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Philippe Besson, Arrête avec tes mensonges, roman, 190 pages, Julliard, janvier 2017, 17€ *****

Publié le par Sébastien Almira

Philippe Besson, Arrête avec tes mensonges, roman, 190 pages, Julliard, janvier 2017, 17€ *****

Je l'ai déjà écrit, ici, ailleurs, j'en ai même parlé avec Bernard Lehut sur RTL : Philippe Besson n'a pas son pareil pour raconter les sentiments sans niaiserie ni superflu.
Surtout lorsqu’il raconte une histoire gay.
Surtout lorsqu'il raconte la sienne.

Lors du dernier RDV que je fais avec notre repré Julliard, il nous présente le prochain Philippe Besson. Sans nous en dire grand chose, il nous le présente comme son plus autobiographique, son plus sincère, son plus émouvant, son meilleur livre.

Je lis d'une traite la première histoire d'amour de l'auteur. Elle n'est pas vraiment réciproque, elle est secrète, elle est bancale, elle est douloureuse, mais c'est la première. « Ce garçon, à l'évidence, n'est pas pour moi », écrira-t-il page 33. Il a 17 ans, c'est en 1984, à Barbezieux.

« Je suis élève de Terminale C au lycée Elie-Vinet de Barbezieux. Ça n'existe pas Barbezieux.
Énonçons autrement. Nul ne peut dire : je connais cet endroit, je suis capable de le situer sur une carte de France. À part peut-être les lecteurs, et ils sont de plus en plus rares, de Jacques Chanderne, natif de la ville, et qui en a vanté l'improbable « bonheur ». ou ceux, il sont plus nombreux, mais ont-ils de la mémoire, qui empruntaient la nationale 10, naguère, pour se rendre en vacances, au début du mois d'août, en Espagne ou dans les Landes, et se retrouvaient systématiquement bloqués dans les embouteillages, là, précisément, à cause d'une succession mal pensée de feux tricolores et d'un rétrécissement de la chaussée. (…)
Je suis né là. À l'époque, on avait encore une maternité. Elle fermé il y a de nombreuses années. Plus personne ne naît à Barbezieux, la ville est vouée à disparaître. (…)
Donc je suis d'une époque révolue, d'une ville qui meurt, d'un passé sans gloire. » pages 18/19/20

« Le sentiment amoureux, il me transporte, il me rend heureux. Mais il me brûle aussi, il m'est douloureux, comme sont douloureuses les amours impossibles.
Car, de cette impossibilité, j'ai une conscience aiguë.
La difficulté, on peut s'en accommoder ; on déploie des efforts, des ruses, on tente de séduire, on se fait beau, dans l’espoir de la vaincre. Mais l'impossibilité, par essence, porte en soi notre défaite. » page 32

Je ne veux pas trop en dire, c'est pourquoi j'ai meublé avec des extraits après quelques lignes, ce serait vous priver d'une partie du plaisir.
Je rejoins entièrement l'avis de mon représentant : Arrête avec tes mensonges est le plus beau, le plus émouvant, le meilleur livre de Philippe Besson. Il m'a bouleversé. J'en pleurais à quatre heures du matin lorsque je l'ai fini (je m'étais couché déjà tard).
L'écrivain originaire de cette ville qui se meurt a écrit des romans qui m'ont beaucoup plu (Le garçon d'Italie, Se résoudre aux adieux, Un homme accidentel, En l'absence des hommes (la première fois), Vivre vite), d'autres qui m'ont bien plu (La maison Atlantique, Les passants de Lisbonne, De là on voit la mer) et quelques rares qui m'ont déplu (La trahison de Thomas Spencer, En l'absence des hommes (la seconde fois), Retour parmi les hommes), je ne dis donc pas ça par habitude : Philippe Besson est fort, très fort, il a les mots justes, le phrasé ressemble à une nécessité, nerveuse et mélancolique.
Arrête avec tes mensonges est une merveille.

« À mesure que je me rapproche, je vois cette nervosité, qui n'est en fait que de la timidité, quelque chose entre la gaucherie et l'émoi, une sorte de confusion plus que d'appréhension. Je me demande s'il éprouve de la honte, je veux croire qu'il s'agit seulement d'une gêne, de la manifestation de sa pudeur. Je retrouve aussi sa sauvagerie, ce qui le tient à part. J'en suis troublé car je me remémore sa mâle assurance, sa confiance calme, je pourrais être rebuté par l'égarement de sa superbe, en réalité rien ne me touche davantage que le craquèlement des armures et la personne qui s'y révèle. » page 39

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