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Alain Blottière, Le Tombeau de Tommy, roman, 210 p., Gallimard, septembre 2009, 16,50 € ****

Publié le par Sébastien Almira

Comme promis, voilà que je commence, même plus tôt que prévu, à vous livrer mes critiques des romans de la rentrée. L'an dernier c'était plus de 650 romans qu'il avait fallut faire rentrer en librairie, imaginez alors la tâche insurmontable à laquelle doivent faire face tout librairie qui se respecte ! Puisque les services de presse nous sont envoyés deux mois avant leur mise en vente, c'est 600 livres qu'il nous faut lire en 60 jours, soit dix par jour ou encore un toutes les deux heures. A condition de ne rien faire d'autre, ni manger, ni dormir, ni même aller aux toilettes... Qui a dit que la vie des libraires était facile ??
En attendant, voici ma première critique, première lecture de la rentrée très bien choisie :


blottiere.jpgIl est juif, il s’appelle Thomas Elek mais accepte seulement qu’on le nomme Tommy. Il a quinze ans lorsque la Seconde Guerre mondiale commence et s’engage dans la Résistance un an plus tard. Au sein des F.T.P.-M.O.I., il participe à plusieurs attentats et déraillements de trains transportant soldats allemands et ravitaillement à leur destination. Mais quelques mois avant que ne soit signée l’Armistice, le groupe est démantelé petit à petit par les Brigades Spéciales jusqu’à ce que tous ses membres soient arrêtés et fusillés.

Elle s’appelle Hélène Elek, elle est sa mère et la seule femme qu’il aime. Elle lui donne tout jusqu’à sa mort, et même après puisqu’elle lui rend hommage en racontant son histoire qu’elle publie chez François Maspéro (Hélène Elek, La Mémoire d’Hélène, 1977, épuisé), éditeur issu d’une famille de résistants.


On ne sait pas son nom, il est réalisateur et prépare un film sur Tommy. Le sujet l’intéresse beaucoup et finit par l’obséder, comme sa quête de l’acteur parfait, qu’il trouvera un an après avoir abandonné le projet.


Il s’appelle Gabriel, il est grand, beau, blond, les cheveux en bataille, comme Tommy. Il fait du roller dans Paris quand le narrateur/réalisateur du Tombeau de Tommy tombe sur lui, pour ne plus le lâcher. Il n’avait rien demandé et se retrouve happé par un film meurtrier.


De ces quatre personnages, Alain Blottière (Prix Littéraire de la Vocation en 1981 pour Saad chez Gallimard) tisse une toile qui plane dangereusement sur chacun. On s’y retrouve, nous aussi, rapidement pris, telles les proies de la mygale. Pour Tommy, la mygale s’apparente aux soldats allemands et aux Brigades Spéciales qui trahissent la France en pactisant avec l’ennemi. Pour Hélène, il s’agit de la peur de perdre ce fils qu’elle aime plus que tout. Enfin, pour le réalisateur et Gabriel, la mygale réside en Tommy. Car si Gabriel n’est pas acteur, il joue Tommy à merveille, ne sachant plus lequel des deux il est. Il fait même changer des scènes et attitudes du personnage, persuadé de réfléchir

comme lui mieux que le réalisateur. Il se perd dans son rôle, jusqu’à sombrer en Tommy, en son tombeau.

Le réalisateur, lui, ne peut plus se passer de Gabriel. Même les jours où il n’a pas de scènes à lui faire jouer, il le veut à ses côtés. C’est à se demander lequel protège l’autre. Il devient un père pour lui : “J’avais déjà discerné, bien avant ce jour, sa propension à me considérer comme un père, puisque j’avais écrit son propre rôle et qu’il le contestait.”


tommy.jpgCommencer ce roman, c’est plonger sans aucune sortie de secours dans un récit puissant, oppressant et émouvant, mélange de souvenirs d’Hélène Elek, de pensées du réalisateur et de scènes du film qui relate aussi bien l’histoire de Tommy que l’Histoire. Mais attention, ne vous méprenez pas sur cette dernière phrase : il ne s’agit pas d’un livre sur la Seconde Guerre mondiale, ni même sur la Résistance, comme on en trouve pléthore. C’est bien plus que ça. C’est une histoire magnifique qui traite de la guerre sous un angle tout à fait inhabituel et qui rend un bouleversant hommage à Tommy.

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