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Littérature ado : Uglies de Scott Westerfeld **

Publié le par Sébastien Almira

uglies.jpgUglies, tome 1, Grand Prix de l'imaginaire 2008, mai 2007, 420 pages, 13,50 €

Pretties, tome 2, novembre 2007, 380 pages, 13,50 €

Specials, tome 3, février 2008, 380 pages, 13,50 €

Extras, tome 4, août 2008, 420 pages, 13,50 €

(disponibles chez Pocket Jeunesse)

 

 

 

pretties.jpgCommencée il y a plus d'un an, cette saga en dents de scie trouve enfin une place sur le blog Culturez-Vous. Traduite de l'anglais, on ne saura, à moins d'être anglais ou bilingue, s'il faut blâmer l'auteur ou le traducteur du style sans prétention et sans fioriture, mais sans éclat et sans qualité, qui nous est offert de lire.

« Elle soupira, face à l'obscurité. Zane et Fausto devraient déjà se diriger vers les ruines en s'imaginant qu'elle les suivait. Comment avait-elle pu laisser échapper cette occasion ? La ville réussissait une fois de plus à la récupérer. Était-elle semblable à Péris, au fond d'elle-même ? » (passage choisi au hasard, page 244 du tome 2)

Le niveau est, comme trop souvent en littérature ado, tout juste normal, si ce n'est pire. Il est dommage de constater qu'à un âge où on peut être rebuté par la lecture à vie, on propose aux adolescents une majorité de livres mal écrits, alors que de bons livres pourraient donner envie à toute une génération. Cela dit, ce sont bien Anne Robillard et Stéphanie Meyer qui squattent le top des ventes...


 

specials.jpgL'histoire, elle, rehausse le tout. Comme tout roman d'anticipation pour ados, un groupe de jeunes gens enfermés dans un lieu (clos) ou un système (totalitaire) essaie de comprendre le pourquoi du comment et de changer les choses.

Dans le monde de Scott Westerfeld, le culte de la beauté est à son paroxysme. À seize ans, les uglies doivent se faire opérer. De leur statut de moche (nous, en fait), ils passent à celui de pretty. Plus rien ne peut alors leur être reproché physiquement : ils se ressemblent tous, extrêmement beaux. Mais identiques. L'opération pourrait s'arrêter là, mais en plus d'une unification physique, chacun se voit affublé d'un cerveau supérieurement intelligent aux uglies mais incapable de toute réflexion critique sur la société qui les entoure. Ils ne se rendent bien entendu pas compte de leur lavage de cerveau, c'est pourquoi c'est avant l'opération qu'il convient de réagir et de fuir vers les ruines afin de rejoindre le groupe des rebelles.

Les bases sont posées, l'auteur peut donc nous balader dans toutes les castes de la société puisque, comme l'indiquent les quatre titres, Tally Youngblood, l'héroïne, sera tour à tour uglie, pretty, special et enfin extra.


 

extras.jpgSi le premier tome, entre la rencontre avec Shay qui lui apprendra la vérité sur l'opération, la fuite vers les ruines, la peur de tout perdre, l'attrait pour la paradisiaque New Pretty Town et la lutte pour l'environnement omniprésente grâce aux rebelles, et le deuxième où Tally devient finalement pretty sans pour autant oublier son combat et la révolution qu'elle entend bien mener, tiennent complètement la route, devenant même impossibles à refermer, les deux suivants perdent rapidement en attrait, en vitesse, en qualité et en saveur. La saga ne continue que pour vendre plus, s'essouffle et lasse. Dommage pour un aussi bon début.

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Arthur Dreyfus, La synthèse du camphre, roman, 240 pages, Gallimard, mars 2010, 21 € ****

Publié le par Sébastien Almira

Depuis quelques années, il me semble que la célèbre maison Gallimard prend plus de risques en défendant de jeunes auteurs prometteurs, mais dérangeants. Habitué à un certain puritanisme de leur part, je suis étonné de voir en haut de l'affiche en pleine rentrée littéraire des romans aux allures très homosexuelles et loin de l'idéal Gallimard qu'incarnent Ernaux, Modiano ou encore Fottorino, de la littérature blanche, de la littérature vide, qui ne fait ni rêver, ni rire, ni réfléchir. Car avec Jean-Baptiste Del Amo,Une éducation libertine, Tristan Garcia, La meilleure part des hommes (d'autres me passent sous le nez, je ne lis pas tout Gallimard), on est loin de ce qui plait à la ménagère de cinquante ans qui se régale d'un élégant hérisson et des perturbations vaginales d'Annie Ernaux. Ici, la plume est parfaitement maîtrisée, comme Gallimard sait la choisir, mais le propos est cru et dérangeant, voire choquant. La ligne éditoriale de l'illustre maison s'étoffe et laisse plus de place aux jeunes auteurs et aux nouveaux horizons. Comme avec La synthèse du camphre d'Arthur Dreyfus.

 


Dreyfus-Arthur.jpgDu haut de ses vingt-quatre ans, ce dernier a plusieurs réalisations (Un film sans disponible sur DaylyMotion, diffusé sur TPS Star), deux émission de radio sur France Inter (La période bleue et Chantons sous la pluie) et plusieurs collaborations journalistiques (Technikart et Positif) à son actif. Refusé chez Grasset, accepté chez Gallimard et Buchet-Chastel (mais à condition de changements dans le texte pour le deuxième), il est remarqué par Jean-Marie Laclavetine (le même qui s'était intéressé deux ans plus tôt à Jean-Baptiste Del Amo). Son premier roman (pure fiction ou roman autobiographique ?) arrive alors en librairie en mars avec la lourde tâche de se faire remarquer. Quelques bons papiers voient le jour (dont un de Bertrand Delanoë, qui raconte presque tout l'histoire sur son site...) mais ne suffisent, comme souvent, pas pour un premier roman. Le mien n'arrangera pas les choses, mais je me dois de vous parler de ce roman qui mérite un plus grand succès.

 

Assez tergiversé, que je vous parle enfin du livre, des deux histoires, des deux narrations qui s'entrechoquent.

Celle d'abord de Félix et de son frère Victor. Il est en école d'ingénieur, passionné de chimie. Mais la guerre, la Seconde. Alors, les études, il y reviendra peut-être mais, en attendant, c'est la dans la Résistance qu'il met toutes ses forces.

Et celle d'Ernest. Ernest qui tombe amoureux de Chris, garçon de quinze ans qu'il n'a jamais vu,, rencontré sur internet  et dont l'océan Atlantique le sépare. Mais à quinze ans, on croit à tout, même à l'impossible. Et à quinze ans, on ne sait pas ce que la vie nous réserve.

 

Dreyfus.pngMalgré ce que j'ai pu lire, on découvre assez vite les liens qui unissent les deux histoires et les différents protagonistes, mais la toile se tisse petit à petit, jusqu'à ce que tous les secrets soient mis à nu. Jusqu'au dernier, inattendu, déstabilisant, pétrifiant.

Tout l'art du jeune premier réside en ce suspense qu'il maintient jusque dans les dernières pages, nous laissant croire que tout est fini, que tout va bien, servi par un style étonnant et riche malgré des premières pages en dents de scie, avec d'improbables constructions et expressions ("ses cheveux ressemblent à des poils de radis noirs trempés dans l'huile de tournesol, mais peignés soigneusement"), des premières pages qui laissaient entrevoir un jeune auteur désireux de se donner un genre pour qu'on loue sa maturité d'écriture. Mais l'exercice de style s'estompe et l'écriture devient naturelle et maîtrisée.


L'idée de mêler la Seconde guerre mondiale avec une rencontre gay sur internet peut paraître déstabilisante, voire grossière, mais ne vous fiez pas aux apparences car derrière cette façade se cache un premier roman fort réussi, lourd de sens et de réflexion.

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