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Joseph Incardona, Chaleur, roman, 145 pages, Finitude, octobre 2016, 15.50€ ***

Publié le par Sébastien Almira

Joseph Incardona, Chaleur, roman, 145 pages, Finitude, octobre 2016, 15.50€ ***

 Premier article sur lequel je travaille depuis qu’a germé l’idée de reprendre le blog Culturez-Vous. Je recommence à avoir du temps puisque je suis au chômage depuis le début de l’année, et quelques personnes continuent ou commencent à me dire que je n’aurais pas dû laisser tomber il y a deux ans.
Ce ne sera peut-être pas le premier article publié parce que j’aurais aimé « frapper plus fort » pour mon « grand retour » (rires), mais il est là.

La semaine dernière, je suis allé visiter une nouvelle librairie à Marseille (oui, oui, je visite des librairies ^^), la chaleureuse Librairie Pantagruel, créée l’année dernière au Pharo par trois femmes fraîchement débarquées dans le monde des livres.
Il y avait un coup de cœur sur Chaleur, un livre rouge qui attire le regard. J’ai discuté avec la libraire présente ce jour-là et suis reparti avec ce court roman écrit par l’auteur de Derrière les panneaux, il y a des hommes (Grand Prix de littérature policière 2015).

 

« Avec Igor, il n'y avait plus que le 19 et le 67. Le 67 est un Néerlandais, il porte un maillot de bain orange avec un écusson de son pays imprimé dessus : musculature profilée de nageur, silhouette dessinée au pinceau. Il regarde Igor puis son voisin, un Turc gras et lourd dont la tête minuscule émerge d'un torse puissant entièrement recouvert de poils.
Le Néerlandais croise le regard fou du Russe nain, observe la toison gorgée d'eau du Turc; Chacun a son secret pour tenir éloigné le feu qui les brûle. Le Batave au corps d'Apollon les supplie en silence, comprend maintenant que l'entrainement ne suffit pas. Il pourra faire le beau sur une plage, baiser un tas de filles, mais il ne sera jamais champion du monde. Il ne parvient pas à maîtriser cette crispation dans les jambes qui lui fait agiter ses talons sur le sol comme un épileptique.
Leurs regards convergent vers lui, il les voit sourire, nom de Dieu, il s'affole, se demande si le plus dur est de résister à la chaleur ou de rester enfermé avec ces deux tarés. Ils ont flairé la peur, attendent qu'il cède, qu'il se lève se dépêche de quitter la boîte.
Igor et le Turc se donnent une poignée de main humide et sortent à leur tour. Inutile de forcer.
 »
page 58, premier tour des qualifications

Tous les ans, à Heinola en Finlande, des hommes (et des femmes mais dans Chaleur on s’intéressera surtout aux hommes) s’enferment dans un sauna chauffé à 110°C au lieu des 90 habituels et le dernier qui en sort est déclaré Champion du Monde de Sauna.
Depuis quatre ans, Igor Azarov, Russe, 60 ans, 1m59, 58Kg, moustache, cheveux gris, arrive en finale. Depuis quatre ans, Igor Azarov  sort quelques secondes avant Niko.
Niko Tanner, 49 ans, 1m89, 110Kg, acteur porno clean et classique, à jour dans ses vaccins hépatite B et HPA, accro à la Vodka, est la star locale.
« Niko Tanner est doué pour trois choses : la picole, la baise.
Et la chaleur.
»

En plus de savoir si le Champion sera Champion pour la quatrième fois consécutive ou s’il sera détrôné par Igor, le Turc, le Révérend ou encore le jeune arriviste aux airs de Macron, vous découvrirez le drôle de couple que forment Niko et Loviisa (qui a la moitié de son âge et passe son temps à entraîner ses parties intimes pour ses prochains films, de peur qu’on la découvre femme fontaine et que l’étiquette lui colle au cul toute sa vie), ou encore le passé trouble d’Igor (dont la fille tirée à quatre épingles se demande quelle mouche l’a piqué pour participer à un pareil festival de conneries).
« Si elle ne vivait pas dans une grande ville, elle choisirait l’espace au lieu des salles confinées du club de fitness. La salle de gym marque un début de défaite, un refuge confortable face aux éléments, face à soi-même et à sa volonté. » (pages 93-94)


J’écrivais tout à l’heure que j’aurais aimé frapper plus fort parce que, même si j’ai aimé Chaleur, ce livre ne restera pas pour moi dans les annales. C’est pas mal écrit, c’est rythmé, c’est cocasse, c’est noir, c’est original, on s’attache aux deux candidats jusqu’au-boutistes, mais ça reste finalement un peu plat. Pas vain, mais disons que je suis resté sur ma faim. Je m’attendais peut-être à un peu plus de cynisme et de folie pour un roman décalé, bien qu’adapté d’un fait divers.

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