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Le disparition du disque contre le succès du livre

Publié le par Sébastien Almira

Après un article sur la librairie et un autre sur le renouveau du dessin animé, en voilà un troisième que l'on pourrait qualifier "de fond" si l'on n'a pas peur de l'éxagération.

Vous aurez remarqué une disparition progressive des articles littéraires ici (ne vous inquiétez pas, ils reviendront vite !) et l'augmentation de ceux musicaux et cinématographiques, en somme une inversion quantitative depuis la création de ce blog. Mais sur le marché culturel français, je ne m'aventurerai pas à parler de marché mondial car je n'en sais à vrai dire trop rien, c'est le livre qui gagne du terrain et le disque et  le DVD qui s'effondrent lamentablement. Dans les espaces culturels, la place laissée au livre ne diminue pas, elle augmente même parfois. En revanche, celle du disque et de la vidéo ne cesse de se retrécir. Au Virgin Megastore de Bordeaux, place Gambetta, le rayon musique a perdu, en deux ans, un tiers de sa surface au profit de produits dérivés (tee-shirt, mugs, papeterie et autres lampes design, voir photo). Le livre s'impose quant à lui, de plus en plus au rez-de-chaussée où l'on trouve les caisses, les offres promotionnelles et les nouveautés. Au niveau du chiffre d'affaires, c'est la même chose : le livre renfloue les caisses alors qu'il n'avait jamais été considéré auparavant comme le bien culturel principal.

On ne peut pas vraiment dire qu'il le soit aujourd'hui, le nombre de consommateurs restant sensiblement le même. Ce qui change, c'est le type de consommation. Internet a amené une démocratisation progressive du téléchargement, qu'il soit légal ou non. Le marché du disque en a fait les frais en premier, suivi de près par celui de la vidéo. Pourquoi acheter 18 € un CD ou 20 € un DVD que l'on peut télécharger gratuitement sur le net ? C'est en plus très facile (non, ce n'est pas l'expérience qui parle, j'achète les CD et DVD que j'ai envie d'avoir dans mes étagères). Mais du côté du livre, le support papier actuel ne permet pas le téléchargement. Pour le moment, du moins. Car si le livre électronique n'en est qu'à ses premières versions, qu'il est toujours proposé à un tarif excessif et pas démocratisé du tout, il arrivera bien un moment ou il sera comparable à un MP3. Et, à ce moment-là, il se créera sur le net un marché similaire. Puisque le principe du livre électronique est de lire un fichier informatique sur une tablette électronique, l'on pourra alors télécharger sur internet ces fichiers et, fatalement, on le pourra légalement et illégalement. Là, le livre sera également en danger, mais on n'y est pas encore.

Aujourd'hui, le livre porte le marché culturel sur ses épaules. Depuis la Loi Lang en 1981 qui oblige à un prix unique du livre et n'autorise qu'une remise de 5 % de la part des libraires, les fermetures intempestives de librairies indépendantes ont cessé. Les disquaires, eux, n'existent plus. Il n'y a plus que les grandes surfaces (Carrefour, Auchan, etc.) et les chaînes culturelles (Virgin, Fnac, etc.) pour en proposer, à de bien moindres quantités qu'auparavant, bien entendu.

On accuse en France une baisse des ventes audio de 14,2 % au premier semestre 2009 par rapport au premier semestre 2008 et de 56,7 % par rapport au premier semestre 2003. Du côté des CD albums, la baisse est de 11,9 % par rapport à l'année dernière et pour les CD single, la chute est bien plus rude : 40,8 % par rapport à 2008 et 91,5 % par rapport à 2003. Fini le temps où l'on faisait un classement des disques de diamant (plus d'un million d'exemplaires), fini le temps des singles aux ventes mirobolantes, fini le temps des albums qui restaient plus d'un an dans les cinquante meilleures ventes. Désormais, un succès peine à dépasser les 500 000 pour un album, les 50 000 pour un single et quitte le top au bout de quelques semaines. Si Mylène Farmer, Céline Dion Johnny Hallyday et autre Patrick Bruel dépassaient systématiquement le million d'exemplaires, atteignant parfois même les deux millions (L'autre de Mylène Farmer, Entre-Deux de Patrick Bruel, Sang pour sang de Johnny Hallyday, D'eux de Céline Dion ou encore Boucan d'Enfer de Renaud) désormais, ils se contentent de chiffres de ventes assez patauds, la Dion ne devant plus dépasser les 200 000 exemplaires pour un album et les 10 000 pour un single ou encore Mylène Farmer dont les deux derniers albums se sont vendus à peu près à 600 000 exemplaires et dont les singles du dernier album Point de Suture se sont tous imposés à la première place, en faisant la seule artiste française à avoir plus de cinq #1 en France (elle en a neuf), mais ne dépassent pas les 60 000
exemplaires.

En revanche, le livre fait face à la crise en augmentant de 1 à 4 % son volume de ventes chaque année. L'absence de téléchargement possible y est pour quelque chose. Mais si l'on prend en compte la crise économique française, on pourra certainement en tirer quelque chose du côté du public. Les acheteurs de livres sont , dans l'ensemble, en effet plus aisés que ceux de musique et de vidéo. Ils continuent donc à acheter, car ils sont moins ou pas du tout touchés par cette crise. De plus, je m'avance peut-être beaucoup en écrivant ceci, mais un consommateur de musiques ou de films aura moins de mal à baisser son budget CD ou DVD qu'un amateur de livres. Ce dernier préfèrera privilégier le livre à d'autres biens culturels ou baisser un budget comme celui des vêtements et de l'équipement ménager.

En somme, le livre n'est pas encore en danger, le disque et la vidéo sont en voie d'extinction, les grandes surfaces culturelles subsistent grâce au succès du livre, les consommateurs de livres seraient plus aisés (à voir tout de même), Mylène Farmer aligne les #1 mais vend deux fois moins d'albums et cinq à vingt fois moins de singles !

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