Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pascal Voisine, Mon gamin, premier roman, 230 pages, Calmann-Lévy, août 2017, 17,50€ *

Publié le par Sébastien Almira

Pascal Voisine, Mon gamin, premier roman, 230 pages, Calmann-Lévy, août 2017, 17,50€ *

C'est à l'occasion d'un tournage que Pascal Voisin découvre l'univers de la psychiatrie. Venu pour quelques semaines, il est tant fasciné qu'il y reste huit ans. Il en tire son premier roman, coup de cœur chez Cultura.

« 8 août 2017 : La dernière personne qui connaissait un fragment de la vérité vient de mourir. Emelyne Perrault, épouse Poivet, née le 19 avril 1953 à Juvancy-le-Château en Picardie, s'est tuée à bicyclette il y a cinq jours lors d'une promenade sur les bords de l'Oise. » page 9

Emelyne, c'est la belle-mère de Thierry, devenu Marc Alder, chanteur à succès. En revenant sur les terres natales qu'il a quittées quarante ans plus tôt, il se remémore son enfance, son adolescence, son amitié avec Francis et le fameux incident du mercredi 17 août 1977.
Je dois déjà vous barber... Il faut dire que le roman n'est pas passionnant non plus.


Thierry est le fils du directeur de l'hôpital psychiatrique du village, Francis un patient abandonné par ses parents une vingtaine d'années plus tôt devant l'entrée (c'était un jeu, il devait rester le plus longtemps possible à attendre sur le banc. Jusqu'à ce qu'une infirmière vienne le récupérer en pleine nuit). Il l'a vu grandir et l'appelle « mon gamin ».
Thierry est solitaire, Francis rejeté, ils deviennent quasi inséparables.

Jusqu'au fameux 17 août 1977 dont on entend souvent parler. Quelle catastrophe a bien pu avoir lieu dans ce village peuplé aux trois quarts par des fous ? Quel rôle tenait la jeune et jolie belle-mère de Thierry ? Qu'est-il arrivé à Francis ? Jusqu'où ira l'animosité de certains villageois (décidément, les vilains villageois sont un sujet récurrent sur le blog !) ?

Si cette ode à la différence se veut à suspense, le ton est aussi mou que touchant et nimbé d'humour. Si les personnages de Francis et de Thierry (avant l'incident) sont attendrissants et l'intrigue pas trop mal troussée, je n'ai à aucun moment été réellement passionné par Francis, ni par son gamin. Ni par Mon Gamin.

« Après le déjeuner, Thierry et Richard font le tour des chambres. On les suit partout en rigolant et en racontant plein de trucs à Thierry. Richard finit par en avoir marre. Il est gentil mais des fois il crie un peu. Enfin tout le monde crie sur nous, on s'est habitués, c'est comme ça. Y a que Thieery qui crie pas. Peut-être que s'il criait un peu plus, il n'aurait pas fait ce qu'il a fait plus tard et je n'en serais pas où j'en suis... Mais bon, je ne suis pas là pour me plaindre. Ce qui est fait est fait. » Richard, page 67

Voir les commentaires

Lydie Salvayre, Tout homme est une nuit, roman, 240 pages, Le Seuil, octobre 2017, 18,50€ ***

Publié le par Sébastien Almira

Lydie Salvayre, Tout homme est une nuit, roman, 240 pages, Le Seuil, octobre 2017, 18,50€ ***

Lauréate du Goncourt en 2014 avec Pas pleurer, Lydie Salvayre est régulièrement acclamée par les médias et les libraires. Je profite de son nouveau roman, Tout homme est une nuit, dont le titre me renverse, pour vous livrer mes impressions.

Le nouveau, l'étranger, le comme-vous-voudrez – pas par son prénom sera toutefois le mieux –, le nouveau donc s'installe dans un village, histoire de se mettre au vert le temps d'un traitement contre le cancer. Il n'est pas jeune, il n'est pas vieux, il n'est pas d'origine étrangère, il n'est pas un rebut de la société, il a trente-cinq ans, il est professeur, il est normal.
Mais dans ce village où il se retire en toute insouciance, seul avec ses livres et sa maladie, tout le monde ne le voit pas de la même manière. Il devra en effet faire face à l'animosité des villageois, dont la peur de l'autre fait de lui un ennemi bien commode.

Alternant les pensées du nouveau, envolées lyriques sur la solitude, la littérature et la nature, mâtinées d'une inquiétude croissante, et les dialogues d'un groupe de villageois au Café des Sports, invectives perpétuelles contre les politique,s les artistes, les chômeurs, les étrangers – les arabes surtout –, les « pédés », insulte favorite des milieux défavorisés et/ou populaires, le tout saupoudré de vin et de pastis, Lydie Salvayre tisse le récit inquiétant d'une tragédie assurée, acérée par des phrases intelligentes, tantôt lyriques, tantôt précieuses d'un côté et des discours lourds et éculés de l'autre.

Le contraste entre les deux narrations amplifie le phénomène d'incompréhension et d'idiotie inhérent aux villageois. En cela, elle fait fort. Le récit, crescendo, est très bien construit.
Deux bémols. Je me suis ennuyé sur quelques dizaines de pages vers le milieu, sautant quelques paragraphes ça et là. Et, sans vous l'expliquer, je suis un peu déçu par la fin même si je la trouve plausible, juste et appropriée.
Au final, Tout homme est une nuit porte bien son nom. Lydie Salvayre aurait pu rythmer un peu plus le récit mais signe un beau texte sur l'incompréhension et la férocité des hommes face à l'inconnu, des hommes entre eux.


 

 



 

 

Voir les commentaires