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La librairie contre les machines

Publié le par Sébastien Almira

Nouvel article après avoir, pour de multiples raisons, quelque peu délaissé le blog. cette fois, pas de critique littéraire, ni cinématographique, mais un coup de gueule, pourra-t-on dire, contre les fléaux qui s'attaquent à la librairie française et, de ce fait, à la littérature. Rien de prétentieux, seulement mon humble avis !


 

Comment commencer cet article ? Une multitude d'idées m'atteint sans que je sache vraiment par laquelle ouvrir le bal. Alors, une solution simple s'offre à moi : utiliser l'artifice de cette interrogation, qui me mènera forcément quelque part. D'ailleurs, ça y est, je sais comment poursuivre et entamer le sujet. Je disais que l'interrogation me mènera forcément quelque part et je pursuivrai avec une phrase, je le conçois, très bateau : de la même façon qu'on dit que tous les chemins mènent à Rome, j'affirme que, désormais en France, tous les chemins mènent à la Fnac. Il suffit de se promener dans les rues d'une ville de taille moyenne pour tomber sur l'enseigne commerciale se disant porteuse de toutes les cultures. Au lieu de toutes les cultures, on le sait bien, la Fnac développe les rayons qui font tourner le magasin (multimédia et électronique) et réduit petit à petit ceux touchés par la crise. La musique et la vidéo mises à mal par le téléchargement, surtout illégal, mais également légal, depuis plusieurs années et le livre, bien que toujours pas touché par le fléau électronique.


Enfin, on ne peut pas vraiment dire que le marché du livre soit réellement en crise, il se vend sensiblement le même nombre de livres chaque année, les succès sont toujours au rendez-vous (Millénium, L'élégance du hérisson et Marc Lévy en tête, le prouvent), les auteurs de plus en plus productifs (chez Albin Michel, Schmitt, Chattam et Werber publient plusieurs livres par an), etc. Non, on ne peut pas vraiment dire qu'il y a crise. Le problème se trouve, comme pour le disque et la vidéo, du côté d'internet. Non pas avec le téléchargement, mais avec les pure players, tel Amazon, qui tuent la librairie française. Cependant, la Fnac tire toujours son épingle du jeu. Même si elle subit la concurrence d'Amazon et compagnie, elle a vite réagi en offrant sur son site les 5 % autorisés par la loi, ainsi que les frais de port. Face à ça et à l'effervescence de magasins, que peuvent les librairies indépendantes ?

À Aix-en-Provence s'est implantée il y a deux ans une Fnac aux Allées Provençales. Un espace à l'orée du centre-ville, qui accueille depuis deux ans la Fnac, H&M, Jules, Bizzbee, Maisons du Monde, Sephora et autres bijouteries, restaurant italien et fast-food. Le parking construit pour l'occasion est gratuit les quarante-cinq premières minutes. Autant dire qu'une fois la voiture garée, on se complait dans ces allées à dépenser plus de sous que prévu en un temps record et qu'on n'ose même pas penser à s'aventurer plus avant dans Aix, repartant la queue entre les jambes à sa voiture. Le centre n'est pas pour autant déserté, il y a les Aixois, les étudiants et les tout aussi innombrables touristes. Mais il n'est reste pas moins que plusieurs magasins ont d'ores et déjà fermé leurs portes, comme Madison Nuggets, le dernier discaire aixois. Du côté de la librairie, celles spécialisées dans la BD sont au bord du gouffre et celles généralistes accusent plus de 10 % de pertes chacune.

Elles sont trois à se partager la clientèle : Provence et Goulard sur le Cours Mirabeau, Vents du Sud à côté de la Marie. La première est une vraie machine, disposant d'une grande surface de vente et de gros fonds. Caissières à plein temps, vigils, tourniquets à l'entrée, une vraie grande suface. Goulard est l'archétype de la librairie dans laquelle on se sent mal : aucune personnalité, des libraires désagréables, aucune ambiance de fond, aucun plaisir à flâner dans les rayons, mais justement de gros fonds. Vents du Sud est plus petite, plus conviviale, plus attrayante, plus engagée et dispose de gros fonds en jeunesse (photo) et en sciences-humaines. Une vraie librairie de quartier, engagée dans la vie culturelle et aux idées politiques arrêtées qui est, comme ses deux concurrentes, une librairie de premier niveau. Mais contrairement à elles, elle compte beaucoup d'habitués dans sa clientèle. C'est donc celle qui perd le moins de clients. Cependant, elle ne fait pas non plus le poid face à la Fnac et aux ventes internet. Goulard est celle qui chute le plus, ne disposant pas vraiment d'attrait pour attirer le cilent. Ces trois librairies ne sont certes pas sur le point de fermer leurs portes, mais elles se portent moins beaucoup moins bien qu'auparavant.


Et il en va de même partout ailleurs. On ne peut pas dire que la situation est catastrophique, mais elle est tout de même préocuppante. Surtout quand tout se fait au profit d'entreprises telles qu'Amazon et la Fnac, véritables machines de destruction massive. Entrez dans une Fnac après être passé dans une librairie indépendante et comparez ce que vous voyez au rayon livre, l'offre proposée, la façon de ranger, le laisser-aller que l'on peut y trouver. Très bon exemple à Bordeaux, rue Ste-Catherine où le rayon livre est une véritable catastrophe, piles où il ne reste plus qu'un seule livre alors que plusieurs piles s'entassent en réserve, sous les tables, Marc Lévy rangé en nouveauté en février alors qu'on est en pleine rentrée littéraire, un triple panneau remplit de Philippe Sollers alors que la rentrée de janvier compte plus de 500 nouveaux romans et que pas plus d'une vingtaine sont présents sur table, des livres posés n'importe où par les clients et non rangés pas les libraires, des auteurs de langue et/ou de nationalité françaises rangés en littérature étrangère, des vendeurs au compte-goutte qui ne trouvent pas les livres que les clients leur demandent (plusieurs fois, j'ai tendu un exemplaire, qui se touvait pourtant à côté du libraire), etc. Vous l'aurez compris, à travers l'excellent exemple de Bordeaux, il y a vraiment mieux, et de beaucoup, que la Fnac. Alors, arrêtez d'acheter à la Fnac et rendez-vous dans une vraie librairie.


Je ne parle pas de Virgin car il ne faut pas faire l'amalgame. On pourra dire ce qu'on voudra, Virgin n'est pas la Fnac et n'en a pas le fonctionnement. Les rayons librairie de Virgin sont remplis de libraires professionnels et de quelques stagiaires en IUT Métiers du Livre. En plus de disposer de vrais libraires de formation, Virgin forme des étudiants au métier. Les fonds sont parfois légèrement moins importants car les magasins plus petits, mais l'essentiel, et même plus, est bien là, en rayon. L'ambiance y est chaleureuse, les libraires disponibles et informés de ce qui se passe (à la Fnac d'Aix, une libraire à qui j'ai demandé le nouveau roman de Laurent Gaudé, en septembre dernier, ne savait même pas de qui il s'agissait alors que La porte des Enfers était tout de même une des cinq plus grosses nouveautés de la rentrée), toujours là pour vous renseigner alors qu'à la Fnac, il faut faire le tour du magasin pour trouver quelqu'un caché au rayon manga... C'est d'ailleurs le point le plus important chez Virgin : être là, agréble et disponible pour le client. On y sait que c'est ce qui fait la différence, on ne se force pas pour autant, ce n'est pas si difficile de ne pas tirer une gueule de trois kilomètres sur son lieu de travail, mais ça, à la Fnac, on n'a pas encore appris. Chez Virgin, on a également lancé la mode des petits mots sur les livres que les libraires ont adoré. Carine Cavaillon, responsable littérature au Virgin, Place Gambetta à Bordeaux, est à l'origine de ce petit plus qui plait aux clients. Si certains, comme moi, n'aiment pas être conseillés et ne se fient qu'à eux, au risque de passer à côté de merveilles, beaucoup sont sensibles à ces mots et font confiance aux libraires qu'ils côtoient depuis plusieurs années, car les libraires participent à faire vivre l'âme du magasin. Vous aurez peut-être l'impression que j'ai des actions chez Virgin, que je m'emporte un peu trop. Et bien non ! Pour avoir travaillé chez Virgin, je peux vous affirmer que je ne mens nullement et que tout y est réfléchi pour que le client soit entièrement satisfait lorsqu'il repart.

Cela dit, je n'irai pas jusqu'à placer Virgin avec les librairies indépendantes. Même si le fonctionnement de certains des rayons librairies (car je pense que le travail effectué à Bordeaux n'est pas le même partout, Maud Pionica fait tenir les deux étages librairies de manière quasi exemplaire mais tous les Virgin n'ont peut-être pas la chance d'avoir une telle responsable à la tête du rayon librairie) est proche d'une librairie indépendante, Virgin reste une chaîne, le siège, à Paris, a un poids dans la vie de chacun des magasins, aucun ne peut donc faire complètement ce qu'il veut. Il n'y a donc pas à tortiller, Virgin reste une chaîne, mais une chaîne de qualité. Reste à voir si son récent rachat ne changera pas les choses dans le mauvais sens...



Pour conclure cet article, je dirai que si la librairie française a été sauvée de la Fnac par la Loi Lang en 1981, elle est de nouveau en danger, ce n'est un secret pour personne. Si rien n'est fait, elle court à sa perte. Je n'ai aucune idée du temps qui lui reste, je ne suis pas tel spécialiste pour affirmer ce genre de chose, je n'ai pas non plus la prétention de dire ce qu'il faut faire pour sauver une seconde fois la librairie indépendante mais malheureusement, on arrive à un moment de l'histoire que l'on a déjà vécu et il va falloir faire quelque chose d'autrement plus valable qu'un procés contre Amazon pour frais de port offerts afin de voir subsister le patrimoine littéraire français dans nos maisons. Je vais trop loin, pensez-vous ? Mais je l'ai dit tout à l'heure : allez voir ce qui se vend à la Fnac, vous verrez ce qui se vendra plus tard, lorsqu'il n'y aura plus de librairies dignes de ce nom.


Mardi 21 avril 2009

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France 11/10/2011 09:58


Pardonnez ma naïveté, mais sur quelles données vous appuyez-vous pour tenir des propos si subjectifs?


Sébastien Almira 11/10/2011 21:55



Pardonnez la mienne, mais de quoi voulez-vous parler ?


J'ai travaillé dans les librairies dont je parle, je n'invente à priori rien de subjectif.