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Luis Seabra, F, roman 100 pages, Rivages, août 2014, 15 € ****

Publié le par Sébastien Almira

Luis Seabra, F, roman 100 pages, Rivages, août 2014, 15 € ****


« Cette population, qui depuis longtemps maintenant avait donné les pleins pouvoirs au nouveau régime pour le protéger des « dangers sans visage qui n'épargnent personne », selon l'expression utilisée par notre président du Conseil dans sa dernière allocution, cette population vivait dans un demi-sommeil, une léthargie qui s'accommodait de toutes les compromissions, de toutes les lâchetés. » page 65

Dans un régime dont on ne saura pas grand chose si ce n'est la labyrinthique administration et la « séparation préventive » des asociaux et dangereux individus repérés dès leur plus jeune âge.
Linz, avocat de son état, frappé d'amnésie, ne parvient pas à comprendre pourquoi il est incarcéré. À Schendorf, centre pénitencier qui fait la renommée de la région et qui s'évertue à faire comprendre aux détenus qu'au fond d'eux ils ne désirent pas en sortir, il participe régulièrement à des séances de lectures entre prisonniers qui s'apparentent plutôt à des séances de torture et, de temps à autres, on lui demande pourquoi il a donné les plans de la prison à F.

« Reste que Versini nous a alertés sur le fait essentiel vous concernant :votre dossier est vide, Linz. Oui, vide. Cela est fâcheux, vous en conviendrez, aussi bien pour nous que pour vous. D'autant bien sûr que je n'ai aucun pouvoir de vous libérer, car cela ne signifie pas que vous êtes là sans raison, mais que la raison pour laquelle vous êtes là, administrativement parlant, nous échappe. » pages 26-27

Mais Linz ne connaît ni les plans de la prison, ni le fameux F.
Boehm, directeur illusoire du centre, ne comprend pas non plus ce qui se joue autour de lui, qui tire les ficelles si ce n'est lui ; F ? Linz ? Luis Seabra ?

Les personnages se perdent dans le dédale de l'esprit des uns et des autres, et on se laisse perdre avec eux dans ce labyrinthe monté d'une main de maître par l'auteur, où les espaces se dédoublent et les identités se confondent. Il y a en plus une maîtrise dans l'écriture, limpide, mécanique. Cet impressionnant labyrinthe littéraire nous est conté avec une froideur clinique qui semble vouloir nous rendre encore plus fou.
En une centaine de pages, Luis Seabra fait de son premier roman un grand livre que Kafka et Borgès n'auraient pas renié.

Luis Seabra, F, roman 100 pages, Rivages, août 2014, 15 € ****

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