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Philippe Besson, Vivre vite, roman, 230 pages, Julliard, janvier 2015, 19 € ****

Publié le par Sébastien Almira

            


La rentrée de janvier a commencé il y a un mois déjà, un peu plus même, certains éditeurs ayant publié dès le 31 décembre... Et moi qui me targue de vous éclairer sur l'actualité littéraire, j'ai attendu le mois de février pour écrire un article sur un roman de la rentrée. Il faut dire que janvier a été quelque peu mouvementé, que je n'étais pas trop d'humeur à lire, ni à écrire sur le peu que j'avais lu.
Je me suis jeté sur des BD jeunesse et dans les salles obscures, d'où les deux articles ciné de janvier. Pour ma défense, quel ratio de bonnes nouveautés au cinéma en fin décembre / janvier !


Bref, pour le premier article de la rentrée littéraire de janvier, si, vous savez, celle qui passe quasi inaperçue, je reste proche du septième art puisque Philippe Besson raconte dans Vivre vite, l'idole de vos mères et de vos grands-mères : James Dean.

« Notre passe-temps favori, à Jimmy et moi consistait à improviser des pièces de théâtre. On s'était fabriqué une scène miniature, j'avais cousu des costumes, confectionné des figurines. C'était épatant d'inventer des histoires et de les déclamer devant un public imaginaire. J'ignorais que cela déclencherait chez lui ce désir irrésistible de faire l'acteur plus tard, mais je suis fière de supposer que je suis sans doute à l'origine de sa vocation.
Parfois, je pense : si je ne l'avais pas poussé dans cette direction, s'il n'avait pas embrassé cette profession, s'il n'était pas devenu célèbre du jour au lendemain, il ne serait pas mort brutalement, en pleine jeunesse, en pleine gloire. Il n'aurait pas eu les moyens de s'acheter cette maudite voiture, il n'y aurait pas eu l'accident. Mais je n'arrive pas à me sentir coupable. On n'échappe pas à son destin. Le sien était d'être une étoile et de passer comme une comète. » pages 23-24, Mildred Dean, sa mère.

Vous l'avez peut-être compris avec ce premier extrait, c'est grâce à un roman choral que Philippe Besson entend raconter la courte vie de James Dean. Ainsi, prendront la parole sa mère, son oncle, les réalisateurs, acteurs, photographes avec les lesquels il travaillera, ses amis, si tant est qu'on puisse imaginer que l'acteur avait réellement des amis, lui-même, ou encore son professeur d'art dramatique Adeline Brookshire qui sera la première, page 64, à le nommer James Dean, peut-être parce que c'est elle qui fut le virage dans la vie de Jimmy, celui qui lui fit entamer une carrière, aussi courte soit-elle, parce que c'est à partir de là que Jimmy est devenu James Dean.

« On devait toujours le canaliser. C'était un enfant qui faisait facilement des bêtises. » page 47, Marcus Winslow, son oncle.

« En fait, il faudrait donner l'impression de ne rien faire, d'être soi-même, alors qu'on est absolument un autre. Inventer un pur mensonge plus vraisemblable que la vérité.
Il faudrait aussi puiser en soi des souffrances intimes et les habiller d'apparences trompeuses. » page 70, James Dean.

« Car désormais, je ne pense plus qu'à une chose, une seule, devenir acteur. Si je ne deviens pas acteur, autant être rien.
Pas de méprise : je n'ai pas particulièrement envie de voir ma tête sur des affiches,je ne rêve pas de gloire. Non. Simplement, je ressens des vibrations dès que j'enfile le costume d'un autre, et que j'invente un mensonge en espérant qu'on va me croire. C'est dans les moments où je joue que je suis au plus près de la personne que je veux être. » pages 110-111, James Dean.
 

                      


Et c'est là que réside la force de Vivre vite : Besson s'adapte aux narrateurs qu'il utilise. Il perd parfois son écriture, qui peut en énerver plus d'un, jusqu'à ce qu'elle revienne au galop au détour d'un personnage. Mais même lorsqu'il change le moins sa manière d'écrire, j'avais l'impression d'entendre untel ou un autre parler, sa voix, ses intonations, de voir ses postures, ses expressions. En ça Philippe Besson est très bon.

« Au début de notre amitié, j'ai pensé qu'il préférait les hommes. Et cela ne m'aurait pas particulièrement choqué. J'ai découvert que la réalité était plus subtile. Pour comprendre Jimmy, il fallait admettre qu'il n'avait pas de problème avec sa propre sensibilité et, pour être plus explicite encore, avec sa propre féminité. » page 167, Leonard Rosenman, compositeur.

« D'emblée, j'ai tenté de me débrouiller avec ce paradoxe : la beauté de Jimmy ne sautait pas aux yeux, et pourtant on ne voyait qu'elle. Ses lunettes mangeaient son visage, ses traits étaient un peu grossiers, son regard noirci par les cernes, et cependant il irradiait dès qu'il se mettait à sourire, il inquiétait dès qu'il se refermait, il séduisait dès qu'il vous fixait. » page 199, Dennis Stock, photographe.

Si certains chapitres paraîtront anecdotiques au premier abord, je trouve qu'il n'y a pas de gras dans le roman, rien à retirer. Tout y a une place, la sienne. Tout a un sens, un but. Ici un trait de caractère dévoilé, là un moment clef de la fureur de vivre, de vivre, de James Dean.
Quelques chapitres sont très forts, d'autres très intéressants comme celui d'Elia Kazan, sur le tournage du premier film de James, À l'est d’Éden, page 175 et suivantes, il y a aussi la beauté de ce que dit Elizabeth Taylor ou encore Marlon Brandon, son idole : « Plus tard, je suis allé voir ses films et là, j'ai compris. Compris que c'était un putain de génie. Et les génies ont le droit de faire chier le monde. » (page 192)

À la manière de Frédéric Beigbeder avec son roman Oona & Salinger (article ici), Philippe Besson signe un très bon roman qui, sans dénaturer son œuvre ou sa personne, est peut-être un peu plus classique et abordable pour les non-initiés, pour les habituellement irrités par le style ou le genre de ces deux auteurs. Il y a en Vivre vite un beau roman sur un acteur incandescent devenu en trois films et un accident de voiture, une icône intemporelle. James Dean va si bien à Philippe Besson, et inversement, que ce serait dommage de bouder un tel plaisir.


« Mais que voulez-vous, l'Amérique, cette grande nation, n'est rien d'autre qu'une mère monstrueuse qui dévore ses enfants, une putain de mère maquerelle qui brûle ses gagneuses et ses idoles. » page 222, Sal Mineo, acteur.


                                              

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