Bruno Migdal, Petits bonheurs de l'édition, journal de stage, 140 petites pages, La Différence, janvier 2012, 10,15 € ***

Publié le par Sébastien Almira

 

migdal1.jpgVoilà un journal de stage pas comme les autres. Bruno Migdal n'est pas pas à Villetanneuse, il n'a pas 22 ans. Non, il travaille dans un établissement scientifique et a vingt ans de plus. Ce qui ne l'empêche pas de se passionner pour les lettres.

Après avoir bataillé, il est accepté pour un stage de trois mois chez Grasset, maison qui ne sera jamais cité mais qui se devine aisément grâce aux descriptions et aux périphrases employées pour ne pas la nommer.

 

« Arrivé pile à l'heure (c'est tout moi) devant l'humble vitrine, sertie dans un étranglement de la rue des Saints-Pères. L'enseigne qui la surplombe, d'un jaune fané, est d'une époque révolue, comme sortie d'un magasin d'accessoires.

M'y voici donc.

Ce matin, le ciel est gris, lourd, et la froidure engourdit tout : on m'invite assez fraichement à patienter dans l'un des fauteuils en cuir du hall, que de prestigieux fessiers ont patiné au fil des ans. Pour occuper les yeux une étagère est là, sévère, qui présentent les dernières publication de la Maison. » (page 7)

 

 

Voilà comment commence le récit de trois mois de découverte de l'édition. Pas le côté festif, mondain, voire luxurieux (quoi que l'inauguration du Salon du Livre de Paris, c'est pas très sérieux non plus !), mais l'édition vue de l'intérieur. On est chez Grasset, mais pas chez Beigbéder, on se calme. Bruno est le stagiaire de Trépignol, l'un des éditeurs. Il est chargé de lire des manuscrits et d'en faire une fiche de lecture. Pour 99% des manuscrits qu'il lira, il devra également rédiger une lettre de refus. Car : 1/ les premiers romans sont très rares de nos jours. Chez Grasset, par exemple, ils essaient de n'en publier qu'un par an. 2/ Grasset est l'un des seuls gros éditeurs à envoyer une lettre de refus personnalisée. Ce qui peut parfois leur retomber dessus puisque certains auteurs prennent en compte les remarques et renvoient leur manuscrit, alors que personnaliser le refus n'est pour la Maison qu'une marque de respect.

 

 

Non sans humour (« Elsa me remet un feuillet exposant les signes de correction en usage dans la profession ; cela tient de l'alphabet cunéiforme, des symboles d'une langue perdue, d'une civilisation engloutie : j'ai aussitôt le sentiment d'être adopté par une société occulte, initié à ses rites et à son langage secret », pages 21-22), en prenant le soin de détailler chaque action, chaque employé (« P. R., toujours ponctuel, qui fait partie du comité de lecture, vient y briser son attente [au magasin, local-stock de la maison] tous les mercredis après-midi. Lunaire, circonspect, excessivement discret, il déambule à pas silencieux, mains dans le dos, comme le petit personnage de Sempé. Lui, jette un œil méfiant sur les jaquettes, n'y porte jamais la main. Je me souviens de lui à l'époque d'Actuel, avec Bizot, Burnier, chevelures provocantes, loubards érudits, pamphlétaires en Perfecto, pourfendeurs des notables de la littérature. Ses derniers ouvrages, d'une élégante prose classique, évoquent les batailles napoléoniennes, il a gagné celle du Goncourt, quel étrange cheminement. Il m'adresse un salut furtif et me devient à jamais sympathique ; c'est, de plus, le premier Goncourt à venir me saluer. » page 44) et en causant littérature (« Jeudi 12 février : Ce manuscrit exonère tous les autres : soudain l'apparition d'un ressenti oublié, le plaisir. Enfin une lecture, c'est-à-dire la captation de toute pensée par le récit qui se déploie sous vos yeux. L'essentiel de l'action se déroule dans un univers champêtre, une grande surtout, dans laquelle un personnage enchevêtré à mi-corps dans le plancher [tiens, encore Beckett] attend une délivrance. Ce texte m'évoque l'onirisme pourtant un peu apprêté d'Alain-Fournier, mâtinée de la loufoquerie terriblement maîtrisée d'Éric Chevillard, et dans ce grand écart [ cette rencontre improbabledirait-on aujourd'hui] impose son propre univers. Je verrai plutôt cela pour Minuit. » pages 75-76), Bruno Migdal nous plonge dans le monde de l'édition, chez le plus parisien de tous les éditeurs, avec finesse, sans lourdeur, sans ennui, sans voyeurisme.

 

 

Il signe une petite perle avec l'élégante prose classique qu'il prête à Patrick Rambaud. Ses Petits bonheurs de l'édition se lisent aussi facilement qu'agréablement et ça fait du bien d'entendre parler de littérature et d'édition sans gros sous, sans à-valoir, sans dîners mondains, sans dossier urgent surchargeant les semaines.

Cela dit, je plains Bruno Migdal d'avoir touché pour son premier mois « 394,60 euros, contrepartie de 351,6 heures de boulot mensuel, soit 1 euro de l'heure » (page 62).

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Sabri Louatah, Les sauvages, tome 1, roman, 300 pages, Flammarion/Versilio, janvier 2012, 19€ **

Publié le par Sébastien Almira

sauvagesEn lisant en retard le premier des quatre tomes des Sauvages, il est d'autant plus d'actualité. Le roman se passe sur une seule journée, la veille du second tour des élections présidentielles. Le candidat socialiste qui fait face à Nicolas Sarkozy s'appelle Idder Chaouch. Pour la première fois, un candidat d'origine maghrébine est favori pour l'élection suprême. Vous allez vous dire « encore de la politique sur ce blog ! Pfiouu... », mais il ne s'agit pas que de ça. Pour l'instant, il ne s'agit d'ailleurs pas beaucoup de ça.

 

Le cœur de l'histoire, c'est le mariage de Slim. À Saint-Étienne, la turbulente famille Nerrouche est en effervescence. Entre Krim, le personnage principal, qui a l'air étrange depuis quelques semaines, sa mère, Rabia, qui s'est mise à Meetic pour tromper l'ennui, les rumeurs d'homosexualité qui courent sur le jeune marié, la cousine Kamelia et ses gros seins, Khalida ou la grand-mère arabe typique, le cousin acteur de la série à la mode avec laquelle M6 explose Plus belle la vie, ou encore Nazir, le mystérieux cousin qui n'est pas venu... les portraits sont saisissants de vérité, on a l'impression d'y être, de les connaître tous, leurs petites manies, leurs préférences, on vit les liens et les tensions au sein de la famille Nerrouche comme si on en faisait partie. Et si on s'y perd, un arbre généalogique nous aide page 7 !

 


Entre les préparatifs du mariage, les mystérieux messages que Krim reçoit, les tensions entre les deux familles (algérienne pour la mariée, kabyle pour le marié), le travesti qui se fait enlever par l'oncle de la mariée, Sabri Louatah ne s'y perd pas. Il raconte son histoire comme une série télévisée, entre rires et larmes, et à grand renfort de rebondissemen ts. Avec un style vif et incisif, il noue autant qu'il dénoue les fils de son intrigue afin de nous balader dans les mystères qu'il a parsemés tout au long du récit, et de la série entière on l'imagine.

 

Une lecture très agréable où cependant, je l'avoue, j'ai sauté quelques passages qui m'ennuyaient un peu. En vingt-quatre heures chrono, Sabri Louatah dresse un portrait de famille aussi vivant qu'inquiétant, un vif argumentaire pro et anti Chaouch jusqu'au dénouement pour le moins sanglant et surprenant qui vous fera peut-être attendre la suite avec impatiente ! Personnellement, j'ai de moins en moins envie de lire la suite. Ce premier tome m'a bien plu, même si j'ai sauté quelques passages, mais je ne ressens ni le besoin, ni une envie incommensurable de lire la suite. La connaître, oui. La lire, non.

 

 

 

Extraits :

 

« Il arriva chez la mémé au milieu du classique des classiques : une grande conversation de famille sur la différence entre les Kabyles et les Arabes. Les yeux de lynx de sa mère (qui était toujours en première ligne dans un débat) le singularisèrent tout de suite parmi la foule de ses cousins massés dans le couloir.

- Krim, Krim, viens, viens chéri. Le pauvre, il doit avoir faim.

Krim se faufila entre ses tantes et ses oncles pour rejoindre la toute petite place que sa mère lui avait faite sur le canapé. Il y avait des nouveaux venus : Rachida, la plus jeunes de ses tantes, se rongeait les ongles sur une chaise un peu à l'écart de l'agitation autour de la table basse, criant de temps à autres sur Myriam ou sur Mathieu. Il y avait d'autres cousins dans la pièce voisine ainsi que la troisième des « grandes » : Bekhi, dont le mari Ayoub avait pourtant récemment fait un infarctus.

- Dis bonjour, krim, dis bonjour à khalé.

Le tonton Ayoub se laissa faire la bise sans lever une fesse de son fauteuil. C'était un homme d'une envergure considérable, large d'épaules et de poitrine, qui mesurait pas loin d'un mètre quatre-vingt-dix et dont la vie ingrate passée sur les chantiers ne l'avait jamais empêché de se présenter en public dans des costumes gris bien taillés, mocassins cirés et ongles propres. Ses ongles étaient d'ailleurs ce par quoi on comprenait qu'il était sur le déclin : certains étaient cerclés de noir, la plupart n'étaient pas coupés et deux ou trois même étaient sales. Il prit la nuque de Krim dans son énorme paluche et s'adressa à quelqu'un d'invisible entre Rabia et son fils Toufik sur le canapé d'en face :

- Laïnalek. Il a grandi hein ?

Krim ne savait pas comment réagir : ça faisait au moins quatre ans qu'il avait sa taille actuelle, mais il comprit au doux regard mi-clos de tatan Bekhi que le vieux lion n'avait peut-être plus toute sa tête.

- Viens Krim, prends, prends ! Qu'est-ce que tu veux, un zlébia ? Un morkrout ? » pages 102-104

 

« - Et puis moi je le trouve courageux d'avoir parlé d'identité nationale et de sécurité. Il marque une vraie rupture avec la tradition du PS, je veux dire ces conneries d'il y a dix ans sur le sentiment d'insécurité, le sentiment d'insécurité ! Enfin merde, faut vraiment habiter entre Bastille et Oberkampf pou croire que l'insécurité c'est juste un sentiment. Voilà, Chaouch il a mis les pieds dans le plat, et d'ailleurs ça lui a réussi, il a coupé l'herbe sous le pied de Sarko, il l'a attaqué sur son bilan au lieu de discuter de ses intentions comme d'habitude...

- J'arrive pas à y croire, répondit Fouad exagérément scandalisé.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que j'ai dit ?

- Incroyable ! Tu te rends même pas compte en plus ! Et non, tu fais même pas semblant ! Putain mon vieux, ça te réussit pas l'exil...

- Mais qu'est-ce que j'ai bien pu dire pour heurter tes chastes oreilles de bobo parisien ?

- L'air de rien, comme ça, s'étrangla Fouad, tu lies identité nationale et insécurité ! Mais en fait c'est pas ta faute, tu te contentes de répéter les éléments de langage que le gang de Sarko nous martèle depuis des mois, ça veut juste dire que ça marche, que plus c'est gros plus ça passe, ça me rend juste dingue ! » pages 187-188

 

 

 

Merci aux éditions Flammarion pour l'envoi de ce livre !

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Les Patates en Campagne

Publié le par Sébastien Almira

Il était une fois une contrée peuplée de patates. En fait, on nous prend un peu pour des cons parfois, alors les patates c'est parfaitement trouvé, et puis c'est un peu plus rigolo. Pour la seconde fois en presque trois ans de blog (oula, faut que je regarde exactement la date !), je vais déplacer mon propos de la culture à la politique. Mais il s'agit tout de même de création alors...

 

 

Patate-Land, nous sommes un petit groupe de Patates qui tente de survivre. Nous sommes six et avons toujours vécu ensemble. Je vous glisse une petite photo de nous !

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Moi, je suis le chef. Parce que je suis le plus vieux, le plus sage et surtout, parce que je suis double-face. Enfin, quand je dis que je suis le chef, c'est pas que je décide de tout, que les autres m'obéissent, ou quoi. C'est juste que je suis le plus ancien et qu'on me demande souvent mon avis. Même les autres familles. Je dois avouer que c'est assez agréable de se sentir important, utile. Mais c'est parfois pesant. Il m'arrive d'avoir envie d'îles désertes. Fuir, sans regret, sans responsabilité. La liberté. Mais bon, je me ferais chier au bout d'un moment...

Je suis le premier à gauche sur notre photo de famille. Et mon autre côté, c'est celui-ci :

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Il y a aussi Hey ! Hey, il est toujours content. Ne croyez pas que je le trouve bennet, mais il faut dire ce qui est. Son vocabulaire se limite à crier "hey !" à chaque fois qu'il croise quelqu'un et à sourire bêtement, gentiment. C'est d'ailleurs pour ça qu'on l'a surnommé Hey !

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Le petit dernier, c'est le fils de Hey et de la petite à côté de moi sur la photo de famille, Zulma. Ouais, elle s'appelle Zulma parce qu'elle aime bien lire et qu'elle adore les éditions Zulma. Vous trouvez certainement ça débile, mais c'est son choix. Et j'estime que nos choix doivent être nos droits. Quand on l'a adoptée, elle a dit "J'aime lire, je veux m'appeler Zulma, comme la maison d'édition. C'est celle que je préfère, et vous êtes ma nouvelle maison, alors." Et elle respire la bonté. Toujours prête à aider son prochain, avec le sourire en plus. Et ça, c'est rare de nos jours...

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Voilà Embryon, leur fils. Pour l'instant, il parle pas. On verra bien.

4.jpegEt puis, il y a aussi Pan et La Morte. La pauvre, elle a la bouche cousue, et elle a tout le temps l'air triste. Elle nous fait de la peine. Mais on l'aime bien. Et puis quand on l'a trouvée, tout le monde se moquait d'elle, on l'a recueillie, on la nourrit pas (la faute à sa bouche cousue...) mais on prend soin d'elle.7.jpeg

Pan, lui, on se demande si il va pas tourner mal. Il joue souvent avec des armes. Et quand on réussit à les lui confisquer, il terrorise les passants et les courgettes. Il court dans la rue et saute à côté d'eux en criant "Pan !" On se demande ce qu'on va en faire...

L'autre fois, il a même essayé de tuer La Morte. Devant des gosses...

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Bon faut dire que le gouvernement n'arrange pas les choses. On vit dans un climat assez particulier depuis quelques temps. On n'a presque plus d'aides, on est sans cesse stigmatisés, on nous parle de violence, de sécurité, d'insécurité, et ça créé des tensions partout. C'est sûr, à force de nous parler de haine, de nous en montrer partout (même là où y'en a pas...), ben ils nous dressent les uns contre les autres. On le ressent bien. Mais surtout à l'extérieur. Jusqu'au jour où ça vous explose à la figure, au sein même de votre famille...


Mais on commence à en avoir assez, nous. On a peur. Pas des gens, on sait qu'ils sont instrumentalisés par le gouvernement, que c'est pas leur fautes. C'est des victimes. Bon c'est sûr, du coup on sait pas trop de quoi ils sont capables mais le vrai problème, c'est quand même cette milice, cette dictature qui se dit "République" et dont il faut se débarrasser à tout prix. Sinon, c'est nous qui finiront nus comme des vers, cernés par les forces de l'ordre. Et là, j'vous le dit, ça va faire mal. Aïe !

11.jpegIls vont nous manger tout cru, et on finira aux cimetières des Patates. Comme tous les dissidents déjà pris. Franco, Hitler, Mussolini, Staline, Bush, c'est fini merde ! On veut pas finir comme ça, nous... On est en république, pas en prison.

12.jpegIls jettent même les leurs ! Si ! Regardez, on en voit des Aïe ! Ils jettent tout ce qui leur plait pas assez. Ils gardent que le meilleur, le gratin ! La vermine, ils en veulent pas. Alors, même si, nous, on vivait plutôt tranquille dans notre coin, sans rien demander à personne, ben il faut bien le dire : maintenant, on se réveille et on s'insurge. Et pour ça, on  n'a pas besoin de Stéphane Hessel et de son bouquin de dix pages qui sert à rien.

Nous, on veut juste être libre. Comme avant. Alors, prenons le pouvoir ! Parce que la liberté ne s'achète pas, mais se prend.

 

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Texte, mise en scène et photographies de Sébastien Almira.

Toute reproduction et/ou utilisation est formellement interdite.

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Madonna, M.D.N.A., éd. lim. 12 titres + 5, Interscope, mars 2012 ****

Publié le par Sébastien Almira

madonna-mdnaPresque trente ans que Madonna règne sur les charts avec toute une flopée de tubes : Holyday, Like a virgin, Papa don't preach, La isla bonita, Like a prayer, Express yourself, Vogue, Frozen, Music, Hung up, Sorry, Celebration et j'en passe, ça donne assez le vertige. Mais le phénomène s'essouffle. Si elle vendait plus de dix, voire vingt, millions de chacun de ses premiers albums, cela fait une dizaine d'année qu'elle est à la traine. Son dernier album, pop urbaine aux sonorités rap-R'n'B n'a d'ailleurs pas conquis grand monde.

Si on ajoute à cette baisse de régime le phénomène Lady Gaga (près de 90 millions de disques vendus en deux albums et une dizaine de tubes, shows impressionnants, costumes excentriques...) dont certains disent qu'elle est la nouvelle Madonna, le retour de la Madonne se devait d'être à la hauteur de sa carrière.

Et elle a mis le paquet. Publicités, radio, télés, concours, annonces, et surtout concert en pleine finale du Super Bowl. Mais beaucoup ne semblent pas satisfaits de sa prestation et son lead single, Give me all your luvin', ne convainc pas grand monde. Un mois plus tard est lancé Girl Gone Wild, plus dance et autant commercial.

Si aux États-Unis, Madonna a effectué son meilleur démarrage depuis Music avec 359 000 exemplaires vendus, ce ne sont que 56 000 Anglais et 41 000 Français qui ont acheté MDNA. Elle ne parvient même pas à décrocher la première place en France.

La sauce du grand retour n'a pas totalement prise mais qu'en est-il véritablement de l'album ?

 

 

L'album commence sur Girl Gone Wild. Pas trop de risque, mais Benny Benassi en a fait un titre terriblement efficace auquel on s'habitue vite. Aurait peut-être dû sortir en premier single.

 

Deuxième piste, grosse caisse de basse, mélodie répétitive et étouffante pour le Gang Bang. Les paroles ne sont pas très recherchées mais viennent du cœur (bang bang, shot you dead, shot my lover in the head / bang bang, shot you dead and I have no regrets). Ne fera pas un tube, faute de véritable refrain, mais aura certainement une place et une mise en scène de premier choix lors de la tournée. William Orbit a fait du titre le plus déroutant de l'album le préféré des fans (sondage ouvert sur le site Madonna-Electronica).

I'm addicted est un pur plaisir électro réalisé par Benny Benassi. Beaucoup moins commercial que Girl Gone Wild, mais autant efficace. Une bombe !

Premier titre du DJ français, Turn up the radio. Ça sent le single de l'été et ça veut tout dire.

Vient ensuite le premier extrait de l'album, également signé Martin Solveig. J'ai bien aimé Give me all your luvin' à sa sortie, mais je m'en vite lassé. Bonbon pop-dance entêtant et pas très recherché, avec MIA et Nicky Minaj, histoire de montrer que Madonna est encore dans le coup.

Deuxième apparition de Nicky Minaj sur Some Girls, pop-dance-R'n'B qui m'a paru ringarde aux premières écoutes. Ça se laisse finalement écouter.

Superstar, comme pas mal de titres de cet album, s'apprécie au fil des écoutes. Je le trouvais ridicule et finalement je l'aime bien. Pour une fois Madonna semble chanter pour le plaisir et ne pas se prendre la tête. Agréable.

Troisième et dernière apparition de Nicky Minaj (ouf !) sur I don't give a. Un titre pop-R'n'B pas mal mais qui lasse vite. Belle incursion de choeurs toutefois.

Avec I'm a sinner, William Orbit rappelle à ceux qui auraient oublié qu'il est l'homme de Ray of Light. Les références sont nombreuses (Ray of light, Shanti/Ashtangiet Beautiful Stranger, etc.) et le titre rappelle également, pour son côté original, certains morceaux d'American Life. Belles références puisqu'il s'agit de mes albums préférés. I'm a sinner me comble, d'autant plus qu'elle me cite (Saint Sebastian, don't you cry ?). Non, je ne pleure pas, je m'extasie !

Love Spent m'a paru très brouillon la première fois. Des sons pop, des synthés aux airs de violons sanglants, des claquages de mains sauce R'n'B, des guitares de cow-boy, etc. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression qu'il ne sera pas sur la set-list de la tournée. Dommage parce que c'est finalement un très bon titre, le pont et les refrains finaux sont extra !

Masterpiece, Golden Globe de la meilleure chanson pour le film W.E., se laisse écouter et finit par se faire très apprécier. Aussi classique que jolie mais, encore une fois, après plusieurs écoutes.

Deuxième ballade et dernier titre de l'album « standard », Falling Free commence comme Histoires naturelles de Nolwenn Leroy et montre que la Madonne n'est pas qu'une faiseuse de tubes et sait faire passer des émotions en posant simplement sa voix sur quelques cordes et touches de piano.

 

madonna.jpgTitres bonus

Beautiful Killer est, selon le classement dont j'ai parlé plus haut, le second titre préféré des fans sur l'album. Mouais, ça se laisse écouter, mais pour moi, c'est un des moins bons.

I Fucked up est une sorte de ballade pop qui s'accélère au fil des secondes. Pas mal...

B-Day Song sur laquelle MIA refait une apparition est le même genre de titre que Superstar. Je ne l'aimais pas trop, la trouvais presque ridicule au début. Mais force est de constater que c'est une bonne chanson, pas de celles qui vous fera danser, mais peut-être dandiner de la tête !

Après trois titres bonus signés Martin Solveig, voici un Benny Benassi : Best friend. Bof.

Enfin, le remix de Give me all your luvin' par LMFAO. Par fan du duo électro, j'avoue que je préfère leur remix à la chanson originale.

 

 

madonne-mdna-photo-photos-promo.jpgMoitié électro, moitié pop, M.D.N.A. est censée représenter l'A.D.N. de Madonna, et il s'en sort plutôt bien, voire très bien. Mais il faut plusieurs écoutes pour apprécier vraiment ce douzième album. Aux premières écoutes, j'étais assez réservé mais à force d'écoutes, certains titres jugés initialement moyens prennent de l'ampleur (Girl Gone Wild, Masterpiece, Love Spent, I don't give a), d'autres passés inaperçus ou trouvés mauvais se révèlent sympathiques par la suite (Superstar, Some Girls, B-day Song, I fucked up). Certains restent toutefois fades. C'est à l'appréciation de chacun mais, perso, Give me all your luvin', Some girls, Beautiful killer et Best friend, je m'en serais autant passé que des apparitions à répétition de Nicky Minaj.

En tout cas, Madonna est de retour avec un très bon album, loin du désastreux Hard Candy, qui compte nombre de pépites (I'm addicted, Gang Bang, Girl Gone Wild, Masterpiece, I'm a sinner), assoit son statut de Reine de la Pop et et laisse présager un beau show au Stade de France le 14 juillet prochain !

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Michael Cunningham, Crépuscule, roman, 300 pages, Belfond, février 2012, 20€ *

Publié le par Sébastien Almira

 

michael_cuuningham.jpgL'auteur des Heures est de retour. Et Belfond n'y va pas de main morte : il s'agit d'un roman éblouissant sur l'art, le désir, le couple, la mort. Le grand retour de Michael Cunningham pour une œuvre d'une douloureuse beauté.

 

En réalité, l'écrivain new-yorkais a mis cinq ans pour écrire un roman de débutant indigne du reste de son œuvre. Peter et Rebecca représentent le couple new-yorkais par excellence : il dirige une galerie qui commence à compter, elle est éditrice d'un magazine sur la mode et l'art. Ils sont riches, possèdent un superbe loft à Soho, fréquentent des amis brillants et importants...

« Voilà ce qu'ils sont : un couple d'âge moyen assis à l'arrière d'un taxi. Peter et sa femme, mariés depuis vingt et un ans (presque vingt-deux), complices à présent, qui aiment plaisanter, ne font plus beaucoup l'amour, mais quand même un peu, contrairement à d'autres couples mariés. »

Mais lorsque Mizzy, le jeune frère de Rebecca, qui nous est décrit comme une beauté crépusculaire (tiens !), un « Rodin de bronze », presque androgyne, musclé, sensuel et perturbé (la drogue détruit sa vie sociale et professionnelle), rien ne va plus. Car si Peter n'est pas très chaud pour héberger quelques temps un branleur drogué, il va en tomber amoureux.

 

La quatrième de couverture reste mystérieuse à ce sujet, laissant entrevoir un grand roman romantique, sensuel, douloureux. Mais il n'ayez crainte, il n'en est rien !

Premièrement, on se demande ce qui est arrivé à l'auteur du prix Pulitzer et du PEN/Faulkner Award (pour Les Heures). L'écriture est loin de mériter un prix ici. Si dans la deuxième partie du roman, elle peut être qualifiée de banale, elle est carrément brouillon dans la première partie ( des « il y a », des « tu fais ci, tu vas là », des questions narratives à n'en plus finir « et ensuite ? », « quels sont les fantasmes de Mizzy ? » « que lui arrive-t-il ? » « comment est-ce arrivé ? » « N'a t-il pas vu cent fois ce Rodin ? » « Vraiment ? » « Qui peut voir la différence ? »...).

crepuscule.gifDeuxièmement, certains passages frisent le grotesque. Eric Neuhoff, dans Le Figaro, résume très bien : « Le ridicule se glisse petit à petit dans cette version Manhattan de Théorème. Comment peut-on avoir écrit Les Heures, La Maison du bout du monde et produire cette sitcom en caractères d'imprimerie ? Le roman «gay» vient de faire son entrée dans la collection «Harlequin». Il était temps. »

Troisièmement, alors qu'on nous promettait un chef d'œuvre, le roman manque de profondeur, de hauteur, de volonté. À la moitié du roman, j'avais toujours l'impression d'être dans la situation d'exposition... Michael Cunningham semble fatigué, un peu comme quelqu'un qui se repose sur ses lauriers, mais qui a tout de même mis cinq ans à proposer ce faiblard roman de gare qui satisfera même pas les fans de Marc lévy.

 

Excepté pour quelques réflexions sur l'art (certaines œuvres contemporaines, la perception qu'on en a, etc.), vous pouvez allègrement passer à côté du dernier Cunningham. Replongez-vous plutôt dans Les Heures, Le Livre des jours, De chair et de sang ou La maison du bout du monde. C'est plus sûr.

 

 

Merci à Abeline de

ch2  

pour ce livre !

 

 

 


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