Alexandra Varrin, C'est Maman qui a tué le Père-Noël, roman, 200 pages, septembre 2012, Léo Scheer, 20 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

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À moins qu'on m'en ait fait lire à mon insu, ce n'est que le second auteur Léo Scheer que je lis, après Nathalie Rheims. Nathalie Rheims et son mauvais L'ombre des autres (jamais lu autant de répétitions, de lourdeurs, de mauvaises ficelles et d'erreurs typographiques et grammaticales dans un seul livre) dont le projet d'adaptation cinématographique avec Mylène Farmer dans le rôle phare traine depuis des années, Nathalie Rheims et son assez bon Chemin des sortilèges (aurait-elle pris des cours d'écriture entre temps ?). Il se trouve d'ailleurs que pour cette deuxième fois, j'ai encore choisi une blonde, à la coiffe certes moins extravagante.

Celle-ci s'appelle Alexandra Varrin et je ne la connaissais pas avant qu'elle figure dans la sélection des trente meilleurs romans de la rentrée sélectionnés par les libraires Virgin (je suis d'ailleurs bien content d'avoir aidé à y faire figurer  Ciseaux, Rêveurs et Je suis la Marquise de Carabas). Mais son roman avait l'air pas mal : un huis-clos tragi-comique pendant les fêtes de Noël, avec la fille, la mère et la grand-mère.

Ça peut ressembler à du déjà-vu, me direz-vous, mais je m'en fiche puisque je n'en ai pas encore vu, ni lu. Ça s'annonçait donc plutôt bien, je m'attendais à pas mal rire et ça me suffisait pour sortir de ma lecture glauque et quelque peu poisseuse du néanmoins très bon Snuff de Pahlaniuk.

 

On fait d'abord la connaissance d'Alice, 27 ans si je me souviens bien, chômeuse parisienne quasi anorexique, que la perspective de retrouver sa mère et sa grand-mère n'enchante que très peu et qui manque de rater son train pour cause de nuit certainement très chaude avec l'homme qu'elle ne parvient pas à qualifier. Ça la travaille un peu : qu'est-ce qu'une relation? comment faire confiance ? que suis-je pour lui ?...

Ensuite, c'est au tour de Danièle, la mère. Caractérielle, célibataire malgré elle, elle passe ses journées sur un tchat à jouer aux adolescentes d'aujourd'hui : elle se dispute et lance des rumeurs sur d'autres quadras tout aussi hystériques qu'elle. En sur-poids, elle ne supporte pas que sa fille soit plus mince qu'elle. Pas de chance, pour son retour Alice a encore maigri.

Enfin, on rencontre Berthe. Une grand-mère acariâtre qui vénère son mari depuis qu'elle en est la veuve. Ça lui fait une personne en moins à détester, lui lancera sa petite-fille. Complètement lunatique, elle veut être seule mais entourée, elle joue la mourante devant sa descendance pour se faire plaindre alors qu'elle s'amuse comme une petite folle chez sa sœur et fait preuve d'une radinerie extrême malgré 300 000 € sur son compte épargne. Elle est l'archétype de la vieille chieuse qui se respecte.

Maintenant que la famille Deschain est au grand complet, névroses comprises, Joyeux Noël !

 

À vrai dire, vu le résumé que j'en fais, on peut s'attendre à mieux. Ce n'est pas mauvais mais j'ai mis une bonne cinquantaine de pages avant de rentrer dans l'histoire et je suis resté sur ma faim niveau clash familiaux. Je pensais assister à un véritable festival de disputes, cris, gifles et rires mauvais. Surtout le soir de Noël, ça finit en beauté, mais les prémices auraient pu être plus explosifs.

Le style, incisif,, cru, précis, est là pour mener la danse. On n'est pas censé s'ennuyer. Que ce soit lors de la description d'un personnage ou lors d'un échange verbal, Alexandra Varrin sait y faire : elle vous gifle presque de ses mots, qui claquent pour accroître le côté tranchant des protagonistes et de la situation.

Je le disais, ce n'est pas un mauvais roman. C'est juste que j'ai mis un peu trop longtemps à mon goût à rentrer dans l'histoire et que j'aurais aimé plus d'intensité et de puissance.

 

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« - Qu'est-ce que tu vas encore me reprocher, cette fois, Alice ?

- Tu lui avais laissé ton numéro sur le ticket de caisse, son frère t'avait appelée dans la soirée parce que le pauvre garçon, vingt-deux ans je crois, six de plus que moi, ne parlait pas un mot de français.

- Je me rappelle, merci. On était allées en boîte après, et tu étais bien contente, je te signale.

- À l'époque j'étais prête à tout pour aller en boîte, maman, j'avais seize ans. En tous cas, pendant que tu roulais des pelles à ton kurde, Frangin, qui était l'aîné d'ailleurs, essayait de me tripoter en me mettant la main sur la cuisse. C'était une tellement bonne soirée que je crois qu'elle est dans mon top 5 des plus glauques. Même à l'école de commerce, ça n'a jamais été aussi sordide.

- Tu rigoles ? Tu étais toujours en train de picoler et de faire n'importe quoi avec les garçons quand tu étais dans cette école.

- Au moins tu n'étais pas là.

- Et alors, qu'est-ce que tu essaies de me dire, au final ? Que je suis une mauvaise mère ?

- Grosso mode ? Oui.

- Et bien on verra comment tu te débrouilleras si un jour tu as des gamins et que tu dois les élever toute seule.

- Ah mais dans le doute, je n'en veux pas, moi, des gamins ! Parce qu'on ne fait pas des gosses comme on achète une baguette, tu vois, ça implique des sacrifices et tant qu'on n'est pas sûr qu'on a envie de les faire, je ne comprends pas pourquoi on en ferait, moi, des gamins.

- Tu as raison. Autant que tu n'aies jamais d'enfants, puisque tu n'as même pas été capable de t'occuper de ton chat.

- Toi, en revanche, tu y as excellé. Il a essayé de se suicider au moins cinq fois.

- Pardon ?!

- Je t'en prie. Tu ne crois quand même pas qu'il est tombé du bord de la fenêtre, c'est un chat. Il est évident qu'il a voulu sauter pour en finir.

- Tu es complètement folle.

- Même lui il n'en peut plus, il serait prêt à tout pour s'échapper, tu mets ça sur le compte de la maladresse mais il est évident que ton chat tu l'as rendu dépressif.

La mâchoire d'Alice se contracte pour parer le coup tandis qu'elle remarque du coin de l'oeil l'expression de rage sur le visage de sa mère. La gifle ne la fait presque pas ciller.

- Fais attention à ce que tu dis, Alice. Tu n'es plus une gamine, mais tu vois : ça ne m'empêche pas de t'en foutre une quand tu vas trop loin. Ne t'avise plus jamais de dire que je me suis mal occupée du chat, tu m'entends ! PLUS JAMAIS ! » pages 160-161

 

 

Merci à Amandine Maudet des éditions Léo Scheer pour l'envoi de ce livre !

 

P.s. : Alice, elle est fortiche quand même ! Elle rentre dans le train page 16, « elle n'a pas de réservation, mais par chance le compartiment est quasiment vide » et, miracle, dix lignes plus loin, elle dit avoir « oublié de composter (son) billet » au contrôleur, qui « soupire et griffonne quelque chose sur le ticket » avant de le lui rendre !

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Hendiadyn 11/10/2012


Je m'étais arrêtée devant mais suis restée dubitative devant le titre + la photo sur le bandeau de promotion. (qui ont parfois le don de faire très couverture de Cosmo) J'attends un peu, et je le
lirai peut-être pour les fêtes !

Broise 12/10/2012


Dis, vieux, ça doit exister les billets sans réservation, non ? Là, y a pas à tortiller, on est dans la critique de haut vol. Enfin bon.

Ys 14/10/2012


Peut-être que l'auteur a choisi de ne pas donner dans l'hystérique...

Alex V 02/11/2012


Hey there !


Merci pour l'attention et pour la chronique, on vient juste de m'en parler je dois encore être en retard d'un train (d'ailleurs à ce sujet c'est tout à fait possible d'avoir une place sans résa,
enfin perso y a rien qui me choque). 


Pour le reste je rejoins Ys, j'ai pas voulu écrire un règlement de comptes à proprement parler, mais plus faire en sorte que tout le monde puisse s'y reconnaître, enfin que ça amène les gens à
s'interroger éventuellement sur les rapports qu'ils peuvent avoir avec leur famille. 


Cela dit je comprends tout à fait ton/votre point de vue Sébastien et même si je peux pas être totalement d'accord avec parce que ça n'est pas l'effet que j'ai essayé de rendre, je conçois très
bien qu'on aurait pu avoir envie de davantage de cynisme.


Merci encore en tout cas :-)


Pour l'effet "Cosmo" du bandeau, j'suis désolée mais j'y peux pas grand chose ! ;-)


 


Alexandra.


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