Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Woodkid, The Golden Age, album pop, 14 titres, Green United Music, mars 2013, 14€ (édition simple), 25€ (édition limitée incluant un récit original en anglais illustré) ****

Publié le par Sébastien Almira

 

Woodkid-The-Golden-Age.png

 

« J’ai toujours eu l’impression que j’allais mourir jeune

et qu’il fallait que je laisse une trace puissante et le plus rapidement possible »

Yoann Lemoine, alias Woodkid, 30 ans, au Parisien 

 

 

Deux ans après le single Iron, voilà que le phénomène Woodkid publie enfin son premier album. On ne le présente plus, jeune prodige de la vidéo, le Français a travaillé sur le jeu vidéo Arthur et les Minimoys et réalisé des clips pour Lana del Rey, Drake, Yelle, Katy Perry ou encore Moby.

Mais c'est avec le titre et le clip Iron qu'il fait sensation. Baroque, esthétique à mort, pop classieuse, émouvant et épique à la fois, son titre fait le tour du monde et dépasse aujourd'hui les dix-neuf millions de vue sur son seul compte Youtube. Run, boy, run vient combler l'attente l'année dernière. Moins fort musicalement, le single joui en revanche d'un clip au moins aussi prodigieux que le précédent.

Mais ce n'est que lundi 18 mars dernier que l'album, l'un des plus attendus de l'année, est sorti. avant une tournée qui passera par le Zénith de Paris le 5 novembre 2013 (à partir de 35€).

 

L'artiste, Yoann Lemoine de son vrai nom, avoue y avoir passé cinq ans, refusant des collaborations avec Madonna et les Rolling Stones afin de se concentrer sur un projet de longue haleine, émotionnellement difficile, qu'il voulait parfait. Après plusieurs écoutes, je vous livre mon verdict sur The Golden Age.

 


 

Les quatorze pistes qui forment cet album s'écoutent dans une unité parfaite. Mais tout se mêle et se ressemble tellement que peu de titres tirent leur épingle du jeu. Dans un univers baroque, sombre et lumineux, Yoann Lemoine signe douze chansons et deux instrumentaux hors du temps, hallucinants de classe. Beaucoup de morceaux pris au cas par cas sont de petites merveilles, d'autres sont plus anecdotiques. Mais là n'est pas le problème, on ne s'attend pas à ce que chaque morceau soit un summum de perfection. En revanche, on s'attend à reconnaître les titres qu'on écoute, à pouvoir les comparer.

Or, là, c'est plutôt une musique de film (un peu tristounette par moments, il faut le dire) qui semble se dérouler à nos oreilles. L'ensemble est aussi homogène qu'une bande originale, les sonorités, les orchestrations sont souvent très cinématographiques, ce qui donne un rendu très soigné, très esthétique, très grandiloquent. Et ce n'est pas étonnant puisque Yoann Lemoine rêve de cinéma depuis l'enfance. Depuis qu'il gagne de l'argent convenablement avec son travail, il s'est d'ailleurs installé à New York pour reprendre ses études de cinéma et préparer son premier long-métrage.

Exceptés Iron, Run boy run et peut-être deux autres titres, on entend plus que l'on écoute la petite musique de Woodkid caresser agréablement nos oreilles sans que l'on soit finalement aussi transcendés qu'à la découverte de Iron.

 

Voilà donc un album d'un esthétique et d'une classe sans nom dont on attendait peut-être trop. Le phénomène Woodkid avait mis la barre trop haut avec l'hallucinant Iron, si bien qu'il est difficile dans The Golden Age d'apprécier vraiment la qualité toutefois indéniable des autres titres, noyés dans un flot de similitudes atténuant un peu plus encore leur réalisation quasi impeccable. À deux doigts de la perfection.

 

Woodkid-I-Love-You-COVER-720x300.jpg

Voir les commentaires

Jean-Baptiste Del Amo, Pornographia, roman, 140 pages, Gallimard, mars 2013, 14,50€ *****

Publié le par Sébastien Almira

 

pornographia.jpg

 

« Bien sûr, je me leurre, puisqu'il faudrait pour recouvrir la souveraineté de mon corps, quitter la ville et non m'y perdre, mais aveuglé par mon orgueil je crois l'asservir et m'obstine à arpenter ses rues engluées de crasse. » pages 14-15

 

L'auteur prodige d'Une éducation libertine et du Sel a encore frappé. Fidèle à son talent, il nous sert ses thèmes fétiches dans une ambiance chaude, glauque et désespérée dont lui seul a le secret.

 

Dans une ville tropicale, un homme que l'on imagine jeune déambule sans fin à travers la jungle urbaine que représentent gitons, prostituées, pauvreté, maladies et pourritures. Maître dans l'art de conter la misère la plus désarmante, les odeurs les plus insupportables, la pourriture la plus répugnante, Jean-Baptiste Del Amo s'en donne à cœur joie dans ce court récit halluciné.

 

Depuis qu'il a salement baisé avec un jeune giton, le narrateur n'a de cesse d'essayer de le retrouver. Cette scène de sexe (pages 22 à 26) d'ailleurs me fait penser à celle de la cave dans Une éducation libertine. Là encore, l'écrivain raconte une coucherie dépravée, crasseuse, puante avec de tels mots, de tels sentiments que j'ai rarement lu une scène aussi sensuelle. Avec pourtant peu de paroles, il instaure une atmosphère scandaleusement excitante. Cette capacité à vous faire passer quelque chose de crade en quelque chose de beau ou d'excitant est assez inquiétante pour nous, pauvres lecteurs pris au piège de la machinerie Del Amo, et à la fois preuve du génie de l'écrivain, aussi bien capable de nous plonger sur les bords des rues de Paris et de la Seine puantes et abjectes dans le premier, de la Méditerranée dont le sel appelait invariablement le héros du second, et enfin au bord d'une plage grouillante de gitons sales et seuls dans son troisième roman.

Le lien à l'eau, à la mer, à l'océan, est toujours présent, « l'odeur du port n'est jamais loin, chargée de sel et d'un parfum de pourriture. » page 129

Avec une maîtrise incroyable, il parvient à nous faire ressentir aussi bien la pourriture que l'excitation, les odeurs que les non-dits.

 

                                        del-amo2.png   del-amo3.gif

                                                              Folio, mars 2010, 8,10€                 Folio, janvier 2012, 6,95€

 

« Le désir geint et lancine dans mon ventre, nourri par la pourriture de la chambre, odeur de sexe crasseux, de bois piqué, de fruit talé, d'urine rance, de sueur tropicale. J'éprouve le besoin de me vautrer dans cette souillure, d'en jouir impunément. Je ferai alors de moi un homme libre et dévasté. » pages 20-21

« Je dessine des cercles dans le dédale que le jour inonde enfin et l'agitation des rues dissipe l'énigme de la nuit. La ville continue de déverser en moi son flux. La faim me tenaille, des flots de bile remontent à ma bouche, brûlent ma gorge où subsiste encore l'impression de la queue du giton et des blessures qu'elle y a infligées. » page 31

 

Dans son errance, le narrateur rencontre d'autres gitons, qui le ramène sans cesse au premier (« La réalité du giton glisse vers l'idée du giton en une estampe glorieuse et sacrée qhe je ne peux plus percevoir et célèbre pourtant en pensée. » page 37), des vieilles putes, des enfants souillés (« Elle connaît ces petites femelles affamées dont le vagin semble être un puits sans fond où les hommes s'engouffrent jusqu'à la ruine et elle les jalouse en secret quand elle ne les maudit pas à voix haute. » page 57), des ouvriers peu scrupuleux des endroits où traîne leur sexe.

Dans son errance, il raconte tout e qu'il voit de ces quotidiens qui ne sont pas des vies, de ces espérances, des ces déceptions.

Dans son errance, il se lie avec deux jeunes miséreux dont il raconte l'histoire.

Dans son errance, il n'oublie rien de nous retranscrire. Et la lecture devient douloureuse. La sensualité laisse place à l'effroi.

 

del-amo1.jpg

 

« Les habitants de cette ville y naissent dans l'ignorance de ce avait pu mener leurs ancêtres à s'y établir. Ils y grandissaient dans l'incompréhension de ce qui avait poussé leurs parents à y demeurer. Ils y mouraient enfin dans l'hébétude d'une existence dérisoire, laissant derrière eux une descendance repoussant toujours plus loin les limites de l'ignorance, de l'incompréhension, de l'hébétude, au point que la ville, pour qui la traversait à quelques décennies de distance et en aurait gardé un souvenir même vague, semblait franchir d'une époque à l'autre une étape nouvelle et improbable dans la barbarie et l'abjection. Des touristes en route vers quelque plage du Sud ou paysage qu'ils rêvaient pittoresque erraient dans les rues perpendiculaires, leur affliction tout juste contenue. Des gosses asthmatiques jouent au ballon dans la poussière rouge des rues. Des vieillards osseux fument sur le pas des maisons, toussent et crachent à leurs pieds des glaires sombres. Ici, dit Isabel, ne pose la question de comment il crèvera. Les fumées des camions, les fumées des sucreries, les fumées de la décharge à la sortie de la ville. Un jour ou l'autre, tu finis par cracher un bout de poumon. Reste juste à savoir quand. Pour tuer le temps, les touristes rejoignent aux tables des gargotes ou des petits hôtels les hommes et les femmes du coin et s'enivrent avec eux sous le soleil implacable. » pages 120-121

 

Je pourrais vous citer des passages à n'en plus finir, j'en ai notés tant d'autres, mais arrêtons-nous là et savourons ceux-ci. Vous la voyez, vous l'entendez, vous la sentez, vous la ressentez, la langue impressionnante de Jean-Baptiste Del Amo ?

Que vous ayez déjà dévoré Une éducation libertine (Goncourt du Premier Roman ô combien mérité) et Le Sel, que vous ne connaissiez pas encore cet écrivain, jetez-vous sur Pornographia, hallucinant de maîtrise, de sensualité, de pourriture et de génie.

Et ne me dîtes plus qu'en France on n'a plus d'écrivains depuis le dix-neuvième siècle.

Voir les commentaires

Jean-Luc Coatalem, Nouilles froides à Pyongyang, récit de voyage, 230 pages, Grasset, janvier 2013, 17,60€ **

Publié le par Sébastien Almira

 

coatalem.jpg

 

Écrivain-voyageur, journaliste, auteur du Dernier roi d'Angkor, Jean-Luc Coatalem s'est fait passé pour un promotteur de voyage afin de pouvoir pénétrer en Corée du Nord. Dans Nouilles froides à Pyongyang, il relate cette expérience unique, qu'il a vécu avec un ami en mal d'émotions et de voyage.

 

D'après Noémi du blog Pop-Corn et Marque-Page (article ici), on n'apprend rien avec ce livre si on a déjà lu des témoignages sur le sujet. Je n'en avais pas lus, j'avais seulement entendu par-ci par-là quelques infos saugrenue sur ce bout de pays qui l'est tout autant, si ce n'est plus.

Car ce que j'ai lu dans ce récit-roman de voyage est à la limite de l'absurde. Même en connaissant un peu le sujet, je n'ai pu m'empêcher d'être surpris par les anecdotes aberrantes de Jean-Luc Coatalem. Entre le programme officiel qui ne supporte aucun changement, les autoroutes à huit voies sur lesquelles aucun véhicule ne circule, les restaurants gastronomiques qui servent des quarts de champignons bouillis ou des algues et les agents du gouvernements se faisant passer pour des religieux afin d'arrêter les croyants qui se rendraient en catimini, il y a de quoi, au choix, rire ou s'offusquer de la politique et de la vie nord-coréennes.

L'écriture est agréable, sans lourdeur, elle accompagne comme il faut cet incongru voyage. Mais pour autant, je n'ai pas accroché autant que je l'espérais. Je pensais être emballé par un expérience de lecture à laquelle je ne suis pas habitué (les récits de voyage), qui plus est à la destination plus qu'intéressante. Mais j'ai même allègrement sauté quelques dizaines de pages, passée la première centaine, par désintérêt.

 

À lire si le sujet vous intéresse sans que vous en sachiez déjà beaucoup. Je ne le vous déconseille pas vraiment, mais je ne vous le conseille pas vivement non plus.

 

 

Merci toutefois à Lucie Roblot des éditions Grasset pour l'envoi de ce livre.

Voir les commentaires

Zazie, Cyclo, 11 titres, Mercury, mars 2013, 17€ (édition simple), 20€ (édition limitée CD + Blue-Ray Pure Audio) ***

Publié le par Sébastien Almira

 

cover-zazie_cyclo.jpg

 

Après 20 ans de carrière, quelques millions de disques vendus et une pléiade de tubes (Zen, Larsen, Un point c'est toi, Tout le monde, Rue de la paix, À ma place, Rodéo, Je suis un homme...), Zazie est re retour avec un huitième album. C'est l'occasion pour moi de reprendre du service dans la catégorie musique de ce blog.

 

À l'image de l'affreuse pochette (sérieusement, où sont passées la créativité, l'originalité et la beauté d'un Rodéo, d'un Zest Of ou de 7 ?), Cyclo est un album aux attraits plutôt sobres et tristes. Dans la continuité de l'album Totem avec beaucoup de balades désespérées, de musiques dépouillées et quelques tires up tempo, ici électro mais qui n'ont pas la trempe et le potentiel d'un Rue de la paix ou d'un Larsen. C'est ce qui m'ennuie un peu avec ce nouvel album. Il se dégage habituellement une dose d'énergie que Zazie fait littéralement exploser en concert, car la dame est là pour s'amuser et donner la patate à tout le monde lorsqu'elle est sur scène. Mais cette fois, je me demande quel rendu va avoir ce Cyclo qui comporte trois titres dansant seulement sur onze lors de la tournée des Zénith en novembre-décembre (voir dates plus bas).

 

On dit pas “Madame”

On dit “Mademoiselle”

C'est comme ça qu'on appelle

Les danseuses, les poètes,

Les peintres, les modèles

Je suis un peu comme elles

Pas de bague à mon doigt

De plomb dans la cervelle

Mais si tu veux de moi

J'essaierai d'être celle

Qui fera ton bonheur

Les jolis papillons

Ne cherchent pas ailleurs

Ce qu'ils trouvent à la maison

Mademoiselle (Zazie / Phil Baron)

 

Malgré mon manque d'enthousiasme actuel, l'album recèle tout de même de quelques perles. Notamment la très jolie Mademoiselle qui me fait penser à de la variété chic à la Brel, Barbara et autre Aznavour, les puissantes et croissantes balades Si tu viens et Je ne sais pas (sorte de Homme sweet homme 2.0)   et l'entraînant 20 ans, qui m'enchantent à chaque écoute.

Certains s'endormiront sur Les contraires, un belle chanson mais un très mauvais choix de premier extrait, sur Cyclo, qui met trop de temps avant d'exister et d'intéresser, ou plus généralement sur la fin de l'album dont les titres lents n'ont pas la consistance de Sur toi, On éteint ou Si j'étais moi. Décidément, qu'est-ce que La Zizanie était un excellent album ! D'ailleurs, Cyclo tente d'y ressembler, mais malgré de beaux arrangements et de jolis textes, il n'en atteint pas la perfection.

À l'exception de Mademoiselle et des Contraires, Zazie signe les textes et les musiques de tout l'album, qui a été réalisé par Olivier Coursier du groupe AaRON et mixé par Tony Hoffer (qui a travaillé pour Phoenix, Air, The Kooks ou encore Foster the People).

 

Le rendu est particulièrement soigné (merci Olivier Coursier et Tony Hoffer), les textes sont dignes de Zazie (thèmes habituels : amour, jalousie, déceptions, société de consommation, etc.) et quelques titres sont excellents, mais ça ne suffit par pour que Cyclo soit à la hauteur de Made in love, La Zizanie ou Rodéo.

Vous pouvez découvrir une interview très intéressante de Zazie sur ChartsinFrance et écouter Cyclo sur son site officiel, ZazieOnline.

 

Zazie-Cyclo.jpg

 

 

Tournée Cyclo 2013

(places en vente lundi 18 mars, de 25 à 65€)


Novembre 2013

12 Zénith de Dijon

13 Zénith de Clermont-Ferrand

15 Zénith de Rouen

16 Zénith d'Orléans

20 Zénith de Toulouse

21 Zénith de Montpellier

22 Dôme de Marseille

23 Halle Tony Garnier à Lyon

27 Zénith de Paris

28 Zénith de Paris

29 Zénith de Paris

 

Décembre 2013

3 Zénith de Nantes

4 Patinoire Mériadeck à Bordeaux

6 Forest National de Bruxelles

10 Zénith de Lilles

13 Summum à Grenoble

Voir les commentaires

Sébastien Joanniez, Vampires, cartable et poésie, roman à partir de 9 ans, Rouergue, collection Dacodac, janvier 2013, 7€ ****

Publié le par Sébastien Almira

 

couv-vampires.jpg

 

Un claquement de doigts et tout lui obéit ! Pas besoin d'aller à l'école quand on est fils de sorciers et que la magie s'occupe de tout. Pourtant, il n'a pas envie de dormir toute la journée comme ses parents, pas envie de louper le spectacle de la vie. Lui, il veut apprendre à faire les choses, aller à l'école, jouer, compter, lire et écrire. D'autant qu'il y a La fille, qu'il croise tous les matins sur le chemin de l'école et à qui il n'ose parler...

 

Dans ce court roman pour enfants, on est tour à tour émerveillé par la poésie de l'écriture, par la magie de la famille... Magique (oui, oui, c'est bien le nom de famille de notre petit héros), par le cours des événements et par toutes les choses de la vie qui vont arriver !

 

On dirait Carnaval : les Fées défont leurs tresses dans la salle de bain, les Lutins jouent dans le couloir, les Ogresses préparent un festin dans la cuisine.

On dirait Carnaval, mais c'est le Grand Repas : comme tous les samedis soirs, mes parents réunissent la Famille Magique pour manger, boire et danser jusqu'au bout de cette nuit.

La musique, c'est un groupe de Squelettes aux cheveux longs, la barbe en bataille, qui se décarcassent pour soulever Blanche-Neige du canapé.

Et le Père Noël transpire sous son bonnet.

Les Sept Nains jettent des coups de pelle sur la piste de banque.

Les Sorcières mettent du poison dans les verres et des vers dans les pommes.

Cendrillon enlève ses pantoufles pour danser avec Allah.

Le Petit Prince arrive à dos de mouton.

Mickey embrasse Minnie dans un coin.

King Kong rigole, Bouddha dort.

pages 35-36

 

Magique, c'est bien le mot qui convient. Les premières étaient agréables, sans me transcender. Mais rapidement, j'ai été transporté par le flot magique et poétique de Vampires, cartable et poésie. Un titre à consonance un peu commerciale avec ses vampires qu'on pourra chercher longtemps dans l'histoire, même si le Non (c'est ainsi que sa famille le surnomme parce qu'il ne veut pas utiliser la magie) doit bien avoir un cousin lointain aux dents longues, au teint blafard et assoiffé de sang.

À part ça, tout est magique ! Magique, je le redis, magique !

 

 

Merci à Adèle Leproux des éditions du Rouergue pour l'envoi de ce livre... magique !

Voir les commentaires

Trenton Lee Stewart, Le Mystérieux Cercle Benedict, roman à partir de 11 ans traduit de l'anglais (américain) par Jean-Baptiste Dupin, Bayard Jeunesse, février 2013, 14,90€ ****

Publié le par Sébastien Almira

 

MYSTERIEUX-CERCLE-BENEDICT-LE_ouvrage_large.jpg

 

 

Êtes-vous un enfant surdoué ?

Désireux de profiter d'une

INCROYABLE

OPPORTUNITÉ ?

 

 

Voilà l'annonce farfelue à laquelle Reynie, Kate, Sticky et Constance répondent. Sur des dizaines, voire des centaines de participants, ils ne sont que quatre à être sélectionnés après des épreuves aussi drôles qu'étranges. Leur point commun ? Chacun est orphelin à sa façon.

Mr Benedict, leur recruteur, leur propose une mission dangereuse : infiltrer une pension dirigée par un savant fou soupçonné de mettre au point un système de contrôle des esprits afin de mettre le monde à ses pieds. Ils devront recueillir le maximum d'informations afin de déjouer ses plans machiavéliques, quitte à prendre de gros risques...

 

On trouve une belle galerie de personnages principaux. Sticky, de son vrai nom George Washington, dont la mémoire infaillible le rend plus intelligent que la plupart des adultes. Kate la frondeuse, toujours prête pour l'aventure, et jamais sans son seau, qui regorge d'armes et outils en tout genre. Constance Contraire, une minuscule fillette experte dans l'art de râler, de ronchonner, de bougonner, de marmonner. Reynie, qui croit manquer de courage et qui devient sans s'en rendre compte le centre de ce petit groupe. Mr Benedict, un vieil homme narcoleptique (il s'endort lorsque ses émotions sont trop fortes) d'une intelligence et d'une gentillesse sans égal. Etc.

 

« - À vous entendre, on dirait qu'il n'y a aucune règle ici, remarqua Sticky.

- C'est vrai, George, répondit Jillson. Pratiquement aucune. Vous pouvez vous habiller comme vous voulez, pourvu que vous ayez un pantalon, une chemise et des chaussures. Vous pouvez faire votre toilette aussi souvent que vous voulez, ou jamais, du moment que vous êtes propres pour aller en classe. Vous pouvez manger ce que vous voulez, et quand vous voulez, durant les heures d'ouverture du réfectoire. Le soir, vous pouvez éteindre aussi tard que vous voulez avant dix heures. Et vous pouvez vous promener où vous voulez dans l'enceinte de la Pension, tant que vous ne quittez pas les allées et les couloirs à la bande jaune. » page 193

 

Entre les épreuves concoctées par Mr Benedict, les règles de la pension aussi drôles que saugrenues (voir extrait ci-dessus), les mystères, devinettes et autres indices qui entretiennent le suspense jusqu'à la fin et l'écriture élégante et simple de Trenton Lee Stewart, Le Mystérieux Cercle Benedict séduira celles et ceux qui, à partir de 11-12 ans, cherchent un roman d'aventures, de suspense et d'humour qui a un sens et qui emporte dans un univers que l'on ne veut plus quitter, même lorsqu'il est tard, même lorsqu'on a faim, même lorsque les personnages sont en difficulté... un roman magique quoi !

 

 

site officiel (anglais) où je viens d'apprendre qu'il ya a au moins quatre tomes !

http://mysteriousbenedictsociety.com/

Voir les commentaires

Le cinéma de janvier-février 2013 (Le monde de Charlie / Lincoln / Flight / Happiness Therapy)

Publié le par Sébastien Almira

 

Avec un retard sans nom, voilà que je vous reparle de cinéma, pour la première fois de l'année. En fait, fin janvier j'attendis de voir Django pour faire mon article, et puis je n'étais presque pas allé au cinéma du mois. Et, honte à moi, vous pourrez voir dans cet article que je ne l'ai toujours pas vu...

 

 

Le-Monde-de-Charlie-affiche.jpgLe Monde de Charlie, de Stephen Chbosky, 1h40 *****

Adapté du roman nouvellement éponyme (Originellement publié sous le titre de Pas raccord aux éditions Sarbacane, épuisé de puis quelques mois, il a été retiré en fin d'année sous le titre du film) par l'auteur lui-même, Le Monde de Charlie pourrait être un film d'ado comme tant d'autres. Mais c'était sans compter sur des personnages atypiques. Charlie, que l'on croit légèrement autiste, est rejeté par ses camarades jusqu'à ce qu'il rencontre Patrick et Sam, deux marginaux hauts en couleurs qui n'ont peur de rien. Avec eux, il découvre, l'amitié, la fête, le sexe, le bonheur, etc. Mais son passé est toujours là pour le rattraper...

Tour à tour touchant, festif, déluré, étonnant et grave, Le Monde de Charlie est un gros coup de cœur de ce début d'année. La bande originale et les acteurs (même Emma Watson) sont parfaits, le scénario n'en finit jamais de dévoiler de nouveaux éléments, jusqu'à ce que le teen movie original auquel on pensait assister devienne tout autre. Magnifique.

 

 

LINCOLN-Affiche-750x1000.jpgLincoln, de Steven Spielberg, 2h30 (ah, j'aurais dit plus...) **

Daniel Day-Lewis est impressionnant. Voilà, c'est à peu près tout ce que je dirai de positif sur Lincoln. Alors, oui, l'image est belle, Spielberg n'est pas le premier venu. Mais à vouloir en faire trop, il est complètement passé à côté du public. C'est trop lent, et trop long. Deux heures trente qui se déroulent à l'infini sous yeux fatigués, entre un Lincoln voûté qui regarde dans le vide et d'interminables scènes entre hommes en costume. Et puis, l'actrice jouant sa femme (Sally Field) est tellement énervante et mauvaise...

Alors je vais vous éviter de perdre du temps en vous annonçant que la loi abolissant l'esclavage a été abolie et la guerre civile qui déchirait le pays a été arrêtée à la fin du film. Ne me remerciez pas.

 

 

flight.jpgFlight, de Robert Zemeckis, 2h15 **

Denzel Washington joue un pilote d'avion alcoolique qui parvient miraculeusement à faire atterrir son avion alors que les conditions météorologiques et mécaniques promettaient une mort certaine à tous à bord, ne faisant que six morts (scène impressionnante et flippante). Enquête donc, il y a, et on se rend compte qu'il était peut-êre sous l'emprise de drogue et d'alcool. Passant du statut de héros à celui d'alcoolique responsable de la mort de six personnes, il se bat pour être innocenté.

Intéressant et bien joué jusqu'à ce qu'une morale religieuse à deux balles (alors que le héros n'a pas cru en Dieu pendant 45 ans) vienne couler le film.

 

 

Happiness-Therapy-Affiche-France.jpgHappiness Therapy, de David O. Russel, 1h50 ***

Pat (Bradley Cooper) a tout perdu (sa maison, son travail, sa femme) lorsqu'il a surpris celle-ci dans les bras de son amant sur la chanson de leur mariage, et qu'il a pété les plombs. Sorti de l'hôpital psychiatrique, il revient vivre chez ses parents et tente de refaire surface, toujours persuadé qu'il va reconquérir sa femme. Il rencontre Tiffany (Jennifer Lawrence, parfaite, Oscar de la meilleure actrice pour le rôle), mentalement perturbée aussi et passent un marché : elle l'aide à retrouver sa femme, il l'aide à danser pour un concours. Mais...

Les personnages sont attachants, les acteurs très bons, le scénario pas très original mais sympathique et intelligent. Ça se laisse regarder sans problème, et ça se laisse aussi bien apprécier !

Voir les commentaires

Géraldine Barbe, L'invité surprise, roman à partir de 9 ans, 70 pages, Rouergue, collection Dacodac, janvier 2013, 7€ ****

Publié le par Sébastien Almira

 

invite.jpg

 

« Je croyais que ce serait facile comme langue, qu'il suffisait de rajouter des o et des a un peu partout pour se faire comprendre, mais en fait ça ne marche pas du tout comme ça, en tout cas, pas avec Mme Pepita. Roméo, lui, il est super fort en espagnol. Il est fort en plein de langues, Roméo. Sa mère est brésilienne et son père est né aux États-Unis , alors il connaît un tas de gens qui ne parlent pas français. Roméo, c'est son meilleur ami. Il est tout petit et il est très drôle. Même quand il a les boules, il est drôle, parce que, dans sa famille, il se passe toujours des tas de trucs pas croyables. Il n'a pas de frères et sœurs, mais il a des cousins dans plusieurs pays du monde, et quand il en parle, on dirait qu'ils ont des vies pas possibles. Il a même un oncle hyper connu au Brésil parce que c'est un acteur de série télé. Ses parents sont trop cool, c'est presque comme s'ils étaient copains. Ils disent que Roméo est quasiment un homme maintenant, et ils lui laissent faire presque tout tout seul, sans même lui demander ce qu'il fait exactement. Il a de l'argent de poche en double parce que ses parents sont séparés. Il peut s'acheter ce qu'il veut, des baskets, des jeux vidéo, ce qu'il veut. Et surtout, contrairement à moi qui n'y comprends rien, il est balaise en espagnol. » pages 12-13

 

Au Rouergue en janvier sont sortis deux petits romans Dacodac que je lis avec retard, mais dont il faut faut que je vous parle quand même. Le premier, c'est L'invité surprise de Géraldine Barbe, qui avait publié deux romans pour adultes chez Léo Scheer.

 

Sa première incursion dans le monde merveilleux de la littérature jeunesse est une jolie surprise ! Persuadé que sa vie serait plus palpitante, qu'il serait plus fort en espagnol, qu'il n'y aurait plus de dispute le matin parce que sa sœur occupe la salle de bain et que lui se lève trop tard, si ses parents divorçaient, Louis tente de leur faire comprendre qu'ils ont le droit de bien s'aimer et de se séparer quand même et qu'il ne faut pas qu'ils s'en empêchent à cause de leurs enfants. Il essaie alors de provoquer leur séparation en invitant la mère de son meilleur ami Roméo, célibataire et plutôt jolie, et Benjamin Biolay, ami d'enfance et idole de sa mère, à la fête des 40 ans de cette dernière !

Et on se doute qu'un roman jeunesse au Rouergue avec une telle idée de départ va regorger de situations comiques et que rien ne va se passer comme prévu. Évidemment, on n'aura pas tort.

 

« Donc, l'idée, c'est d'amener en douceur mes parents à se séparer, en leur faisant comprendre que ce serait l'occasion pour eux, les adultes, de refaire leur vie et pour nous, les enfants, de nous épanouir. » page 26

 

Le sujet est traité avec beaucoup d'humour et de légèreté, l'écriture est facile et agréable à suivre dès neuf ans (huit, pour les bons lecteurs). Rien de choquant, ne vous inquiétez pas, c'est un vrai bon roman pour enfants, qu'ils aient ou non des parents divorcés ou d'autres problèmes familiaux. À savourer comme un gâteau d'anniversaire !

 

 

Merci à Adèle Leproux des éditions Rouergue pour l'envoi de ce livre !

Voir les commentaires

Timothée de Fombelle, Victoria rêve, roman à partir de 10 ans, 100 pages, illustré par François Place, Gallimard Jeunesse, octobre 2012, 13,50€ ****

Publié le par Sébastien Almira

 

victoria-reve.jpg

 

Honte à moi, grand adorateur de romans pour ados qui n'a toujours pas lu les pourtant très encensés Vango et Tobie Lolness ! En revanche, j'ai le plaisir de vous annoncer que je viens de lire Victoria rêve, le nouveau roman de Timothée de Fombelle, qu'on ne présente plus.

Plus léger, plus court, plus rêveur, l'histoire de Victoria se lit d'une traite. Et non sans plaisir. Victoria est une petite fille déçue par la platitude de la réalité et ses rêves ont l'air tellement plus passionnants qu'elle aimerait bien y passer tout son temps.

 

« Depuis longtemps, Victoria rêvait de dangers, de poursuivants armés, d'amis qui se battraient pour elle à l'épée, de rivières à traverser à la nage traquée par des ours. Oui, des ours. Elle voulait une maison sur pilotis, un bonnet en fourrure, des chevaux sauvages, des missions en Sibérie ou dans l'espace. Elle voulait des parents otages des Pygmées qu'il serait impossible de libérer. Elle rêvait d'un chien qui lui arriverait au menton et la protégerait des lions venue boire dans le lac où elle se laverait une fois par mois, maximum.

Victoria voulait une vie d'aventures, une vie folle, une vie plus grande qu'elle.

Et l'on disait tout autour d'elle : « Victoria rêve. »

Car Victoria habitait rue de la Patinoire, dans la petite ville de Chaise-sur-le-Pont. La ville la plus calme du monde occidental. Elle allait au collège Pierre-Martial, à l'ombre des tours de la cité des Aubépines. Aucun Pygmée n'avait jamais touché à ses parents, qui la forçaient à se laver tous les soirs. Pire encore, aucune créature n'était jamais tombée amoureuse de sa sœur aînée et n'avait eu la bonne idée de l'emmener pour toujours sur sa planète. » pages 7 à 9

 

Jusqu'au jour où des éléments improbables pénètrent sa réalité. Le p'tit Jo la suit la nuit parce qu'il cherche les Trois Cheyennes, la grande horloge du salon disparaît et elle voit son père habillé en cow-boy. Pour Victoria, la grande aventure commence : sa vie devient enfin palpitante !

 

Joliment raconté, joliment illustré, Victoria rêve est un conte pour jeunes et moins jeunes ados rêveurs, qui se lit d'une traite, comme un rêve dont on ne voudrait pas s'échapper. Enchanteur !

Quant à moi, il ne me reste plus qu'à pénétrer le monde de Vango et de Tobie !

 

cheyennes.jpg

Voir les commentaires

Mohamed S. al-Azab, Mauvaises pensées, roman traduit de l'arabe (Égypte) par Emmanuel Varlet, 120 pages, Seuil, février 2013, 16€ **

Publié le par Sébastien Almira

 

mauvaises-passes.jpg

 

À la manière d'Abdellah Taïa il y a quelques mois avec Infidèles, au Seuil également (lire critique), voici un roman complètement anecdotique sur le monde arabe.

Plutôt bien écrit, narré à la deuxième personne du singulier, au présent comme au futur, Mauvaises passes raconte l'histoire de Mohamed Ibrahim, un Cairote d'une vingtaine d'années qui prend une chambre en coloc avec un ami en centre ville afin de pourvoir à leurs besoins sexuels en toute tranquillité, malgré le mariage prochainement prévu avec sa cousine Hind.

 

Honnêtement, la quatrième de couverture est plus complexe que le roman. En cent-vingt pages imprimés en caractères à peine moins gros que chez Nothomb, Mohamed S. al-Azab raconte les difficultés de trouver un logement, les mœurs conservatrices d'un pays en lambeaux et de familles bridées par la religion, la sexualité inassouvie de la population.

Et c'est intéressant, parfois même presque drôle, mais dieu que c'est rapidement balancé ! Mauvaises passes donne l'impression d'un mémoire sur la vie cairote pas tout à fait fini, un peu bâclé. Un brouillon. Un brouillon bien ficelé, bien mené, mais pas assez touffu.

N'en reste pas grand chose une fois refermé, malgré de bons ingrédients et de bons arguments.

 

« La chambre ne leur plaira pas du tout. Ta mère restera interdite devant la vulgarité des femmes assises devant l'immeuble et ses yeux lanceront des éclairs. Sur le moment, elle se gardera de tout commentaire, mais éclatera au cours du repas :

« Quel être sensé abandonnerait la maison de ses parents pour s'installer dans un cloaque pareil ?! »

Elle se verra aussitôt interrompue par les rires indulgents de ton père, lequel te connaît assez pour savoir que tu ne resteras pas ici bien longtemps.

Hind se sentira un peu perdue dans ces murs. Elle se contentera d'écouter les autres, muette, et de mastiquer lentement.

En fin d'après-midi, ta famille repartira à Madinet el-Salam et toi tu prendras le bus d'Aïn Shams pour raccompagner Hind chez elle. Dans l'entrée de son immeuble, elle te dira :

« Cette histoire de chambre ne me dit rien qui vaille. Franchement, je commence à douter de toi. »

Tu te mettras à rire en lui donnant de petites tapes dans le dos et elle te repoussera gentiment avant de s'engager dans l'escalier – ne pouvant voir son visage, tu ne sauras pas si, à cet instant, elle partage ou non ton hilarité. » page 15-16

 

Merci toutefois aux éditions du Seuil pour l'envoi de ce livre.

Voir les commentaires