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Amélie Nothomb, Pétronille, roman, 160 pages, Albin Michel, août 2014, 16,50 € ***

Publié le par Sébastien Almira

         


Comme chaque année, l'arrivée du nouveau roman d'Amélie Nothomb est le signe que la rentrée littéraire commence. Je vous livre donc comme premier article mon avis sur le fameux Pétronille.

Si j'ai parfois été acerbe en parlant d'Amélie Nothomb, c'est qu'on est plus facilement et plus intensément déçu par quelqu'un que l'on apprécie. En voyant arriver Pétronille, j'ai beaucoup espéré. Je l'ai choisi pour accompagner mon départ en Grèce, c'est dire si je faisais confiance à la Belge pour annoncer des vacances parfaites.

« L'ivresse ne s'improvise pas. Elle relève de l'art, qui exige don et souci. Boire au hasard ne mène nulle part.
Si la première cuite est miraculeuse, c'est uniquement grâce à la fameuse chance du débutant : par définition, elle ne se reproduira pas.(...)
Rien ne me désole plus que ces gens qui, au moment de goûter un grand vin, exigent de « manger un truc » : c'est une insulte à la nourriture et encore plus à la boisson. « Sinon, je deviens pompette », bredouillent-ils, aggravant leur cas. J'ai envie de leur suggérer d'arrêter de regarder de jolies filles : ils risqueraient d'être charmés.
 » pages 7-8

Nous connaissons bien la passion d'Amélie Nothomb pour le champagne. Après la découverte du goût et de l'ivresse, voilà qu'elle se met en quête d'un « compagnon ou d'une compagne de beuverie ». C'est cette quête, puis les bonheurs et les méandres de l'amitié, que la romancière raconte dans son vingt-troisième roman publié.
On est d'abord heureux (je suis) de retrouver son style inimitable : son art des dialogues, qui ne manquent jamais de mordant, son vocabulaire courant et soutenu à la fois, son sens de la formulation, enlevé et enjoué ; le tout saupoudré d'un peu plus de maturité que dans ses premiers livres, fait étonnant pour un roman que l'on pourrait qualifier de jeunes.
On est ensuite soulagé (je suis) d'être embarqué sans difficulté dans un nouvel épisode de sa vie, dédié au champagne et aux livres, mais aussi un peu au ski, à Londres et au communisme.
On est d'ailleurs agréablement surpris (je suis) par la nouveauté de faits racontés et de géographie parcourue. Amélie ne se cantonne plus au champagne et au chocolat, ni à la France et l'Asie.
D'autres remarqueront que, si ce n'est pas la première fois qu'elle parle d'une personne existante, celle-ci est cette fois connue. Pétronille est évidemment un prénom de plus à ajouter à la liste farfelue des personnages d'Amélie Nothomb, mais cette jeune lectrice, devenue amie et romancière, « ce glorieux soldat qui n'avait pas cherché à se protéger et qui, revenu amoché et victorieux du précédent combat, remontait au front de la littérature » (page 155), est une jeune romancière très appréciée d'Amélie. Elle a souvent défendu ses romans, dont vous trouverez les titres et les arguments de ventes nothombiens dans Pétronille !
D'aucuns pourront être déroutés par la facilité et le cynisme avec lesquels la romancière parle de son métier. Comme dans Une forme de vie (article ici), elle n'hésite pas à égratigner les conventions et les sages croyances du commun des mortels quant aux séances de dédicaces, aux lecteurs, aux auteurs, aux salons, etc. Elle n'hésite pas non plus à se moquer d'elle-même.

« Pétronille ne m'avait jamais aperçue dans ma tenue d'écriture (un genre de pyjama antinucléaire japonais) et je résolus de ne pas la traumatiser. Je traversai la chambre sur la pointe des pieds en direction de la salle de bains quand j'entendis :
- C'est quoi ce truc ?
- C'est moi.
Silence, suivi de :
- D'accord. C'est beaucoup plus grave que prévu.
- Je vais me changer, si vous voulez.
- Non, non. Si j'allume la lumière, ça prend feu ?
- Je vous en prie.
Elle s'exécuta et me regarda derechef.
- Ah, la couleur vaut le détour, elle aussi. Vous appelez comment ce coloris ?
- Kaki.
- Non. Kaki, c'est vert, et vous, vous êtes orange foncé.
- Justement, couleur du fruit nippon, le kaki. C'est mon costume d'écriture.
- Et ça donne de bons résultats ?
- Je vous laisse juge.
 » pages 74-75

Un Nothomb intéressant, agréable, (un peu) novateur, plus mature, toujours drôle et enlevé, c'est pas mal. Pétronille n'est pas inoubliable, mais c'est déjà ça de pris.



« L'exercice de la dédicace repose sur une ambiguïté fondamentale : personne ne sait ce que l'autre veut. Combien de journalistes m'ont-ils posé la question : « Qu'attendez-vous de ce genre de rencontres ? » À mon sens, l'interrogation est encore plus pertinente pour la partie adverse. À part les rares fétichistes pour qui la signature de l'auteur compte réellement, que viennent chercher les amateurs d'autographes ? Pour ma part, j'éprouve une curiosité profonde envers ceux qui viennent me voir. J'essaie de savoir qui ils sont et ce qu'ils veulent. Ce point n'aura jamais fini de me fasciner.
Aujourd'hui, la question est un peu moins mystérieuse. Je ne suis pas la seule à avoir remarqué que les plus jolies filles de Paris font la queue devant moi, et je remarque avec amusement que beaucoup de gens fréquentent mes dédicaces pour draguer ces beautés. Les circonstances sont idéales, car je dédicace à une lenteur accablante, les séducteurs ont donc tout leur temps.
 » page 16

« L'erreur serait de croire que le physique compterait seulement en amour. Pour la majorité des gens, à laquelle j'appartiens, le physique compte en amitié et même pour les relations les plus élémentaires. Je ne parle pas ici de beauté ni de laideur, je parle de cette chose si vague et si importante que l'on nomme physionomie. Au premier coup d’œil, il y a des êtres qu'on aime et des malheureux qu'on ne peut pas encadrer. Le nier serait une injustice supplémentaire. » page 19



En prime, voici une intreview vidéo d'Amélie Nothomb sur rentrée-littéraire.com

                   

Commenter cet article

Audrey Chèvrefeuille 25/08/2014 10:05

Joli article!
Je suis plutôt d'accord avec toi, tu l'avais compris :-)
J'ose quand-même, parce que je l'ai lue, relue et que je l'adore, préciser que les titres de cette jeune romancière talentueuse (Stéphanie Hochet, comme ça c'est dit) ont été grimés dans Pétronille. Mais n'hésitez pas à faire quelques recherches sur cette auteure, elle vaut le détour!

Sébastien Almira 25/08/2014 10:22

Les premiers, pas les derniers, si je ne me trompe pas. Non ? (et pas d'allusion à une certaine chanson de Céline Dion, merci ^^)

melanie 14/08/2014 15:40

Très joli article, on retrouve tout le mordant d'Amelie.