Coup de gueule : The Tree of Life *

Publié le par Sébastien Almira

 

 

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Je n'avais jamais vu de film de Terrence Malick, et je n'en verrai pas d'autre.

 

Ce mec est un génie, sérieusement. Un réalisateur de génie. Ses images sont à couper le souffle, sa scène de création du monde époustouflante, ses prises de vue et ses couleurs de toute beauté. Chaque plan est pensé comme une œuvre d'art à lui tout seul. Cela dit, ses mouvements de caméra précipités, ses tournoiements, c'est joli la première fois, c'est sympa la deuxième, mais après, ça donne envie de gerber. Excusez ma brutalité dans l'écriture de cet article, mais j'essaie simplement de retranscrire ce que j'ai pensé du film le plus vite possible et sans faire de chichis.

 

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Mais un film, ce n'est pas que ça. Un film, c'est aussi une intrigue, des personnages, des acteurs, une envie de regarder. Et sur ça, ben, le mec, il a beau être un génie, il s'est grave chier !

 

Les acteurs, ils ne jouent pas mal, loin de là. Mais on a quand même l'impression qu'ils sont là pour un cachet plus que pour un rôle. Sean Penn, il a la classe, mais son rôle ne rime à rien. Il ne fait que marcher, de dos, de face, d'en haut, d'en bas. Et les enfants, qu'ont-ils dû penser de ce qu'ils faisaient ? Je cours, je saute, je joue avec tout le monde, puis je fais mal à mon frère et à la fin, on marche dans une espèce de désert de sable et d'eau avec de la lumière blanche et tout le monde est content, ça veut dire quoi Papa ?

 

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Sur le scénario, Malick a vraiment eu un souci. D'abord, sa trame est pourrie. L'histoire d'un père autoritaire, d'un mère qui s'écrase et des enfants qui vivent plus ou moins bien cette situation, on connait, on a vu ça des centaines de fois. Cela dit, ça ne s'arrête pas là, on voit aussi la création du monde pendant presque une demi-heure (Big Bang, dinosaures et Cie), et on voit l'aîné, à l'âge adulte (Sean Penn), marcher sans cesse, dans sa grande demeure, dans la rue, dans sa grande entreprise.

 

Ensuite, son discours philisophico-religieux, on n'entend que ça dans le film. Quid des dialogues entre les personnages ? Pfiou, envolés ! À la place, on doit se contenter de cette voix qui se veut envoutante et nous bassine avec les trips mystiques d'un grand malade sur fond de musique religieuse soporifique.

 

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Enfin, la construction : il s'agit d'une succession de scènes sans queue ni tête. La moitié des scènes auraient pu être supprimées (ce qui aurait ramené le supplice à seulement 1h10 !). Pourquoi la scène de l'enfant qui s'introduit chez les voisins, touche les déshabillés de la femme, s'enfuit avec une nuisette pour la jeter dans la rivière ? Pourquoi la scène de la mère qui joue avec un papillon ? Pourquoi toutes ces scènes dont je voulais parler ici et que j'ai oubliées ?

D'accord, un enfant qui s'amuse, c'est sympa. D'accord, l'eau qui coule, c'est joli. D'accord, savoir bien faire pousser l'herbe du jardin, c'est intéressant. D'accord, les arbres vus du sol, c'est beau. Mais quel est l'intérêt de montrer entre cinq et vingt scènes pour chacun des exemples cités ?

 

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Et puis cette succession de scènes à la mords-moi le nœud à la fin, qu'est-ce que c'est ?! Sean Penn se promène dans un désert de roches, la mère marche dans le jardin, la rivière coule, tout le monde se retrouve dans l'au-delà, puis on revoit une scène normale, puis un arbre, puis un papillon, puis l'au-delà, puis une scène normale, puis une rivière, puis un arbre, puis une scène normale, puis le ciel, puis tout le monde s'embrasse dans l'au-delà, puis une arbre, etc etc etc etc etc etc. Ça ne s'arrête jamais !

 

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Non, sérieusement, ce n'est pas le chef d'œuvre que tout le monde attendait, ni même un grand film. C'est un documentaire sur les arbres, un mode d'emploi de jardinage, un film de propagande pour une secte, un documentaire philosophique raté, l'album photo "nature" d'une famille américaine typique., etc. C'est un grand n'importe quoi aux images saisissantes de beauté dont le réalisateur est très conscient de son génie et tente maladroitement de révolutionner le cinéma et de se faire remarquer au Festival de Cannes dont il espère certainement recevoir la Palme d'Or. C'est pompeux, c'est soporifique, c'est mal fichu, c'est fastidieux de bout en bout.

 

Oui, voilà, c'est ça. Et puis, finalement, ce n'est rien.

 

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Hamid Jemaï, 2 jours pour faire des thunes, roman, 190 pages, Sarbacane, Collection EXPRIM', mai 2011, 14 € ***

Publié le par Sébastien Almira


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Micklo a 23 ans. C'est un glandeur, un flambeur et un farceur de première. Et c'est lui qui l'dit ! Le problème c'est que, même si c'est agréable, ben ça peut être dangereux. Et Micklo, il s'rend pas bien compte du danger. Genre il va jouer au poker, comme ça, avec 200 €. Genre on lui offre du Jack Daniel's et il se saoule jusqu'à plus en pouvoir. Genre il sort de là avec une ardoise de 20 000 €.

Et là, c'est le drame. Mr Goulag, il est pas content. Mr Goulag, il envoie son meilleur gars, genre armoire à glace. Et l'armoire à glace, elle lâche pas Micklo jusqu'à ce qu'il trouve les 20 000. Et Micklo, il a deux jours.

 

Et là, on se fait embarquer dans un thriller gitano-russe aux allures de Pulp Fiction, Casino et Snatch avec 113, Massive Attack, les Pixies, Ennio Morricone et Nirvana en bande-son. De la grosse tuerie, quoi ! Des tontons gitans aux affaires louches pour aider le p'tit farceur, des russkoffs mafieux de grande envergure dont il convient de se défaire au plus vite. Des braquages, des courses-poursuites, des matchs de boxe. Et surtout, surtout, des rebondissements en tout genre, et à tout bout de champs !

 

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Hamid Jemaï, auteur de Dans la peau d'un youv (Exprim Sarbacane), ne s'arrête jamais ! D'abord, il écrit un roman urbain aux allures de scénario. Jeux de mots, verlan, langage familier, façon de parler (beh oui, c'était fait exprès d'écrire comme ça mon article !). Ensuite, il écrit un polar mafieux aux allures de série télé. Hyper visuel, avec flash-back, mouvements de caméra, anticipation, rebondissements et sans temps morts (bon, les mouvements de caméra, j'avoue, j'ai pas réussi à les faire...). Enfin, il écrit un roman d'aventures calibré pour plaire à ceux qui aiment les romans ados, à ceux qui aiment les histoires de mafieux, avec de la castagne à toutes les pages et aux ados qui n'aiment pas trop lire.

Parce qu'on se laisse entrainer comme dans une série policière (américaine) et jusqu'au bout, on n'a pas le choix, pas le temps de décrocher. Tout s'accélère et on ne voit pas venir la fin. Ni la première, ni la deuxième, ni la troisième !

Par contre, la couv', on la voit. Et ça, c'est dommage.

 

Je ne vous en dis pas plus, à vous de sauter dans le train, « qui mène à grande vitesse », et d'espérer ne pas vous écraser sous le poids de la vitesse et des révélations !

 

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Voir les avis de :

- Aurélie sur Batifolire

- Laetitia

- Déborag sur 123Otium

- Estelle sur Romans entre deux Mondes

- Le Parisien (Val de Marne)

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Coup de cœur : De l'eau pour les éléphants ****

Publié le par Sébastien Almira

Depuis l'acquisition de la carte illimitée il y a presque trois mois, je vous parle un peu plus de cinéma. Toutefois, je passe pas mal de films sous silence. L'effervescence des débuts est retombée, je vais un peu moins au cinéma et j'en parle clairement moins.

Par exemple, vous ne saviez pas que j'ai récemment vu The Company Men *** (ou comment renverser le carcan habituel de petit employé face à la crise économique. Ici, ce sont les grands qui tombent, et quels grands ! Ben Affleck et Tommy Lee Jones, bluffants), La Proie ** avec Albert Dupontel (pas mal, malgré des allures de série policière française), Animal Kingdom ** (que Le Pédé sur C'est la Gêne voyait comme un premier film de premier plan, comme ceux d'Orson Wells, Terrence Malick, John Huston ou encore Truffaut. Et bien, je n'ai pas été aussi emballé que lui), Thor *** (block-buster américain typique, qui se révèle cependant une très bonne surprise), L'aigle de la 9e légion *** (pas spécialiste des péplums, mais celui-ci est à mon goût assez bon), Fast and Furious 5 *** (oui, oui, je sais, c'est n'importe quoi d'aller voir ça ! Mais, franchement, ça fait du bien, et j'aime les bagnoles, alors... à noter des similitudes plus que frappantes avec Ocean's Eleven), Tomboy ** (sympathique), Le chat du rabbin **** de Joan Sfar et Antoine Delesvaux (coup de cœur dont je vous parlerai à sa sortie, début juin), Source Code ** (film de SF mineur du fils Bowie) et, enfin, De l'eau pour lés éléphants **** qui bénéficie aujourd'hui d'un article pour lui tout seul.

 

 

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La bande-annonce qui nous est assénée depuis plusieurs semaines n'était pas faite pour laisser augurer le meilleur. Un titre improbable (ok, ça vient du livre, c'est pas leur faute, mais quand même !), des clichés à tout-va et Robert Pattinson. Mais en tant qu'amoureux des belles images, admirateur de Christoph Waltz dans Inglourious Basterds, et un peu niais sur les bords, me voilà embarqué dans la folle aventure de Jacob.

Il aurait pu être diplômé de Connel, grande école de vétérinariat, aurait vu sa vie toute tracée, si ses parents n'étaient pas morts dans un accident de voiture et si on n'était pas venu le chercher pendant son examen final pour le lui annoncer. Sans argent, sans diplôme, en plein Dépression américaine en 1931, il quitte sa bourgade et saute dans le premier train en pleine nuit. Là commence l'aventure de sa vie : le cirque. La découverte d'un monde qui se veut merveilleux mais qui cache de sombres dessous. Les sentiments pour la femme du boss (campée par la ravissante Reese Witherspoon). La féroce lutte des classes, la misère. Et surtout un directeur de cirque alcoolique et dangereux qui ne recule devant rien pour garantir prospérité et grandeur pour son cirque.

 

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Alors on se doute que ça va accumuler les clichés, les déjà-vu. Que malgré tout, il se fera accepter. Qu'il va tomber amoureux de la femme d'August. Que celle-ci ne saura que choisir entre sa vie d'étoile avec un mari tyrannique et la fuite sans avenir certain avec Jacob. On connait toute l'histoire, toutes les scènes, avant de l'avoir vu. Mais ça fonctionne quand même.

Les acteurs sont là pour : Christoph Waltz (August, le directeur du cirque), aussi grandiose que dans Inglourious Basterds, Reese Witherspoon (Marlène, sa femme), resplendissante à chaque apparition et même Robert Pattinson (Jacob) qui, passées les premières minutes où je refusais de le trouver bon et ne voyais en lui qu'un raté embauché pour attirer les demoiselles en chaleur, se révèle à la hauteur. L'intrigue est bateau, mais bien construite. L'univers du cirque est totalement maitrisé par Francis Lawrence, dont la réalisation va chercher du côté de Baz Luhrmann, que ce soit dans Australia ou Moulin Rouge. On retrouve la même beauté des images, très travaillées, qui rendent ici la plus purulente vérité (lutte des classes, pauvreté, maltraitance des animaux, etc.) presque « magnifique ».

Alors, oui, malgré ce qu'en dit la presse, malgré Robert Pattinson, malgré le titre à dormir debout (d'aucuns préfèreront « à coucher dehors »), malgré les cliché à tout va, je le clame : j'ai aimé. Pire, je vous le conseille !

 

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Littérature ado : Hunger Games, de Suzanne Collins ****

Publié le par Sébastien Almira

 

Hunger Games, 390 pages, Pocket Jeunesse, octobre 2009, 17,90 €

Hunger Games, L'Embrasement, 400 pages, Pocket Jeunesse, mai 2010, 17,90 €

Hunger Games, La Révolte, 410 pages, Pocket Jeunesse, mai 2011, 17,90 €

 

 

hunger-games0.jpgCe n'est pas par fainéantise que je vous parle, comme pour Méto il y a tout juste un an, de la trilogie complète, mais parce que c'est plus intéressant de vous dire que vous pouvez sans crainte lire une série entière, plutôt que de crier « wouah ! Le premier tome est absolument génial ! » et, un an après, « oh la la ! L'auteur s'est essoufflé et reposé sur ses lauriers, ne touchez pas au second tome ! ». Vous seriez bien avancés : un premier tome à couper le souffle, l'attente interminable du second tome, et moi qui vous dis alors, bien que mon avis ne soit pas une vérité générale, que la suite ne vaut même pas la peine d'être empruntée à la bibliothèque.

Voilà pourquoi je préfère parler d'une série quand j'en ai enfin terminé le dernier tome et pas avant. Et puisqu'il n'est pas trop tard pour commencer la trilogie Hunger Games, je vous l'annonce : vous ne serez pas déçu en cours de route !

 

 

Sur les ruines des États-Unis ont été créés douze districts qui alimentent le Capitole. Charbon, armement, agriculture, chaque district a sa spécialité et tout est bon pour être récupéré par le gouvernement, qui règne d'une main de fer. Depuis la rébellion, le 13 a été détruit par les Pacificateurs, l'armée du Capitole, et les douze autres sont contraints, par tirage au sort, d'offrir un garçon et une fille chaque année pour les Hunger Games. Ce jeu de télé-réalité a été monté de tout pièce par le président Snow et son équipe pour rappeler au peuple qui est le chef et qui doit se plier, sous peine de représailles. Après tout, les Hunger Games ne sont qu'un juste retour des choses après la rébellion qu'ils ont tentée...

 

hunger games1Dans ce contexte sombre et malsain, on découvre le district 12, celui des mines de charbon. Contrairement aux 1 et 2, plus proches du Capitole, la vie est chaque jour une épreuve. Et participer aux Hunger Games n'y est pas considéré comme le privilège de se battre pour son district mais comme un fardeau : personne n'en est sorti vainqueur depuis des décennies.

Depuis la mort de son père, Katniss Everdeen s'occupe comme elle peut de sa petite soeur Prim et de sa mère, qui noie son chagrin dans l'infirmerie qu'elle a improvisée dans sa cuisine. Elle chasse dans la forêt, en territoire interdit, avec son ami Gale, échange ce qu'elle tue contre ce qui pourrait leur être utile à la Plaque, le marché noir de la Veine. Et c'est sans hésitation qu'elle se propose à la place de Prim lorsque le nom de celle-ci est tiré au sort pour participer à la nouvelle édition des Hunger Games. Une vraie battante, mais solitaire et têtue comme une mule.

 

Le principe est simple : vingt-quatre candidats, douze filles, douze garçons, un seul survivant. Les vingt-quatre tributs évoluent dans une arène créée de toute pièce (forêt, lac, volcan, grottes, tout peut y passer). Leur but est tout simplement de s'entre-tuer, d'éviter les pièges du Capitole (singes hallucinogènes, explosions, etc.) et d'être le dernier survivant. Au fur et à mesure du jeu, districts, sponsors et personnalités peuvent miser sur les tributs en leur faisant parvenir toute sorte de cadeaux dont les plus utiles sont les plus chers. En somme, un véritable bain de sang humain perpétré par des ados pour que le Capitole consolide son pouvoir sur la population. Vous avez tenté de semer le trouble, de vous rebeller ? Cela n'a pas fonctionné et vous serez puni chaque année en perdant vos enfants, en ayant peur pour eux, en les voyant devenir de vrais monstres.

 

Voilà une dictature qui ne manque pas d'imagination !

 

 

Hunger-games-2.jpgEt Suzanne Collins n'en manque pas. Elle nous embarque dès les premières pages dans l'aventure : tirage au sort le jour de la moisson, voyage en train jusqu'au Capitole, passage télévisés, séance de maquillage et d'essayage, préparation physique et enfin l'arène. Au niveau de la trame, des détails, des descriptions de l'imaginaire créé, il n'y a rien à dire. Hunger Games captive de la première à la dernière page. De nouveaux personnages font leur apparition au fil de la saga. Certains auxquels on s'attache (Cinna, le styliste attitré de Katniss lors des Jeux ; Finnick, un ancien vainqueur solitaire ; Peeta, tribut masculin du 12, amoureux de Katniss ; Haymitch, ancien vainqueur du 12, coach de Katniss et Peeta, etc.), d'autres dont on se méfie.

Le talent de Suzanne Collins ne s'arrête pas à son l'imaginaire qu'elle crée, elle se débrouille pour toujours laisser planer du suspense, qu'il s'agisse d'un événement mineur ou majeur. À la fin de chaque chapitre, de chaque tome, on meurt d'envie de lire le suivant pour comprendre. Comme répété sur la quatrième de couverture des trois tomes, il est « impossible de lâcher ce livre, c'est comme si votre vie en dépendait » (Stephen King).

 

Il en va de même pour les deux tomes suivants. Si une baisse de tension au niveau de l'intrigue se fait sentir, le second tome est toujours aussi addictif. Alors que l'on s'attend, comme dans tout roman ado d'anticipation, à ce que les personnages principaux se rebellent et mène une nouvelle révolution, on vit nos seconds Hunger Games. Pour se venger de l'audace de certains candidats lors de l'édition contée dans le premier tome, le président Snow décide d'organiser une édition d'Expiation avec les gagnants des éditions précédentes encore vivants. On ne se lasse pas, mais on  se dit quand même que c'est un tome pour rien, si ce n'est pour le plaisir, et que l'auteure a voulu surfer sur la vague du su c cès avant hunger games3de terminer sa saga.

Le troisième tome promet enfin de répondre à nos attentes : la Révolte, comme son nom l'indique. Encore une fois, on n'a presque pas le temps de souffler. Après avoir trainé en longueur sur quelques dizaines de pages, le roman décolle et la vengeance pointe le bout de son nez ! Katniss devient alors le Geai Moqueur, oiseau chanteur redonnant force et courage aux plus démunis afin de mener à bien la grande bataille à venir. quant à la fin, elle m'a laissé quelque peu perplexe, je vous laisse juger et me donner votre avis !

Deuxième point négatif, le manque certain de style. Hunger Games ne fait pas un carton aux États-Unis pour l'écriture incomparable de l'auteure, non, ses livres ne sont pas mal écrits, ni bien écrits. Tout juste écrits. Avec ce qu'il faut de fautes de frappe et d'oubli de mots pour laisser penser que le manuscrit n'a pas été corrigé par Pocket Jeunesse.

 

 

Mais, honnêtement, le manque de style de l'auteure et le second tome moins imaginatif que les autres ne suffisent pas à entacher la réputation de cette sage. Plus de 100 000 exemplaires des deux premiers tomes vendus en France, un troisième tome tiré à 60 000 exemplaires, un casting qui vient d'être bouclé pour l'adaptation cinématographique et le nombre de lecteurs qui croit à travers le monde pour savoir si Katniss, la fille du feu, parviendra à rétablir la paix entre les districts afin de faire tomber Snow et son gouvernement, malgré les doutes et les pièges redoutables du Capitole. Non, franchement, il ne manque plus que vous dans l'aventure !

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Tom Rachman, Les Imperfectionnistes, roman, 390 pages, Grasset, janvier 2011, 20 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

Picture-42578008.jpgAutant commencer par là : je suis loin d'être friand des vastes étendues romancées, des grandes fresques historiques, de la vie d'un homme ou d'un entreprise qui court sur des décennies. Je ne suis pas friand des grands romans américains, si vous préférez, qu'ils viennent du nord ou du sud. À l'étranger, on dit que les écrivains français sont nombrilistes. Et bien je les préfère bien souvent aux donneurs de leçons outre-atlantique qui changent à chaque roman de personnages et de lieux pour finalement raconter la même histoire.

Pourtant, en janvier, j'ai été tenté par un de ces romans. Et voilà que je viens de lire Les Imperfectionnistes, premier roman d'un journaliste de trente-six ans, fresque d'un journal international basé à Rome qui court sur une cinquantaine d'années.

 

 

L'aventure commence en 1953 lorsque Cyrus Ott propose à Betty et Léo de s'embarquer avec lui dans la création d'un journal qu'il veut indépendant, international et de qualité, et s'étend jusqu'en 2006. La plus grande partie du livre se passe d'ailleurs de nos jours, où Tom Rachman centre chacun de ses onze chapitres sur un des collaborateurs du journal. Entre chaque fragment de vie, un fragment de l'histoire du journal, de sa naissance à nos jours. Aujourd'hui, la vie d'un journal en crise, comme n'importe quel journal, à cause de la télévision, d'internet, de la presse gratuite.

C'est alors l'occasion pour l'auteur de crayonner le portrait d'hommes et de femmes que tout oppose.


rachman.gifC'est un vieux correspondant parisien délaissé par ses enfants et par sa femme, de vingt ans sa cadette, qui couche ouvertement avec le voisin d'en face. Il a bien eu son heure de gloire, mais ne parvient plus à décrocher le moindre scoop.

C'est une rédactrice en chef qui décide de tout, au boulot comme à la maison, et qui vient de se faire tromper par un mari un peu bennêt. Alors lorsqu'elle rencontre son ancien petit ami, conseiller au bureau de Berlusconi, le dilemme s'empare d'elle.

C'est un jeune pigiste au Caire qui ne sait par où commencer un travail de journaliste et qui se fait bouffer par un grand reporter imbus de lui-même qui débarque chez lui à l'improviste « Il a le don étrange de me marcher dessus tout en m'obligeant à me sentir redevable. » (page 212)

C'est une secrétaire de direction là depuis un stage non rémunéré vingt ans auparavant, « avec un moins d'entrain et un peu plus de kilos, même si elle continue de s'habiller comme en 1987. » (page 230)

C'est le responsable de rubrique nécrologique, très certainement le titre le plus honorifique du journal, qui doit interviewer une vieille féministe sur le point de mourir en faisant croire à un simple portrait. « Son but ultime au journal est de ne rien faire, de publier le moins possible, et de partir en douce quand tout le monde a les yeux tournés. Ambitions professionnelles jusqu'ici réalisées de manière spectaculaire. » (page 45-46)

C'est une vieille lectrice dont la fidélité sans faille a failli coûter vingt ans de retard sur l'actualité.

Ou encore, c'est un héritier de l'empire Ott qui se retrouve à la tête du journal, comme un fonctionnaire au placard, et qui n'y connait strictement rien au journalisme, ni à rien d'autre qui touche de trop près au monde du travail.

 

 

rachman2.jpgEn somme, c'est la vie d'un journal indépendant, international et de qualité qui subit les affres de notre temps, ceux-là même racontés au sein de ses pages économie. Une grande épopée journalistique, une vibrante galerie de personnages aussi ternes que hauts en couleurs, une belle promenade à Rome, un extraordinaire roman-fleuve qui représente quasiment tout ce que je n'aime pas en littérature et que j'ai pourtant trouvé bien écrit, assemblé et titré. Et, de surcroit, avec un humeur subtilement cynique.

 

 

 

La première photo (paysage) est la création de Catherine Foyot, photographe dont vous pouvez accéder au site officiel en cliquant sur la photo ou dans la rubrique liens "Pour passer le temps".

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Tournée 2011/2012 : Zazie en concert à la Médoquine

Publié le par Sébastien Almira

 

ATTENTION SPOILERS

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En fin d'année, Zazie publiait son septième album (critique ici), projet incompris au succès incomplet. Ce fut l'occasion pour moi d'acheter ma place de concert, pour la troisième fois.

La première, c'était à Marseille pour le Rodéo Tour en 2005, au Dôme, 8500 places, 6000 vendues. L'ambiance y était électrique, le show envoutant ; le blanc prédominait et, avec l'intro, laissait voir une scénographie stylisée, bien qu'assez peu travaillée ; la setlist était parfaite bien qu'un peu courte.

La deuxième, c'était à Bordeaux pour le Totem Tour en 2007, à la Patinoire Mériadeck, 5500 places, pas toutes vendues non plus. L'ambiance était morne passé le premier mètre de fans devant la scène, Zazie faisait preuve d'une étonnante vitalité dans un concert qui évoluait entre tubes mettant le feu (dans le premier mètre) et certaines de ses plus belles ballades.

Deux concerts quasiment parfaits, qui me faisaient acheter ma place sans crainte, priant au passage une nouvellement fan et un non fan de m'accompagner.

 

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Pour cette tournée, Zazie a choisi de ne faire que des petites salles pour enlever de ses oreilles les petites machines à sons et se retrouver vraiment avec le public. Je rajouterai un argument commercial dévalorisant, Zazie ne remplit pas les grandes salles. Et c'est bien la preuve que le public ne lui donne pas la place qu'elle mérite. Mais passons ! D'une quarantaine de dates au départ, la tournée a pris l'ampleur d'un marathon : 92 dates pour le moment étalées sur un an, et dont une bonne partie sont complètes ! Et hier soir, c'était la troisième, la Médoquine à Bordeaux.

 

C'est là que je me suis encore retrouvé au premier rang.

La première surprise fut l'entrée sur scène. La musique commence sur Plus fort (instrumental électro ou les paroles tiennent en une phrase toutes les minutes : attention, ça va être plus fort) alors que les lumières sont toujours allumées, enchaine avec FM Air, et Zazie et ses musiciens entrent par la droite de la scène en marchant, tout simplement.

La deuxième surprise fut la tenue de Zazie. Non que je ne soit pas habitué à la voir chanter en jeans, mais cette fois elle portait des chaussures. Pour chanter Les pieds nus, avouez que ce n'est pas top.

Dès le début, la chanteuse met l'ambiance, plus qu'à la Patinoire, malgré deux fois moins de public. FM Air, chantée pour la première fois sur scène, est un pur délice ; Gomme et Des Rails suivent et le bonheur continue avec Les pieds nus. Mais après je ne comprends plus ce qui se passe.

C'est la troisième surprise, et de taille : la setlist. Exceptés les trois premiers titres, la moitié du concert n'a pas été travaillée pour mettre l'ambiance et, même étant fan, je me suis ennuyé. J'étais là, même version que dans la précédente tournée ; Aux armes citoyennes, magnifique ballade féministe qui semble avoir rendu l'âme ici ; Le Dimanche, monologue de Dieu créant le monde que Zazie n'arrive pas à faire décoller sur scène ; La La La, ballade tout simple de l'album Zen, dans une version aux vertus anesthésiantes ; Zen, d'un ennui à mourir, ambiance feu de camps, tout le monde assis en rond, guitare à la main, plus molle que jamais ; Le Jour J, en duo avec son guitariste de petit ami, comme Zen.

On pourra reprocher aux deux suivantes de ne pas mettre le feu non plus, mais Je vous aime et Pas que beau ont le mérite d'être brillamment jouées et interprétées.

 

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Et là commence ce qu'on appelle un concert de Zazie, c'est-à-dire un concert où Zazie est capable de mettre l'ambiance sur n'importe quel titre. S'enchainent Être et avoir, Chanson d'amour, À copier cent fois (pas vraiment indispensable), L'addition (avec d'excellents arrangements), Avant l'amour et le medley que j'attendais avec impatience, parait-il qu'on dit mash-up : Rodéo et son recyclage, Amazone. Dommage qu'Amazone n'ait pas été plus utilisée. À partir de là, Zazie met vraiment le feu à chaque chanson. D'autant que suivent les terriblement efficaces Poupées zarbies et Rue de la Paix qui s'enchainent grâce à leurs claviers entêtants. Zazie se la rejoue pianiste du Totem Tour en interprétant Sur toi avant de faire sa première et habituelle sortie de scène.

 

C'est alors l'occasion d'imaginer les quatre ou cinq titres qui manquent pour finir ce concert en beauté et oublier la passade mortelle à laquelle on a finalement survécu après s'être demandé si on achèterait le DVD ou non.

Il manquerait bien Larsen, Un point c'est toi, Tous des anges, Sucré salé, Je tu ils, Tout le monde, Adam et Yves, Danse avec loops, Un peu beaucoup, Oui, Si j'étais moi, On éteint, Yin Yang (que j'attends désespérément qu'elle fasse sur scène), Polygame, Electro libre et, bien entendu, L'amour dollar, véritable tube de son dernier album ! Ça laisse le choix de faire un final génial. Mais Zazie en a décidé autrement, elle revient sur Je suis un homme (ben oui, elle avait dit que si elle la faisait pas, les gens seraient pas contents), enchaine avec Oui, puis l'ambiance se détend pour s'affaisser avec la jolie Trois petits tours qui était, et aurait dû rester, l'inédit de la tournée Zazie sème la Zizanie (Ze Live), avant de finir son concert par une version à la guitare de Tout le monde chantée par le public qui l'ovationne quelques instants avant qu'elle ne disparaisse comme elle était apparue.

 

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Alors, je suis perplexe.

Premièrement, le moins important : la scénographie est encore moins travaillée qu'auparavant, seuls quatre écrans en fond de scène projettent parfois quelques images (surtout des fleurs et des formes géométriques) souvent pompées sur Totem Tour. D'accord, c'est une tournée des petites salles, la scénographie est ramenée au minimum, l'artiste prime sur le reste... Mais quand même, avec la thématique de la maison sur l'album, il y avait de quoi faire !

Deuxièmement, pas très important pour vous : mais j'étais quand même coincé entre un mec de cinquante ans qui secouait la tête à s'en briser les cervicales même les titres les plus lents et un jeune dont l'ambition était certainement de devenir chanteuse de variété, qui me montrait l'étendue de son talent au gré des timbres de voix de Zazie. Et tout y passé.

Troisièmement, le dernier point, primordial : la 7list. Ne croyez pas que je râle seulement parce que mon titre préféré de l'album 7 n'y figure pas. Mais sérieusement, pourquoi six chansons d'affilée qui foutent une ambiance d'enterrement ? Pourquoi À copier cent fois, sans aucun intérêt sur scène ? Pourquoi un final en queue de poisson (qui nous a toutefois permis de voir sa fille, Lola !) ? Au moins quatre titres (J'étais là, Aux armes citoyennes, La la la, À copier cent fois) auraient pu être remplacés par des titres plus stimulants ou plus intéressants musicalement : L'amour Dollar, Electro libre, Danse avec les loops, etc. Et Zen aurait mérité une meilleure version. Il n'en a pas eu de bonne depuis Ze Live en 2002... Comme on dit, pour son plus grand tube, ça craint ! Et pour finir, quid de l'habituel bonus « 1 inédit + 1 reprise » ? D'accord, c'est un cadeau de Zazie, pas un dû, mais on s'y habitue et ça manque !

 

 

Voilà, tout ce long article pour dire que je suis perplexe, que Zazie est toujours en forme, qu'elle sait mettre l'ambiance, qu'elle est humaine et proche de son public, mais qu'elle s'est chiée sur la setlist et que la scénographie est tellement faible qu'elle en devient inutile, ce qui en fait un concert quelque peu bancal. Vivement le prochain.

 

La deuxième photo a été empruntée au site It's Pop ! (cliquez sur le site pour accéder à son article sur le concert à Colombes)

La troisième photo est extraite du Totem Tour. (pas trouvé d'autres photos ^^)

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