Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Antoine Dole, Laisse brûler, roman, 190 pages, Sarbacane, collection Exprim', mars 2010, 15 € **

Publié le par Sébastien Almira

antoine-dole.jpgLa collection EXPRIM', vous connaissez ? Les romans « nouvelle génération » comme romans sonores, nourris de slam, de hip-hop, de rock, de chanson, avec de jeunes auteurs qui dynamitent la langue pour lui donner de nouvelles couleurs, et qui imaginent de vraies fictions tout en gardant un œil sur le réel. Les romans « nouvelle génération » comme romans visuels, puisants dans le cinéma et les séries TV, avec des phrases taillées comme des travellings, des flash-back supersoniques et des cuts cinglants ! Les romans « nouvelle génération » comme romans poétiques, portés par des langues sculptées, malaxées, truffées d'idées et de trouvailles, qu'elles chantent.

Voilà, vous comprenez ce que c'est, maintenant, un roman EXPRIM' ? Alors passons à Laisse brûler, qui m'a fait prendre la réalité EXPRIM' en pleine face !

 

Du haut de ses vingt-neuf ans, Antoine Dole a publié toute sorte de textes (nouvelles, essais, BD, comics et romans) chez des petits éditeurs d'abord : aux éditions du Cygne ou dans des revues, avant de voir éditer son mode d'emploi de la masturbation masculine à La Musardine (dans la collection « Osez... »), et ses récits chez Sarbacane et Au Diable Vauvert.

 

 

Noah ne pense qu'à Julien. Depuis six ans, ça le ronge, ça le détruit. Rien n'a plus d'importance que de se remplir l'esprit de Julien.

Maxime tombe amoureux de Noah mais ne s'en rend compte que lorsque celui-ci le quitte. Avec ces mots : « Il s'appelle Julien ». Dès lors, il ne vit que pour savoir qui est ce Julien, cause de sa rupture.

Julien, animateur-vedette d'une chaîne câblée, ne vit que pour lui-même. Tout ce qui l'intéresse, c'est se taper des beaux gosses qu'il aura sitôt fait d'oublier. Lui aussi ne pense qu'à lui.

Tout converge autour de lui : Noah, Maxime, lui. Et pourtant il ne les connait pas, pas plus qu'il ne se connait lui-même.

 

Construit sous trois narrations distinctes, consacrées à chacun des trois personnages principaux, le récit offre une première partie assez mystérieuse et une seconde, malgré les éclaircissements, sombre. Mystérieuse dans les faits, sombre dans le propos. L'importance primordiale de Julien construite au début du roman se ternit à mesure que celui-ci avance car, dans les chapitres qui lui sont consacrés, on le découvre nu, ligoté à une chaise dans une cave sans lumière. Il perd de sa splendeur et devient aussi vulnérable que les personnages de Noah et de Maxime, voués à broyer du noir à cause de Julien. L'auteur parvient avec justesse à définir l'importance croissante du personnage de Julien et sa chute morale interminable : posé sur un piédestal, il est par la suite négligé, bafoué, brisé par l'intrigue.

 

laisse-bruler.jpgAvec cette écriture revendiquée par les jeunes éditeurs de Sarbacane, hachée, violente, poétique et familière, Antoine Dole tisse un récit à suspense sans ménager nos esprits, que ce soit avec la violence de certains phrasés ou de scènes sexuelles crues. Qui est réellement Julien ? Que s'est-il passé il y a six ans, qui empêche Noah d'avancer ? Qui en veut assez à Julien pour le séquestrer ? Les fils se dénouent pour nous en même temps que pour les protagonistes. Ils découvrent avec nous les secrets de ceux qu'ils côtoient ainsi que leur vraie nature.

 

Se pose après la lecture une toute autre question : qu'est-ce que fait ce roman dans une collection pour ados ? Dès la première page, où du sperme coulait sur la joue de Noah, si je ne m'abuse, la question m'a taraudé. Il a fallut que j'en discute avec deux des éditeurs, dont le directeur de la collection EXPRIM' pour comprendre ce qu'ils désiraient faire de cette collection : des livres qui ne cachent rien aux jeunes. Parce que la vie est ainsi faite, de joies, de bonheurs, de science-fiction, mais surtout de peines, de violences et de réalités, leur but n'est pas de forcer à la lecture des jeunes qui ne sont pas prêts, mais de montrer à ceux qui le sont ce qu'on leur cache bien trop souvent dans la vie comme dans la littérature. Alors, je n'ai plus rien à dire...

 

Blog d'Antoine Dole

Commenter cet article