Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Stanley Milgram, I comme Icare, Zone Extrême et Cie.

Publié le par Sébastien Almira

Hier soir étaient diffusés un faux jeu télévisé et un débat sur France 2 qui font eux-mêmes débat. Le principe est simple : basé sur les expériences de Milgram, le but était d'en réaliser une nouvelle sur les effets et le pouvoir de la télé-réalité sur les candidats et le public.

 


icare.jpgPremièrement, rappelons-nous l'origine de l'expérience, à travers I comme Icare, le film d'Henri Vermeuil, avec yves Montand, sorti en 1979 qui reprend l'expérience de Stanley Milgram en référence. Un homme à qui l'on fait croire à une expérience scientifique sur les punitions censées avoir un rôle sur l'entraînement de la mémoire est chargé de langer des décharges électriques sur le prétendu sujet d'étude à chaque fois qu'il donne une mauvaise réponse. En fait de cobaye, il s'agit d'un comédien mis dans le secret qui fait semblant de recevoir les décharges. Le véritable but est de tester le questionneur quant à ses capacités à obéir à une autorité (en l'occurrence un professeur en médecine) même en cas extrême, puisque le médecin incite le questionneur à poursuivre les décharges même quand le faux patient dit souffrir le martyre.


Voir la scène dans I comme Icare

Partie 1 sur YouTube

Partie 2 sur YouTube

 


L'émission d'hier soir, Le jeu de la mort suivi du débat Le temps de cerveau disponible prétendait vouloir montrer les effets néfastes de la télé-réalité sur le public et les candidats. Mais le propos n'était pas vraiment le même. Il s'agissait d'un jeu télévisé où le questionneur envoyait des décharges de 20 à 440 volt à chaque fois qu'il donnait une mauvaise réponse. Arrivé au bout, le questionneur gagnait un million d'euros. Le réel sujet était donc : jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour de l'argent ?

La réalisation était des plus mauvaises, le souffre-douleur caché dans un box argenté gémissait parfois d'une voix platement fausse des « j'en ai marre », des « aïe, ça fait mal ! » ou encore des « je veux arrêter, laissez-moi sortir » pas du tout convaincant après quoi il ne disait plus rien. On avait du mal à croire à ses plaintes et il suffisait à la présentatrice de dire « le jeu doit continuer » aux questionneurs voulant arrêter pour réussir à les convaincre. Mais le jeu a pris et les candidats-questionneurs ainsi que le public y ont cru. Le public scandant même des « Continue ! Continue ! » lorsque le chauffeur de salle leur intimait de le faire.

zonextreme.jpgCertains candidats ont décidé d'arrêter avant la fin, quitte à perdre tout l'argent, mais ils n'étaient pas si nombreux et prenaient leur décision bien tardivement. La plupart actionnait vite fait bien fait la manette en disant « désolé, ça va faire mal ! », certains éclatant même de rire à la première plainte de leur souffre-douleur, un homme uniquement présent pour se prendre des décharges électriques afin qu'un candidat qui lui est inconnu gagne un million d'euro. Mais aucun ne trouve la situation étrange. Aucun ne s'offusque réellement, même celle qui disait refuser de le faire avant d'entrer sur le plateau. Elle qui trouvait ce jeu scandaleux y a participé sans plus rien dire.

Poussés sans grande argumentation (autre que le million d'euros), on se rend compte que la majorité des participants n'ont pas hésité à envoyer des décharges électriques de plusieurs centaines de volt, sur un inconnu.

Dans ce contexte-là, difficile d'étudier le pouvoir de la télé-réalité, ni même de la télévision, puisque l'argent en jeu a certainement été la meilleure raison de poursuivre le jeu pour les participants. Pourquoi vendre cette nouvelle expérience comme une étude critique de la télé-réalité quand il ne s'agit que d'argent ? Soit l'argent n'aurait pas dû entrer en compte, soit l'émission n'aurait pas dû être vendue comme telle, mais plutôt comme une étude critique sur le pouvoir de l'argent sur le commun des mortels, qu'il s'agisse de télévision ou non.

En tout cas, le résultat est affligeant. Ce ne sont pas réellement ces candidats qui sont le plus à blâmer (du moins, pas seulement eux), mais nous tous de laisser des émissions de télévision des plus violentes nous endormir puis nous détruire le cerveau à petit feu. Nous tous de nous laisser faire, de ne pas réagir, ou trop peu souvent et d'en arriver à électrocuter un inconnu devant un public consentant pour gagner de l'argent, même s'il s'agit d'un million d'euros. Nous tous d'être complices de ces concepts ahurissants et abrutissants qui consument les cerveaux de nos chers bambins. Nous tous de n'être que du temps de cerveau disponible. Merci M. Le Lay.


À suivre, une critique d'Acide Sulfurique d'Amélie Nothomb, pamphlet contre la tété-réalité.

Voir les commentaires

Amélie Nothomb, Acide Sulfurique, roman, 210 pages, Albin Michel, août 2005, 15,90 €, Le Livre de Poche, mai 2007, 5 € *****

Publié le par Sébastien Almira

acide3.gifLE LIVRE DES MONSTRES


« Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus, il leur en fallut le spectacle. »


Lorsqu'un monstre littéraire nous conte que les petites gens sont monstrueuses, on se retrouve avec Acide sulfurique entre les mains. Pour moi, le meilleur livre de l'auteure, et sans aucun doute, le plus énorme, le plus osé, le plus dérangeant. Un livre qui ne laisse en tout cas personne indifférent, pour beaucoup un réel chef d'œuvre, pour d'autres un texte inutile et grossier...


Parce qu'Amélie imagine ce vers quoi tend la télé-réalité : l'horreur. Parce qu'Amélie raconte l'horreur à travers Concentration, un reality show qui prend place dans un camp de concentration reconstitué. Parce que les participants sont raflés au hasard dans la rue avant d'être parqués dans les mêmes conditions qu'en 39-45. Parce que les créateurs de l'émission poussent le vice jusqu'à faire participer le public (c'est ce qu'il aime, participer, avoir du poids, le public) en choisissant chaque jour qui mourra le lendemain. Parce qu'Amélie use de sa plume simple et recherchée, drôle et grinçante pour raconter cette émission qui atteint des sommets d'horreur et d'audiences. Même ceux qui n'ont pas la télévision et critiquent ouvertement la télé-réalité en général et plus particulièrement Concentration se rendent chez leurs voisins pour ne rater aucune miette de leur société (la nôtre, donc) reconstituée dans le rapport dominés-dominants à travers les victimes d'une émission de télé-réalité et son public. Nul besoin de vous conter encore plus l'histoire (l'Histoire ? Espérons que non...), tout est dit.


acide1.jpg

« A l'extérieur, les médias étaient en pleines convulsions. La plupart des journaux réservèrent leur une à l'éclat provoqué par Pannonique : grande photo d'elle s'adressant au public. Certains reprirent pour tout commentaire sa phrase initiale en caractères géants : "SPECTATEURS, ETEIGNEZ VOS TELEVISIONS !" D'autres la deuxième : "LES PIRES COUPABLES C'EST VOUS !"

Ensuite, sa déclaration était reprise intégralement. Il y eut des éditorialistes qui osèrent commencer par : "Je vous l'avais bien dit..." Des magazines affirmèrent que c'était un coup monté, que la jeune fille avait été payée pour dire cela, etc. Les lecteurs écrivirent pour demander si on payait également les prisonniers pour être tués.

A l'exception de ces piètres interventions, c'était l'unanimité : tous les médias donnaient raison en long et en large à Pannonique et la glorifiaient. »

 

« Le surlendemain, les organisateurs s'émerveillaient encore des taux d'audience :

- C'est extraordinaire : jamais, jamais nous n'avons eu un public aussi colossal !

- Vous vous rendez compte : tous les médias ont applaudi la prise de position de la petite, et le résultat obtenu est exactement l'inverse de ce qu'elle demandait aux spectateurs.

- Pourvu qu'elle s'adresse encore à eux !

- Cette gosse a vraiment le sens du spectacle !

- Elle devrait faire de la télévision !

Hilarité générale. »


Cet ovni est à lire absolument, à dévorer, à prêter, à relire sans modération. Vous n'aimerez peut-être pas. Vous partirez avec des à prioris. Parce que vous penserez qu'Amélie Nothomb n'a ni la légitimité, ni le style requis pour écrire cette histoire-là. Parce que vous ne l'aimez pas à cause de ce qu'en disent les médias et que vous resterez cantonnés dans vos préjugés sans vraiment rentrer dans le livre. Parce que vous ne supportez plus tous ces livres qui traitent de la guerre, de l'holocauste, de l'horreur, etc. Parce que vous n'aimerez simplement pas.

Oui, je suis bien en train de vous dire que vous n'aimerez peut-être pas. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas le lire. Pas suffisante, en tout cas. Seul Frédéric Beigbeder a soutenu Acide Sulfurique dans le magazine Lire au moment de sa sortie en août 2005, les autres critiques l'ayant systématiquement enfoncé six pieds sous terre. Depuis, remontent quelques bons échos, qu'ils viennent de journalistes ou de libraires. Et le roman acquiert enfin la légitimité et la reconnaissance qu'il mérite, le succès étant venu dès sa parution.


acide2Essayez. Ce livre est une oeuvre de salut public. Un message de la plus haute importance. Un avertissement sur les dangers de la télé-réalité. Rigolez lorsque je parle de danger, mais si la France se cantonne pour le moment à des Ferme Célébrités ou encore à la Nouvelle Star, aux Etats-Unis, la vitesse supérieure a été passée depuis longtemps avec des concepts affligeants filmant des prisonniers de camps de travail forcé ou encore des suicides en direct.


Même si Hygiène de l'assassin et Stupeur et tremblements font figure de chef-d'œuvre nothombiens, semblant définitivement écarter les autres romans de l'auteure d'une possible entrée dans la lumière, je prends le pari qu'Acide Sulfurique sera un jour considéré comme l'un de ses plus grands livres et étudié en écoles (comme c'est déjà le cas pour Attentat, Stupeur et tremblements ou encore Métaphysique des tubes).

Voir les commentaires

Laurent Seksik, Les derniers jours de Stefan Zweig, roman, 180 pages, Flammarion, janvier 2010, 17 € ***

Publié le par Sébastien Almira

 « Est-on encore un écrivain lorsqu'on n'est plus lu dans sa langue ?

Est-on encore en vie lorsqu'on n'écrit plus de son vivant ? »


seksik2.jpgLaurent Seksik commence à écrire, alors qu'il a douze ans, des poèmes, puis des essais et des romans, avant de devenir médecin. À vingt ans, on lui offre Le Monde d'hier, autobiographie de Stefan Zweig où il parvient à ne jamais parler de lui. C'est le choc, sa manière de voir l'Histoire et le Monde change, il se plonge dans la littérature et l'influence du maître est telle qu'il lui dédie sa thèse... sur le cancer du poumon !

Stefan Zweig est le grand écrivain que l'on connait, nul besoin de m'épancher ici sur son oeuvre. Laurent Seksik lui rend hommage puisqu'il entreprend de raconter ses derniers jours. Lorsqu'on lui demande pourquoi les derniers jours, il répond « parce que c'est une histoire terriblement triste, terriblement émouvante », et parce que « la plupart des écrivains préfèrent les heures sombres aux heures de gloire, ce qui fait la différence avec les biographes ».

 


« Fuir était sa façon d'habiter le monde. »

« Il avait été le premier des fuyards, il était le dernier des lâches, le dernier des hommes, le dernier Zweig. »


Il conte donc l'exil et la fin du couple Zweig, ces années « de pauvreté, de bannissement des siens, (où) il apprend ce qui se passe pour les siens, par vagues » (Laurent Seksik, Librairie Mollat, Bordeaux). Il conte les fuites de Zweig, fuite devant le Reich, fuite de l'Angleterre, fuite des Etats-Unis et l'interminable fuite devant sa femme, Lotte. Il conte la relation de l'écrivain et sa femme. C'est peut-être là qu'il est plus romancier que biographe, puisque de Zweig il connait presque tout alors que de Lotte ilsuppose et invente une histoire, celle d'une femme qui aime presque sans retour. Celle d'un homme et d'une femme unis par le mariage comme une victime et son bourreau : « chacun avait prononcé yes à sa manière, Lotte avec ferveur, lui comme une réponse à une formalité ». Il met plus de lyrisme lorsqu'il romance Stefan Zweig à travers le personnage de Lotte que lorsqu'il retrace la réalité de l'écrivain déjà traduit dans près de trente langues et vendu à plus de soixantes millions d'exemplaires. Il conte l'exil, l'errance, les pertes (toutes les toiles de maîtres et autres manuscrits reposant chez Goering dont Zweig n'a pu sauver que deux Rembrandt et Das Veilchen, le manuscrit original de l'oeuvre de Mozart), mais aussi les relations et les rencontres avec Joseph Roth, qui le considérait comme un écrivain, mais qu'il a aidé à finir son chef d'oeuvre, La Marche de Radetzky, Herman Hesse, qu'il a encouragé à ses débuts, Rilke ou encore Einstein. Jusqu'au suicide. Le suicide des deux amants, dont l'un commande et l'autre, aimante, obéit.


« Ce livre tente, non pas d'expliquer, mais de lever un peu le voile sur ce geste. »seksik1.jpg


Flammarion publie là un très bon livre que Gallimard aurait certainement été fier d'exposer à son catalogue (puisqu'il s'agit souvent de ça chez Gallimard : montrer, montrer ce que Gallimard est capable de publier). Un hommage à Zweig, dans les derniers jours, les plus sombres, un hommage peut-être aussi aux Juifs, célèbres, reconnus, inconnus, riches ou pauvres, qui ont fui le régime nazi et à ceux, moins chanceux, moins aisés, qui n'y sont pas parvenus et qui y ont pour beaucoup laissé leur peau. Un hommage, bien sûr, à Lotte, l'épouse aimante et soumise, prête à tout pour l'homme dont elle partage les jours, tapie dans l'ombre.


« J'ai l'impression d'avoir écrit le livre qu'il n'avait pas écrit », lance-t-il avant de rappeler qu'un critique avait dit de lui qu'il avait écrit un roman sur Zweig, à la manière de Zweig. Un très bel hommage, donc, mais un peu moins de prétention de la part d'un auteur qui n'hésite pas à lire des extraits de son livre en réponse aux questions posées à la librairie Mollat n'aurait pas été de refus !

Voir les commentaires

Jérôme Garcin, L'écuyer mirobolant, roman, 170 pages, Gallimard, janvier 2010, 15,90 € *

Publié le par Sébastien Almira

garcin

Le titre déjà prête à sourire. L'écuyer mirobolant, un brin moyen-âgeux, un brin campagnard, un brin de paille dans la rentrée littéraire de janvier qui, cette année, se décale sur le mois de mars. En effet, ce n'est pas en janvier qu'on trouve le plus gros de la rentrée, mais ce mois-ci avec Eric-Emmanuel Schmitt, Patrick Modiano, Paul auster et le mois prochain Katherine Pancol et Guillaume Musso, qui ne font pas partie à proprement parler de la rentrée, mais qui préparent plutôt le terrain à l'été avant le raz-de-marée prochainement provoqué par Marc Lévy...

En tournant le livre, on rit carrément.

"En équitation comme dans l'armée, Etienne savait combien c'eut été vain de vouloir casser les rebelles, soumettre les acariâtres, et qu'il était impossible d'atteindre la légèreté par la force, le brillant par la colère. Même les étalons les plus impérieux, il ne les avait pas combattus. Au contraire, il n'avait eu de cesse de vouloir les comprendre pour mieux s'en faire des alliés. Quel que fut le cheval, il n'aspirait qu'à se passer des aides. Il rêvait en effet de régner sans poids ni appuis, par le seul souffle de la botte, la caresse du cuir, la profondeur de l'assiette. Monter n'était plus alors une activité physique, c'était une pensée pure, un acte de foi."

foret.jpeg
On ne peut que rire de cet extrait justement si campagnard, dans lequel on apprend qu'Etienne ne combat pas, "même les étalons les plus impérieux". Non, Etienne préfère s'en faire des alliés. Mais des alliés pour quoi ? Pour combattre qui ? Quoi ? Monter est un acte de foi, une activité psychique plus que physique pour le héros de Garcin, on se rend alors compte de l'ampleur de la tâche. On tient là, entre nos doigts, une apologie de l'équitation, un ode à la balade champêtre, une prière, une déification du cheval ! On se rend compte de ce que l'on s'apprête à lire.
On se rend également compte du style de l'auteur, certes pas mauvais, certes même assez bon. Mais peut-être aussi trop bon et, par là-même, plus si bon que ça. En effet, à force d'aligner les tournures de phrases alambiquées, les termes techniques de l'équitation et les mots de liaison ("et", "même", "au contraire", "en effet", "alors"), le style élégant et soutenu de l'auteur devient vide lourd et approximatif. Et ça nous fait peur aussi.

On se dit que c'est Gallimard, on se dit que c'est Jérôme Garcin, on se dit qu'il a quand même reçu plusieurs prix. Mais on finit la quatrième de couverture et on se dit qu'il a quand même aussi écrit La chute de cheval, Bartabas et Cavalier seul...

Mais on ne peut croire que Gallimard chasse sur les terres des Presses de la cité et de De Borée, on ne parvient pas à imaginer Gallimard publier des romans du terroir, non on ne peut pas. Alors on fait confiance à l'image de l'éditeur, et on se décide à ouvrir le livre.

9402-cheval-a-bascule.jpg

L'épigraphe n'encourage pas la lecture ("Toujours le cheval ! Tout ce qui m'est arrivé de bon m'est venu par le cheval."). On tourne la page quand même. on y apprend que l'histoire commence à Dax en janvier 1949, on n'est même pas au Moyen-Âge...  Et là commence la succession d'innombrables phrases à la Christian Signol pastiché par un Pascal Fioretto en forme (donc, en pire), toutefois servies par plus de style et de bagou. comme en témoigne la première, page 13 ("On aurait dit que, venu pour l'occasion du désert africain, un dromadaire blatérait derrière le mur et faisait l'intéressant mais ce n'était que l'ébrouement rauque d'un cheval de trait sonné par l'hiver gascon.") ou encore, à la page 170, "La journée avait été harassante. Elle avait commencé très tôt. une de ses meilleures juments avait pouliné au petit matin. La tête, d'un joli gris cendré, était apparue, suivie des antérieurs et enfin des postérieurs. Précis, rapide, Philippe avait désinfecté e cordon à la teinture d'iode et l'avait ligaturé avec du gros fil."

On se croirait plus dans un documentaire animalerie sur Arte que dans un roman publié en une rentrée de janvier chez Gallimard.

On assiste également à l'avalanche d' "on aurait dit que" et d' "on eut dit que", comme si Garcin ne savait pas formuler ses comparaisons par un autre moyen que celui, lourd à souhait, utilisé à tort et à travers par des enfants en bas âge, certes remodelés dans les temps du passé. Alors, le style et le vocabulaire ont beau être un minimum recherchés (quelques fois), mais le résultat ne se fait sentir qu'à moitié pour qui se plait à aimer le beau style en littérature, et pas seulement chez les classiques. Nombre de contemporains usent d'un vocable recherché sans pour autant paraitre involontairement pompeux et approximatif, comme en témoignent Jean-Pierre Ohl (chez Gallimard) ou encore Cécile Ladjali (Actes Sud), liste loin d'être exhaustive.

Avec tout ça, je n'ai même pas causé synopsis. L'histoire ne commence pas, comme je l'ai cru à la première page en 1949 car Jérôme Garcin sait se servir d'analepses dans son récit pour rendre hommage au Capitaine Etienne Beudant (1863-1949) dans un roman qui n'en a le nom que par sa fin imaginaire. Il conte son histoire, de ses vingt-quatre ans à sa mort, de son entrée à la prestigieuse école de cavalerie de Saumur créée en 1825 par Charles X au 16 janvier 1949, jour de son enterrement et, treize ans plus tard, dans un épilogue où évolue Philippe Meurdrac, l'homme qui a découvert à ses dix-sept ans la jument de Beudant dans son pré, qui l'a  sauvée des griffes des Allemands et l'a prise sous son aile.

beudant.jpg

Voilà donc ce qu'on trouve dans ce livre qui nous a fait sourire, puis rire avant de l'ouvrir. Un hommage à un passionné de chevaux écrit dans une langue parfois élégante, souvent désespérante, publié par un Gallimard qui nous avait habitué à beaucoup mieux ces dernières rentrées (septembre 2008 : Jean-Baptiste Del Amo, Une éducation libertine ; Tristan Garcia, La meilleure part des hommes ; Jean-Pierre Ohl, Les maîtres de Glenmarkie ; septembre 2009 : Alain Blottière, Le Tombeau de Tommy ; Marie NDiaye, Trois femmes puissantes, etc.). A laisser aux passionnés d'équitation et d'Etienne Beudant.

Voir les commentaires