Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Matt Haig, Humains, roman à partir de 13 ans, 280 pages, Hélium, août 2014, 15,90 € ****

Publié le par Sébastien Almira

                            

Un extra-terrestre débarque sur Terre pour prendre la place et l'apparence du professeur Andrew Martin, éminent mathématicien de l'Université de Cambridge qui a résolu une équation majeure pour l'avenir de l'humanité.
Avec un tel point de départ, on se doute que nombre de scènes seront drôles. Et c'est véritablement le cas. Si je n'ai pas autant ri que dans Sans nouvelles de Gurb d'Eduardo Mendoza, certaines scènes étaient vraiment réussies, notamment celle de l'interrogatoire, hilarante mais trop courte.


« Cette route en particulier était du type autoroute. Une autoroute est le type de route le plus avancé qui soit, ce qui signifie en gros que, comme il en va de la plupart des avancées humaines, le risque de décès accidentel y est considérablement plus élevé. Mes pieds nus reposaient sur une surface appelée asphalte et ressentaient sa texture insolite et grossière. Je regardai ma main gauche. Je la trouvais fort rudimentaire et exotique, mais mon rire cessa tout net quand je pris conscience que cette impayable chose pleine de doigts faisait partie de moi. J'étais étranger à moi-même. Ah, et au fait, le rugissement assourdi était toujours là, mais en nettement moins assourdi.
C'est alors que je vis ce qui se rapprochait de moi avec une vélocité considérable.
(…) Et je fus donc projetée avec une force immense, implacable. Une force qui me projeta en l'air et m'envoya voler. Mais pas voler pour de vrai, car les humains ont beau agiter bras et jambes, ils en sont incapables

(…) J'étais révulsé, terrifié. Jamais je n'avais rien vu de tel que cet homme. Cette face m'était si étrangère, elle était si pleine d'ouvertures et de protubérances incompréhensibles ! Le nez, surtout, me perturbait. Mes yeux innocents eurent l'impression qu'il y avait autre chose à l'intérieur de lui, qui poussait pour sortir. » pages 15-16

Mais il n'y a pas que ça. Il doit éliminer toute forme de preuve (matérielle ou humaine) sur l'équation résolue par Andrew Martin, il est donc contraint de passer du temps parmi nous, de s'imprégner, d'enquêter. Le récit est construit sous la forme du témoignage de cet extra-terrestre, témoignage qu'il fait partager à ces semblables, pour que vous compreniez pourquoi j'ai fait ce que vous savez que j'ai fait mais que nous, on ne sait pas encore.
Si le narrateur a en tête tout ce qu'on lui a appris de négatif sur les terriens et le vérifie chaque jour qu'il passe aux côtés de sa nouvelle femme, de son nouveau fils ou encore de ses nouveaux élèves (« une sous-bactérie biologique si prête à rire de n'importe quoi » page 161), il va bien évidemment se rendre compte que tout n'est pas si noir et que (tenez-vous bien, le ridicule ne tue pas) les humains ont notamment quelque chose d'immense et de fort en eux : l'amour.

« Tout portait à croire que cette couche externe (de vêtements) était la clé des structures de pouvoir sur cette planète. » page 33
« Les humains passent leur temps à faire des choses qu'ils n'aiment pas, et quand ils aiment ce qu'ils font, ils en conçoivent une culpabilité énorme et se promettent ardemment de reprendre dès que possible une activité abominablement déplaisante. » page 235

Humains est un très bon roman de science-fiction pour ados et adultes, si tant est qu'on ne cherche pas dans la science-fiction de vaisseau spatiaux, de drones, de combats entre mages noirs ou autres guerres intergalactiques. L'aventure de cet extra-terrestre, à défaut d'être très surprenante, est aussi drôle que poignante et vous fera (m'a en tout cas fait) passer un bon moment.

Commenter cet article