit comme ça et, du coup, vous allez avoir du mal à croire au côté sérieux et pas midinette du groupe. Mais je ne vois pas d'autres moyens de le dire. C'était génial, énorme, un truc de ouf, que du bonheur quoi !

 

Une sacrée première partie : In The Valley Below, dont j'ai acheté le premier album à la sortie (dédicacé, en plus, parce qu'ils étaient là, à discuter avec les gens, ha !). Un super son, deux voix (un homme, une femme), des beaux morceaux, énergiques, sombres, particuliers, envoûtants. Malheureusement, vous ne trouverez leur album, The Belt, qu'en import ou sur des sites internet. Mais, franchement, vous qui passez par là, ça vaut le coup !

Allez, hop, un morceau du concert :

 


In The Valley Below - Lover - Trianon - vidéo de saradelarue sur Youtube

 

 

 

 

 

Voilà, revenons à White Lies. Un concert de presque deux heures avec un son surpuissant, que des titres qui donnent envie de bouger (d'ailleurs, il est rudement solide le sol du Trianon pour pas s'effondrer, vu comment ça tremblait quand la foule sautait...), exceptée une reprise surprise de Prince (I would die 4 U) acoustique.

Pas mal d'effets pyrotechniques avec écrans, lasers, spots : une belle scénographie. Un public hyper réceptif, des musiciens et un chanteur à fond.

Faut que je vous dégote une vidéo et après, j'arrête de vous parler d'eux !

 

 

 


 White Lies - To lose my life - Trianon - vidéo de Kipintaci sur Youtube

 

 


White Lies -  Unfinished business - Trianon - vidéo de Lizucaaa sur Youtube

 

 

   

White Lies - Farewell to fairground - Trianon - vidéo de cure87 sur Youtube

Par Sébastien Almira - Publié dans : Leçons de musique
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Dimanche 15 décembre 2013 7 15 /12 /Déc /2013 12:45

 

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Riche héritier voué à devenir un grand médecin, Joaquin Buitrago choisit une toute autre voie : la photographie. Devenu morphinomane, il ne parvient pas à faire décoller sa carrière,se voit privé d'héritage et finit photographe de fous à l'asile de la Castañeda. Il y fait une rencontre qui l'émeut sans qu'il sache bien pourquoi. C'est lorsqu'elle lui demande « Comment devient-on photographe de fous ? » qu'il se souvient. Quelques années plus tôt, Matilda Burgos lui avait demandé « Comment devient-on photographe de putes ? » alors qu'elle posait pour lui dans une maison close de Mexico.

Fasciné par le personnage, interloqué par sa présence dans un asile, il lui rend souvent visite afin de découvrir qui elle est. Il se rapproche également d'un médecin afin de voir son dossier médical.

 

Au fur et à mesure de leurs échanges, il se délivre autant qu'elle. Mais il faut un sacré moment avant que le roman ne devienne fluide. La première centaine de pages est particulièrement lourde et complexe. Le contexte historico-politique semble tout droit sorti d'un livre de cours, assommant le lecteur. L'auteure met une telle volonté à aborder d'innombrables sujets que l'on se perd un peu. C'est un peu comme tenter de courir dans l'eau, on a envie d'avancer, de comprendre, de s'en sortir mais on n'y parvient pas. Le résultat peut paraître décousu et peu entraînant. Heureusement que la deuxième moitié est plus agréable.

 

« À mesure que la séance avançait et que l'attitude inerme de Joaquin permettait d'instaurer une fragile relation de confiance, certains modèles, une minorité, commençaient à s'épancher. Cela se produisait au terme d'un processus lent, souterrain presque, quasi imperceptible. Dans ces moments-là, Joaquin pensait toujours au mouvement d'un tournesol. Parfois c'était un simple geste d'étonnement, un trait de timidité ou de lassitude, une interrogation qui affleurait sur leur visage : « Mais qu'est-ce que je fais ici ? » Et les femmes retournaient en elles-mêmes, là où elles se voyaient comme elles avaient envie de se voir. Et c'était précisément cet endroit que le photographe désirait connaître et fixer pour toujours. L'endroit où une femme s'accepte telle qu'elle est. Là, la séduction ne s'adressait pas à l'extérieur, et n'était pas unidirectionnelle ; là, dans un geste indivisible et unique, la séduction n'était pas un hameçon sinon une carte. Joaquin était convaincu qu'il était possible d'atteindre ce lieu. Joaquin Buitrago croyait encore à l'impossible quand Matilda ôta ses vêtements le plus naturellement du monde et, cherchant ses yeux à travers l'objectif depuis la table en marbre, lui demanda :

- Comment devient-on photographe de putes ? »

page 17

 

Traduit dans plusieurs langues, Personne ne me verra pleurer est considéré comme le chef d’œuvre de Cristina Rivera Garza et a reçu le prix du Meilleur Roman au Mexique en 2000. Fidèles à leur réputation de découvreur de talents étrangers, les éditions Phébus traduisent pour la première fois en France cette auteure ayant déjà six romans à son actif. J'ai été quelque peu déçu par ce roman, à la lecture du résumé je m'imaginais déjà emporté dans une dans une spirale infernale, sur les traces d'une femme pleines de mystères, dans la chaleur étouffante du l'Amérique du Sud. Bon, je fus porté par la très belle plume de l'auteure et par le talent des deux traducteurs, mais le plaisir ne fut malheureusement pas entier.

 

 

Merci à Bénédicte Da Silva des éditions Phébus pour cette lecture.

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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Mardi 10 décembre 2013 2 10 /12 /Déc /2013 13:57

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Voilà, j'ai pris du retard dans mes lectures de la rentrée, et je découvre des pépites une fois que la déferlante est passée et que tout le monde s'en fout... Ça m'apprendra, l'année prochaine, je commencerai par lire les romans qui me font le plus envie et non pas en fonction des délais auxquels je veux me plier parce que ce livre m'a été envoyé, que j'ai acheté celui-ci et qu'il peut attendre, ou encore que j'ai emprunté celui-là et que je vais avoir un avertissement si je ne le rends pas rapidement.

 

Pour ses études d'archéologie qu'elle commence à Paris, Hélène s'installe dans une chambre que son grand-oncle lui prête. Globe-trotter invétéré et auteur sous pseudonyme de La Marque noire, une série de romans d'aventure pour la jeunesse au succès planétaire, il n'est pas souvent présent. Et ça tombe bien car Hélène ne l'apprécie guère. Elle n'a même pas lu ses livres et ne s'émerveillait pas, comme tous les autres gamins de sa famille, des histoires abracadabrantesques que le vieil excentrique racontait lors de repas de famille où il arrivait en retard et s'asseyait à la table des enfants.

 

« Dans les grands repas, quand il était là, Daniel s'asseyait toujours à la table des enfants, loin des adultes.les petits lui réclamaient des histoires, et il se lançait dans des récits d'aventures hallucinés, roulant des yeux, imitant les voix, les accents, les cris des animaux, décrivant des situations rocambolesques, enchaînant les calembours, s'esclaffant soudain sans qu'on sache trop pourquoi. Un croûton de baguette ouvert en deux devenait la gueule d'un caïman qui le poursuivait dans les eaux brunes de l'Orénoque, il se levait et nageait le crawl pour lui échapper. Ou bien c'était l'hiver en pleine taïga, sa lanterne s'éteignait, il était cerné par des loups hurlants, ses couverts dressés tremblaient sous sa serviette comme des piquets de tente dans la tempête. Les parents essayaient de le faire taire, tu vois bien que tu leur fais peur, mais il ne les écoutait pas et continuait encore et encore, aussi longtemps que les enfants en redemandaient. » pages 19-20

 

Elle se lie d'amitié avec un groupe de sa classe et succombe au charme de Guillaume, un grand enfant qui transforme tout ce qu'il touche en jeu. Celui-ci tente de l'initier à La Marque noire, dont il est toujours fan et dont il attend avec ferveur le prétendu vingt-quatrième et dernier tome. Hélène, en bonne archéologue, n'aura de cesse, au fil de la découverte de l’œuvre de son grand-oncle, de vouloir fouiller le passé, quitte à déterrer quelques secrets de famille bien enfouis sous les décombres de la Seconde Guerre mondiale.

 

Premier roman d'une professeur de littérature comparé à l'ENS et traductrice de Lermontov (Un héros de notre temps) et Gogol (Nouvelles de Pétersbourg), Les voyages de Daniel Ascher est un très joli roman qui mêle habilement les domaines de l'écriture, de l'aventure, de l'occupation, de la saga familiale et de l'amourette estudiantine.

Ce qui est d'autant plus remarquable, c'est la finesse avec laquelle Déborah Lévy-Bertherat coud cet ensemble disparate pour créer une fiction qui semble bien réelle. Il n'y a que le personnage d'Hélène qui m'a un peu gêné. Une fille qu'on aurait tendance à ne pas aimer au début et qui finirait par ne laisser aucune trace, à cause d'un certain manque de profondeur. On se souviendrait plus des autres protagonistes, même de moindre importance. Un personnage raté, à moins que je ne n'ai moi-même raté Hélène...

Excepté ce couac, c'est un bien joli voyage que ce premier roman envoûtant, entre le monde de l'enfance, de l'écriture, de l'imaginaire et celui, plus dur, de l'âge adulte, des souvenirs et de la guerre.

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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