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Meg Rosoff, Au bout du voyage, roman à partir de 13 ans, 260 pages, Albin Michel Wiz, août 2014 ****

Publié le par Sébastien Almira

                          

« Je m'entends bien avec mon père, nous formons une bonne équipe. Comme mon homonyme, Mila la chienne, j'ai une conscience aiguë des lieux où je me trouve et de ce que je fais à tout moment. Guère encline à la rêvasserie, j'ai un peu de la détermination d'un terrier. S'il y a quelque chose à remarquer, c'est moi qui le remarque en premier.
Je suis douée pour résoudre les énigmes.
 » page 11


Quoi ?! L'auteure de How I live now (Maintenant c'est ma vie), dont l'adaptation cinématographique m'a subjugué en début d'année, publie un nouveau roman ado à la rentrée ?! Ayant raté la lecture du précédent, je me suis jeté dessus pour me rattraper.

Mila, 12 ans, accompagne son père, parti à la recherche de son meilleur ami Matthew. Grâce à sa très grande sensibilité, elle tente de comprendre ce qui est arrivé à Matthew et accumule les indices au cours de leur voyage en direction de la frontière canadienne.

Petit récapitulatif sur les personnages (que j'ai la flemme de mettre en prose, toutes mes excuses) :
Mila, 12 ans, narratrice, sensible et intelligente
Gil, son père, d'origine franco-portugaise, traducteur, « parmi les défauts de mon père, on trouve une honnêteté poussée jusqu'à l'excès. Et la distraction, bien sûr. » page 38
Marieka, sa mère, d'origine suédoise, violoniste dans un orchestre
Matthew, le meilleur ami d'enfance du père, s'est barré sans prévenir personne
Suzanne, la femme de Matthew, froide, étrange et n'a pas l'air très préoccupée par la disparition de son mari
Gabriel, leur bébé
Honey, leur chien, un grand chien-loup blanc magnifique et triste de l'absence de son maître

                                                  

« J'aime la manière dont la neige s'entasse au sommet des poteaux téléphoniques et s'accumule même sur les câbles en longues lignes blanches et minces. On voit des trous là où des oiseaux se sont posés, qui composent des messages en morse. Point point point. Trait trait trait. Point point point. » page 231

Mila et son père arrivent chez Matthew et Suzanne, une maison en forme de « grand cube dont chaque face verticale serait divisée en quatre carrés de verre » avec un toit en bois incliné pour la neige. Cette maison perdue au beau milieu d'une forêt instaure une atmosphère inquiétante supplémentaire. D'autant que Mila se met instantanément à décrypter chaque objet, chaque placement, chaque détail afin de découvrir ce qui a pu pousser le fameux Matthew à fuir une femme, un bébé et une chienne. La pauvre Mila n'est pas au bout de ses surprises. Au cours du road-trip canadien avec son père et la chienne Honey, elle va en apprendre des vertes et des pas mûres, tant sur Matthew que sur son père.


Alors qu'on ne parle que de John Green, auteur du déjà célébrissime Nos étoiles contraires, devenu culte chez nos ados, comme chez les ados transatlantiques avec le film de Josh Boone, moi je vous propose de vous pencher aussi (parce qu'empêcher les ados de lire John Green, je crois que ça va plus être possible, et il faudra bien que je m'y mette aussi) sur Meg Rosoff. Sur How I live now, dont je vous avais déjà parlé, sur ses autres livres dont certains ont l'air pas mal, et sur ce très beau voyage entre père et fille dans les plaines enneigées du Canada à la recherche d'un ami et d'explications, avec des personnages fouillés, bien exploités et des petits passages emprunts de poésie ou assez critiques envers la société américaine, par exemple.
Bref, ce n'est pas un grand roman, ce n'est pas aussi fort que How I live now (que le film, en tout cas), mais on passe un très bon moment de lecture jusqu'au bout du voyage (facile, je sais).

                   


« La télé américaine propose des centaines de chaînes et je zappe sans vraiment prêter attention à ce qui se passe sur l'écran. Je tombe principalement sur des pubs. Je continue jusqu'aux chaînes à trois chiffres, où je vois une femme dénudée se caresser les seins et me demander si je veux mieux la connaître. Je passe aussitôt à autre chose. Je m'arrête sur un documentaire animalier dans lequel un homme admire un superbe cerf dans une clairière et dit à voix basse : N'est-ce pas une superbe créature ? avant d'épauler son fusil et de lui loger une balle dans le cœur. La bête chancelle et tombe à genoux. J'ai envie de vomir.
Il y a une semaine, l'Amérique me faisait l'effet d'être l'endroit le plus accueillant du monde, mais je commence à voir de la noirceur partout où je regarde.
 » page 249

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