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Frédéric Beigbeder, Oona & Salinger, roman, 330 pages, Grasset, août 2014, 19 € ****

Publié le par Sébastien Almira

Frédéric Beigbeder, Oona & Salinger, roman, 330 pages, Grasset, août 2014, 19 € ****

« Et c'était très agréable de recommencer. Ils recommencèrent beaucoup. À chaque fois qu'il l'embrassait, elle avait l'impression de s'envoler et lui de tomber par terre. C'était un miracle qu'ils tinssent encore debout. Une prouesse aussi exceptionnelle que ce subjonctif imparfait. » pages 90-91

De Beigbeder, je n'ai pas tout lu et je n'ai pas tout aimé. C'est comme ça que je commence à parler d'Oona & Salinger à mes clients. Et c'est comme ci que je continue : mais j'ai beaucoup aimé son dernier, il n'est pas trop présent, son humour et sa présence servent bien le récit et ne le vampirisent pas comme c'est parfois le cas.
Parfois, il faut savoir prendre des gants quand on est libraire. Oui bien sûr, j'ai aaadooooré !!!
Je déconne mais vous avez compris l'idée. Et bien pour vendre du Beigbeder en librairie indépendante, c'est comme pour Nothomb, il faut faire sauter les préjugés pour parler d'un livre et non d'un personnage qu'ils ne peuvent plus voir en peinture.
Parfois, ça ne vaut pas le coup. Pour le dernier Nothomb, je ne prends pas de gants, oui, cette fois, il est bien, pas inoubliable, mais bien. Mais pour Oona & Salinger, ça vaut le coup de dire aux gens qu'il faut s'ouvrir un peu et arrêter de ne jurer que par la Pléiade et le Goncourt.

 
                                   Jerry David Salinger, Oona O'Neill et Charlie Chaplin

Jerry D. Salinger, « l'écrivain qui a dégoûté les humains de vieillir » (page 23) est l'auteur préféré de Frédéric Beigbeder. Son Catcher in the Rye (L'attrape-cœur) s'est vendu à plus de 120 millions d'exemplaires dans le monde si j'en crois son plus grand fan.

Oona O'Neill, dont Truman Capote dira « Elle n'avait qu'un seul défaut : elle était parfaite. À part ça, elle était parfaite. » a été sa petite amie avant de se marier à Charlie Chaplin.
Après une interview de Salinger qu'il ne mènera finalement pas, l'auteur de 99 fr décide d'écrire sur ce qui changera à jamais la vie de Salinger : l'histoire d'amour improbable entre Oona et Jerry, le départ de ce dernier pour aller casser de l'Allemand en France, et le mariage d'Oona avec Chaplin.

Dans un art particulièrement incisif du dialogue, Beigbeder s'amuse à recréer les plausibles instants partagés entre Oona et Jerry, comme bas de page 93 et suivantes, scène d'une perfection étonnante. Il raconte les soirées hype & drugs au Stork Club, l'endroit le plus fermé de New York, avec la bande de Truman Capote et des trois premières it-girls de l'histoire : Gloria Vanderbilt (vamp fatale et sophistiquée), Carol Marcus (l'animal sensuel et hystérique) et Oona O'Neill (l'autiste, la timide, l'angélique).
Il imagine les lettres désespérées que Jerry envoie du front à sa bien-aimée un peu trop volage.
Il décrit à travers les yeux de ce dernier l'horreur de la guerre (extrait ci-dessous, pages 206-207).
Il part parfois dans tous les sens, comme avec le chapitre « Ce qu'on ne dit pas aux Français sur le débarquement (ni au collège, ni au lycée, ni dans Le jour le plus long, ni dans Il fat sauver le soldat Ryan) » pages 208 et suivantes, comme le chapitre sur les ados contemporains pages 250 à 252, saisissants.




On retrouve l'humour particulier et corrosif de Beigbeder :
« À ce moment-là, le jeune serveur apporta les verres. J'ai oublié de dire qu'au même instant, la France était occupée par l'Allemagne. À Paris, avec le décalage horaire, les troupes allemandes défilaient sur les Champs-Élysées. » page 41

« Ici, quelqu'un comme Sylvia Plath ajouterait une phrase photosensible du genre « Le soelil matinal, tout simple, brillait à travers les feuilles vertes des plantes de la petite verrière et les motifs de fleurs sur le divan recouvert de chintz étaient naïfs et roses dans la lumière du matin. » J'aime ces temps d'arrêt qui laissent au lecteur le temps de respirer, de boire ou d'aller pisser. Ah, si seulement je savais écrire ainsi. Mais je dirais seulement que le premier rayon de soleil était parme, et que c'était vachement joli. » page 104

Enfin bref, je vais pas en faire trop. Sylvia Plath trouverait peut-être beaucoup à dire, mais je dirais seulement qu'Oona & Salinger est un roman étonnant et complet. Tout y est, tous les genres, histoire sentimentale, critique de la société, roman de guerre, roman à la Bret Easton Ellis sur les soirées américaines, voyages, document historique et biographique, et j'en passe.
Je ne sais pas si le Renaudot était mérité pour Un roman français, mais ce nouveau roman de Beigbeder aurait mérité plus d'attention et de reconnaissance.


Une surper critique d'Onna & Salinger à lire ICI.


                         

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laurence 02/01/2015 10:37

C'est malin.... comment on va faire pour lire les nouveautés, si vous me donnez l'envie de relire les "anciennetés" d'Aout ?