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Sylvie Germain, Hors Champ, roman, 200 pages, Albin Michel, août 2009, 15 € ****

Publié le par Sébastien Almira

Avec plusieurs jours de retard, voici une nouvelle critique de la rentrée, celle du nouveau Sylvie Germain, toujours chez Albin Michel, après des débuts chez Gallimard. C'est le deuxième dans lequel je me lance, après Magnus, que je n'étais pas parvenu à terminer. Cette fois, je suis allé au bout et ce, merveilleusement !



"A quel point sommes-nous de notre présence
lorsque nous devenons absents ?
A quel point somme-nous de notre absence
lorsque nous nous savons présents ?
"

C'est sur cette citation d'Edmond Jacob que s'ouvre Hors Champ. Dès la deuxième phrase, on rencontre cette fois Kafka, le maître dont le roman est sous la protection. Car Hors Champ est une sorte de réécriture de La Métamorphose. D'aucuns diront que je vais trop loin en parlant de réécriture, j'en conviens, ça n'en est pas une. Disons alors que c'est une variation du roman de Kafka, une variation dans laquelle Sylvie Germain se plait à glisser comme d'accoutumée des personnages et autres sujets qui lui tiennent à coeur, comme "un enfant hors d'âge, hors toute norme", ou encore la Seconde Guerre mondiale, même s'ils ne font que de succinctes apparitions.

Aurélien est un homme qui se réveille non pas au thé ou au café, mais au fromage tartiné sur du pain de seigle et aux cornichons. Depuis que ses voisins du dessus ont pendu leur "crémaillère du vide" (ils se sont débarassé de nombreux objets, dont leur bibliothèque puisqu'ils se sont procuré un e-book), il ne lui arrive que des malheurs (ampoules grillées, penderies pendantes, porte cassée, plus d'encre pour imprimer un travail de titan finalement anéanti par la mort du disque dur, etc.).

Il avait successivement voulu être vétérinaire, archéologue, explorateur, astrophysicien, astronaute, ou encore océanographe, mais "il ne s'est jamais spécialisé et est resté un amateur aux intérêts multiples". Après plusieurs boulots dans un théâtre, puis dans une librairie, il a finalement échoué dans une entreprise commerciale "fonctionnant sept jours sur sept, soumettant ses employés à un emploi du temps plus variable qu'un ciel de mars." Il sort avec une jolie fille nommée Clotilde, avec qui il envisage d'avoir des enfants. Autant dire que tout va bien. Tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, comme dirait l'autre, mais la vie suivait tranquillement son cours comme tout un chacun.

Jusqu'au jour où les problèmes ont commencé. Car, bien entendu, ça ne s'est pas arrêté à une ampoule grillée et une bousculade dans la rue, non. Notre homme souffre de disparition progressive. Comme Gregor Samsa disparaissait de la société en se découvrant cafard au réveil, Aurélien  disparait à son tour aux yeux de tous : passants dans la rue, collègues de bureau, parents et même Clotilde.

La plume de Sylvie Germain, tantôt légère, drôle et poétique (extrait 1), tantôt grave et inquiétante (extrait 2), se marie à la perfection avec la trame du roman, voguant entre réflexion philosophique et récréation fantasque. Elle signe le meilleur roman de la rentrée pour l'instant. Rendez-vous bientôt avec Sébastien Lapaque et Les identités remarquables  publiées chez Actes Sud.

"Dans l'eau de décrassage et de lavage, tout se fait informe et flasque, nappes et torchons s'entortillent, frappent contre le hublot comme de grosses méduses compulsives et furieusement baveuses. Au rinçage, le linge se transforme en brassées d'algues blanches, épaisses, qui ondoient pesamment. Au cours de l'essorage, il s'aplatit, s'allège, pour prendre des allures d'oiseaux lors du séchage. Des albatros de toile, au vol circulaire, emprisonné." (1)

"Lui aussi est prisonnier, de partout, de nulle part, de rien. Séquestré dans l'invisible, dans l'oubli, il pense avec effroi qu'il aurait pu être jeté vif dans l'une de ces machines. Aurait-il enfin repris forme et consistance ? Il en doute. Il n'espère même pas que la mort lui rendra sa visibilité, l'absurdité toucherait à son comble, et au cynisme. Mais il n'a aucune envie de mourir." (2)

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Anis (La librivore) 01/11/2010 16:01


J'ai bien aimé également mais je suis une fervente lectrice, j'essaie de ne pas en rater un seul.


Sébastien Almira 01/11/2010 21:39



J'avais essayé Magnus, sans parvenir à le terminer. Hors Champs m'avait réconcilié avec Sylvie Germain et j'ai commencé l'inaperçu après. Mais idem que pour
Magnus : impossible de le terminer...



albertine 20/08/2009 23:25

Bonjour,

Comme quoi, les goûts et les couleurs ne se discutent pas...pour ma part, je n'ai pas accroché...à bientôt.A