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Amélie Nothomb, Les prénoms épicènes, roman, 150 pages, Albin Michel, août 2018, 17,50€ *

Publié le par Sébastien Almira

Amélie Nothomb, Les prénoms épicènes, roman, 150 pages, Albin Michel, août 2018, 17,50€ *

Je ne compte plus le nombre de fois où l'on m'a dit « mais quand même, Nothomb, c'est toujours la même chose ! ». Et moi d'argumenter pour la défendre parce que, certes elle avait ses thèmes de prédilection, mais je trouvais réellement que ses livres étaient tous différents.

Mais cette année, je suis contraint de rejoindre leur avis.
J'ai repris le blog avec le roman de la rentrée qui m'a le plus émerveillé, aussi je poursuis avec celui qui m'a le plus déçu.
D'autres romans, dont je ne parlerai peut-être même pas, m'ont déçu bien sûr. Mais je n'en attendais pas grand chose alors que la rentrée littéraire veut encore dire pour moi, libraire venant d'atteindre la trentaine, que j'ai, toujours empli d'excitation, un nouveau Nothomb à découvrir.

Je ne vais pas vous raconter l'histoire parce que je ne sais pas comment en parler sans donner les révélations de la dernière partie et parce que, sans doute, un peu comme Amélie Nothomb, cette fois je n'ai pas vraiment envie de me décarcasser.
Autant l'an dernier, après plusieurs déceptions, j'étais surpris de lire un Nothomb plus mature, un mélange de la noirceur de ses débuts et de personnages, de situations, de constructions, plus fouillés, moins percutants aussi, plus classiques peut-être.
Autant là, tout ce qui fait son sombre charme a disparu. Son cynisme, son humour, son originalité, sa folie : oubliez, vous ne trouverez rien de cela dans Les prénoms épicènes.

Je l'ai dit, j'ai régulièrement été déçu par ses derniers romans, par ses fins en particulier. Une fois tournée la dernière page, il n'est pas rare que l'on se dise « Ah. Ouais. C'est fini. Comme ça. Là. Ok... Bon ben voilà... », on l'a terminé et on l'a aussi vite oublié.
Mais cette année, c'est la première fois que je suis déçu pendant la lecture. Je me suis emmerdé toute la première moitié avant d'être légèrement réveillé par la seconde.
Et une fois fini, ce fut la révélation : ça y est, je trouve aussi qu'elle écrit toujours le même livre. Une histoire de famille, de vengeance, de parents qui n'aiment pas leurs enfants, qui sont toujours soit très beaux soit très laids, dans des hôtels particuliers du septième arrondissement de Paris pleins de champagne.
En espérant que le prochain évite toutes les erreurs de ce mauvais cru et nous rappelle pourquoi on continue à lire cette romancière hors pair quoi qu'il arrive.

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John Boyne, Les fureurs invisibles du cœur, roman traduit de l'anglais (Irlande) par Sophie Aslanides, 580 pages, JC Lattès, août 2018, 23,90€ *****

Publié le par Sébastien Almira

John Boyne, Les fureurs invisibles du cœur, roman traduit de l'anglais (Irlande) par Sophie Aslanides, 580 pages, JC Lattès, août 2018, 23,90€ *****

Je ne sais pas l'impact qu'aura cet article, vu le nombre de mois où j'ai déserté ce blog, mais après avoir terminé Les fureurs invisibles du cœur, je savais que je ne pouvais pas ne rien écrire dessus.
Peut-être que d'autres articles suivront (à vrai dire j'en ai déjà écrit un autre sur papier hier et j'en ai d'autres en prévision), je ne sais pas si je vais faire revivre le blog Culturez-Vous, si ça tiendra seulement la rentrée littéraire ou quelques jours mais, en attendant la suite, vous avez sans doute remarqué les cinq étoiles attribuées à ce roman. Il faut que je vous dise pourquoi.

En travaillant ce texte chez Lattès, les éditeurs se sont dit que contrairement aux autres années, ils ne pouvaient pas sortir plusieurs romans étrangers pendant la rentrée. Non, ils ont choisi de se concentrer uniquement sur celui-ci, tellement persuadés qu'ils tenaient là une merveille.
J'espère que leur travail portera ses fruits car Les fureurs invisibles du cœur est une merveille comme il ne nous est pas si souvent donné d'en lire.

Cyril Avery naît en 1945 en Irlande d'une fille-mère qui l'abandonne à une sœur rédemptionniste bossue qui le confie à un couple d'excentriques dublinois (elle écrit des romans en priant pour ne jamais connaître la honte d'être célèbre, dans un bureau enfumé de ses cigarettes qu'elle ne quitte que très rarement, et il se retrouve régulièrement en prison pour ses activités de banquier un peu trop impliqué et connaisseur des moindres failles, tout en faisant bien comprendre dès qu'il le peut à Cyril qu'il n'est pas un vrai Avery et ne le sera jamais).
Après ça, il va arriver beaucoup de choses à Cyril Avery. Vraiment beaucoup.
Ce sera tendre, joyeux, bienveillant, salvateur, mais aussi douloureux, angoissant, cruel, accablant.

Je me retournai vers le patient et nos regards se croisèrent. La surprise provoqua dans mon corps un soubresaut si puissant que je fus forcé de me cramponner au rebord de la fenêtre. Il n'était pas plus âgé que moi mais presque complètement chauve, quelques pauvres mèches de cheveux restaient collées sur son crâne. Ses joues étaient creuses, ainsi que ses orbites, et un hématome hideux d'un rouge violacé dessinait un ovale sur son menton et dans son cou. Une phrase me revint en mémoire, quelque chose que Hannah Harendt avait dit un jour à propos du poète Auden : la vie avait gravé les fureurs invisibles de son cœur sur son visage.

Les fureurs invisibles du cœur, page 403

Tous les sept ans jusqu'en 2015, on suit Cyril, on rit avec Cyril, on pleure pour Cyril, on est Cyril, tant John Boyne et sa traductrice ont du talent. Chaque partie saute sept ans et ainsi le récit se renouvelle toujours. Jamais on ne se lasse.

La violence de l'Irlande des années cinquante, soixante, l'Europe moderne, l'apparition du Sida, les mariages, les enterrements, les liaisons néfastes, l'évolution des mœurs (ou pas), les amitiés qui se font et se défont, les amours inespérées, l'homosexualité, les crimes et les châtiments, avec l'histoire de plusieurs générations qui gravitent autour de notre héros dans une Irlande puritaine gouverné par l’Église face au reste d'un monde en plein renouvellement : John Boyne tisse une épopée extravagante, sombre et merveilleuse qu'on ne peut pas lâcher.
La traductrice, Sophie Aslanides, a effectué un travail remarquable, rendant grâce à l'art exquis du dialogue (ces scènes dans les pubs et ces premières rencontres sont magiques !), aux personnages forts qu'ils soient principaux ou secondaires (son meilleur ami Julian, complètement obsédé par les filles et le sexe et, Oh ! La divine Mrs Goggin !), aux multiples talents de John Boyne.
Ce livre m'a enchanté et bouleversé à chaque page. J'avais envie qu'il ne s'arrête jamais, je vais avoir du mal à passer au suivant...

 

John Boyne, Les fureurs invisibles du cœur, roman traduit de l'anglais (Irlande) par Sophie Aslanides, 580 pages, JC Lattès, août 2018, 23,90€ *****
John Boyne, Les fureurs invisibles du cœur, roman traduit de l'anglais (Irlande) par Sophie Aslanides, 580 pages, JC Lattès, août 2018, 23,90€ *****

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