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Abdellah Taïa, Infidèles, roman, 180 pages, Seuil, août 2012, 16,50 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

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Auteur de L'Armée du Salut et du Jour du Roi (Prix de Flore 2010), Abdellah Taïa est le chef de file de la jeune littérature maghrébine. Vu comme un infidèle par les islamistes, il est adulé par les jeunes et les modernistes. Son credo ? Prôner la liberté, toutes les libertés. La liberté de penser, de dire, d'agir, d'être.

 

Dans Infidèles, il raconte l'histoire d'une mère et son fils. Deux Marocains qui finiront par fuir en Égypte, à la recherche de la liberté, de leur salut. Jallal aide sa mère, Slima, à trouver des hommes. Car, comme sa mère adoptive, Slima est prostituée et introductrice. Elle vends son corps et elle aide les jeunes mariés à réussir leur nuit de noces, quitte à masturber le mari pour le faire bander et à introduire elle-même son sexe dans le vagin vierge de la mariée.

Il y a cette réalité, déjà terrible, puis celle d'après. La souffrance des conséquences d'un métier à risques, d'une jeunesse perdue, de vies éteintes qui ne s'illuminent qu'en présence de l'autre et de ce mystérieux soldat qui partage leur adoration pour Marilyn Monroe et ne leur causera pas que du bien.

Puis il y aura deux rencontres, l'un après l'autre, qui bouleverseront irrévocablement leur vie : deux belges convertis à l'Islam. Hasard ? Lumière ou ombre ?

 

« Et d'où cette rumeur est-elle partie ? Tu le sais ? Du Maroc, j'imagine. Elle n'a pas pu naïtre ailleurs. Il n'y a que ce pays pour pousser à ce point-là ses citoyens vers le précipice. Tenter de détruire coûte que coûte. Les poursuivre partout de sa malédiction. Je ne sais pas si Samira Saïd (chanteuse marocaine ayant elle aussi fui en Égypte) a couché ou non avec ces pétrodollars, mais elle a eu en tout cas raison de quitter le Maroc. On fait tout pour vous arrêter, vous contrôler, vous maintenir petit, petite. Là-bas, on vous oblige à vous prostituer, on vous prend votre argent, et, après, on vous renie, on vous traite de salope, de femme indigne, de mécréante. Mais ce sont eux les mécréants. Des êtres sans cœur. Je suis sûre que Samira Saïa n'a pas fait ce film porno. Les Marocains, enragés maintenant qu'ils n'ont plus prise sur elle, ont inventé cette histoire. Ils ne comprennent pas qu'on aille ailleurs et qu'on s'y épanouisse. Cela les dépasse. Tout de suite, on vous considère comme un traître. Elle a eu raison de partir et d'aller contre tous. D'aller loin. Et si, pour eux, réussir c'est devenir une pute, alors toutes les Marocaines sont des putes. » page 85

 

taia

 

Abdellah Taïa n'y va pas de main morte dans cette chronique accablante du Maroc à travers une mère et un fils pas comme les autres. Sans peur de la cruauté et de la vulgarité, il dresse un portrait sans concession d'un pays à la dérive, de vies à l'abandon.

Tel une Christine Angot, il commence son récit de manière très déplaisante : des phrases courtes. Très courtes. Des phrases courtes et répétitives. Très. Comme je le fais. Comme ça. Et c'est énervant. Très. Il se rattrape néanmoins par la suite en revenant à une écriture plus fluide, moins saccadé, plus agréable, jusqu'au final original, sur un ton moins grave, presque drôle.

Il s'agit d'un beau roman, qui peut bouleverser comme n'avoir aucun effet. Ce sera un juste milieu pour moi. Pas une lecture indispensable, mais un roman important pour dire une réalité qu'on ne connait pas entièrement, un roman qui peut en toucher plus d'un, plus d'une.

 

« Casablanca avait en elle, dans son ventre, huit millions de Marocains qui venaient de partout. Du Rif. De l'Atlas. De Fès. De Taourit. D'Errachidia. De la Chaouia. De Doukkala. Des Arabes. Des Berbères. Des ivrognes. Des ambitieux. Des prostituées. Beaucoup de prostituées. Des âmes perdues. La jungle. La folie. L'injustice partout, jour et nuit. L'arrogance. La perversion. L'Argent-roi. Le crime pour loi. Rien de romantique. Tout était sale. Tout était pourri. Tout était en train de disparaître, de s'effondrer. Tout était échec. Tout était fermé. Y compris les portes de Dieu. Tout était meurtre. Meurtres. Casablanca était une ville triste. Plus qu'ailleurs au Maroc, la tristesse profonde, inguérissable, avait envahi tout dans cette ville. L'espoir n'existait plus. L'Islam libre, ouvert, n'existait plus. L'amour y était inconnu, étranger, désespéré. » pages 157-158

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Philisine Cave 02/09/2012 16:25


Tu vois, clairement , à te lire, je sens que le nouvel opus d'Abdellah Taïa ne verra pas la couleur de mes yeux. Très clairement, je n'ai vraiment pas apprécié la lecture de Le jour du roi (et je
constate les mêmes défauts que ceux que tu dénonces). Bref un rejet total de l'écriture. Il faudrait qu'il commence, un jour, par la fin de ses bouquins !