Peb et Fox, La Fabrique, tome 1, BD, 45 planches, Paquet, avril 2009, 10 € ****

Publié le par Sébastien Almira

Avant de vous laisser lire ce premier article consacré à la bande dessinée, je dois vous prévenir que ne serai pas capable d'écrire une critique construite et argumentée en appuyant sur le choix  des couleurs ou autres procédés de dessin auxquels je n'y connais rien. Aussi, elle sera courte, mais l'important est qu'elle vous donne envie de lire cette fantastique bande dessinée !

Nous avons nos patrons tyranniques, nos employés bêtes et/ou soumis, notre infecte repas du midi, nos blagues désuettes, nos tâches inutiles et tout ce qui fait que la vie d'entreprise est ce qu'elle est. Et bien, les souris aussi.
C'est ce que Peb et Fox, armés d'un cynisme à toute épreuve, nous ont concocté avec ce joyeux petit remus-ménage : des situations, entre bugs informatiques, soumission forcée, discours patronal et autres discussions entre collègues, tour à tour désespérantes et à se tordre de rire, mais en tout cas véridiques ! Vous pourrez vérifier !
Ne passez pas à côté de cet ouvrage culte ! Non, je n'y vais pas de main morte. Et j'assume.

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Pierre Stasse, Les restes de Jean-Jacques, roman, 260 pages, Flammarion, août 2009, 17 € *

Publié le par Sébastien Almira

Pierre Stasse a vingt-trois ans, il publie son premier roman chez Flammarion en cette rentrée. Ce roman me faisait terriblement envie, il promettait d'être très drôle, assez cynique et fort sympathique à lire.
Les premiers chapitres tiennent leur promesse et m'ont fait littéralement exploser de rire (j'ai parfois le rire facile, d'accord...). Après, j'ai décroché et Les restes de Jean-Jacques (le teckel) sont devenus ma première mauvaise surprise de la rentrée.

Reste cet extrait, les premières phrases :
"J'espionnais les voisins depuis le salon lorsque Manon entra. Son air nerveux me fit migrer vers la cuisine où elle fut accueillie par son connard de teckel convaincu d'être un berger allemand. L'animal salissait l'appartement de manière ininterrompue et attendrissait Manon. Un teckel."

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Sébastien Lapaque, Les identités remarquables, roman, 160 pages, Actes Sud, août 2009, 18 € ***

Publié le par Sébastien Almira

Les identités remarquables ou comment un résumé sur le net m'a emballé, une quatrième de couverture m'a fatigué, un roman m'a transporté et une une fin m'a perturbé.

"Tu vas mourir aujourd'hui, et tu ne le sais pas encore. Le sauras-tu jamais, même à l'ultime moment ? L'idée d'un terme irrévocable s'éloigne de toi à mesure que tu t'en approches. A trente-deux ans, tu n'es pourtant pas un garçon insensible."
"Dans la vie, c'est souvent ce qui t'a manqué, l'armement, le mouvement, le moral."
"Il y avait beaucoup de filles dans ta vie, tu t'es efforcé de ramener cette multitude à l'unité même quand cela t'es apparu un sacrifice."
"Tu es heureux de vivre ici. Tu habites cette ville depuis presque cinq ans. Une cité ceinte de remparts et baignée de soleil du mois d'avril au mois d'octobre, à six kilomètres de l'océan."
"Tu n'as pas d'idées politiques, aucun jugement sur la ligne éditoriale des journaux. Laroque, qui est peut-être entré dans le monde par hasard mais qui n'y est pas ersté à la légère, se moque de toi." C'est ton meilleur ami, celui qui a un avis éclairé sur toute chose et qui a tout fait pour que tu sortes avec la fille la plus merveilleuse qu'il ait rencontrée.
"Caroline. Deux ans que tu l'aimes, que tu vides dans ses bras le côté obscur de tes matins d'angoisse. Tu ne mourras pas tout de suite, tu vas jouir une dernière fois."
"Tu ignores que tu as fait ta toilette de condamné."

Tu commences à t'intéresser à ce roman. Ca te tracasse ce résumé fait de citations, ça te travaille cette histoire de mort imminente. Et tu as raison. Le résumé donné par Actes Sud (sur la quatrième de couverture) m'a rudement donné envie, même si j'avoue n'avoir pas tout compris, le catalogue de la consommation courante, les arpèges, les harmoniques, les andantes et les mirages des satisfactions éphémères. Je ne vois d'ailleurs toujours pas ce que tout ça a en rapport avec le roman... Je me suis demandé quel genre de livre j'allais pénétrer. J'ai eu peur.
Et puis j'ai commencé. J'ai tout de suite été pris. Nul besoin ici de parler de l'écriture, tu en as plein le résumé pour t'en faire une idée. Nul besoin non plus de te parler de la fin, tu verras toi-même si elle te surprend, si elle te déçoit, ou si elle te laisse, comme à moi, une boule au ventre.

"Ils sont venus chez toi vendredi matin, un peu après dix heures. Sans effraction. Ils s'étaient procuré les clefs. C'est elle qui les a demandées au concierge. Il les lui a données sans poser de questions, les yeux baissés, le corps tremblant."
"Dans ton petit appartement du cinquième étage, ils ont pris leur temps. Ils savaient ce qu'ils cherchaient. Ni bijoux, ni valeurs. Elle répétait qu'il lui fallait des preuves. En inspectant attentivement le fauteuil aux pieds cannelés, elle s'est dit qu'elle avait vu le même quelque part."
"Pour rester concentrée, elle a besoin de faire du sport. Dans cette ville où elle t'a retrouvé, elle a repéré en arrivant un club de sport où l'on peut payer à l'heure."
"Elle n'aime pas les hommes, elle ne les a jamais aimés..."

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Sylvie Germain, Hors Champ, roman, 200 pages, Albin Michel, août 2009, 15 € ****

Publié le par Sébastien Almira

Avec plusieurs jours de retard, voici une nouvelle critique de la rentrée, celle du nouveau Sylvie Germain, toujours chez Albin Michel, après des débuts chez Gallimard. C'est le deuxième dans lequel je me lance, après Magnus, que je n'étais pas parvenu à terminer. Cette fois, je suis allé au bout et ce, merveilleusement !



"A quel point sommes-nous de notre présence
lorsque nous devenons absents ?
A quel point somme-nous de notre absence
lorsque nous nous savons présents ?
"

C'est sur cette citation d'Edmond Jacob que s'ouvre Hors Champ. Dès la deuxième phrase, on rencontre cette fois Kafka, le maître dont le roman est sous la protection. Car Hors Champ est une sorte de réécriture de La Métamorphose. D'aucuns diront que je vais trop loin en parlant de réécriture, j'en conviens, ça n'en est pas une. Disons alors que c'est une variation du roman de Kafka, une variation dans laquelle Sylvie Germain se plait à glisser comme d'accoutumée des personnages et autres sujets qui lui tiennent à coeur, comme "un enfant hors d'âge, hors toute norme", ou encore la Seconde Guerre mondiale, même s'ils ne font que de succinctes apparitions.

Aurélien est un homme qui se réveille non pas au thé ou au café, mais au fromage tartiné sur du pain de seigle et aux cornichons. Depuis que ses voisins du dessus ont pendu leur "crémaillère du vide" (ils se sont débarassé de nombreux objets, dont leur bibliothèque puisqu'ils se sont procuré un e-book), il ne lui arrive que des malheurs (ampoules grillées, penderies pendantes, porte cassée, plus d'encre pour imprimer un travail de titan finalement anéanti par la mort du disque dur, etc.).

Il avait successivement voulu être vétérinaire, archéologue, explorateur, astrophysicien, astronaute, ou encore océanographe, mais "il ne s'est jamais spécialisé et est resté un amateur aux intérêts multiples". Après plusieurs boulots dans un théâtre, puis dans une librairie, il a finalement échoué dans une entreprise commerciale "fonctionnant sept jours sur sept, soumettant ses employés à un emploi du temps plus variable qu'un ciel de mars." Il sort avec une jolie fille nommée Clotilde, avec qui il envisage d'avoir des enfants. Autant dire que tout va bien. Tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, comme dirait l'autre, mais la vie suivait tranquillement son cours comme tout un chacun.

Jusqu'au jour où les problèmes ont commencé. Car, bien entendu, ça ne s'est pas arrêté à une ampoule grillée et une bousculade dans la rue, non. Notre homme souffre de disparition progressive. Comme Gregor Samsa disparaissait de la société en se découvrant cafard au réveil, Aurélien  disparait à son tour aux yeux de tous : passants dans la rue, collègues de bureau, parents et même Clotilde.

La plume de Sylvie Germain, tantôt légère, drôle et poétique (extrait 1), tantôt grave et inquiétante (extrait 2), se marie à la perfection avec la trame du roman, voguant entre réflexion philosophique et récréation fantasque. Elle signe le meilleur roman de la rentrée pour l'instant. Rendez-vous bientôt avec Sébastien Lapaque et Les identités remarquables  publiées chez Actes Sud.

"Dans l'eau de décrassage et de lavage, tout se fait informe et flasque, nappes et torchons s'entortillent, frappent contre le hublot comme de grosses méduses compulsives et furieusement baveuses. Au rinçage, le linge se transforme en brassées d'algues blanches, épaisses, qui ondoient pesamment. Au cours de l'essorage, il s'aplatit, s'allège, pour prendre des allures d'oiseaux lors du séchage. Des albatros de toile, au vol circulaire, emprisonné." (1)

"Lui aussi est prisonnier, de partout, de nulle part, de rien. Séquestré dans l'invisible, dans l'oubli, il pense avec effroi qu'il aurait pu être jeté vif dans l'une de ces machines. Aurait-il enfin repris forme et consistance ? Il en doute. Il n'espère même pas que la mort lui rendra sa visibilité, l'absurdité toucherait à son comble, et au cynisme. Mais il n'a aucune envie de mourir." (2)

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