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Arthur Dreyfus, La synthèse du camphre, roman, 240 pages, Gallimard, mars 2010, 21 € ****

Publié le par Sébastien Almira

Depuis quelques années, il me semble que la célèbre maison Gallimard prend plus de risques en défendant de jeunes auteurs prometteurs, mais dérangeants. Habitué à un certain puritanisme de leur part, je suis étonné de voir en haut de l'affiche en pleine rentrée littéraire des romans aux allures très homosexuelles et loin de l'idéal Gallimard qu'incarnent Ernaux, Modiano ou encore Fottorino, de la littérature blanche, de la littérature vide, qui ne fait ni rêver, ni rire, ni réfléchir. Car avec Jean-Baptiste Del Amo,Une éducation libertine, Tristan Garcia, La meilleure part des hommes (d'autres me passent sous le nez, je ne lis pas tout Gallimard), on est loin de ce qui plait à la ménagère de cinquante ans qui se régale d'un élégant hérisson et des perturbations vaginales d'Annie Ernaux. Ici, la plume est parfaitement maîtrisée, comme Gallimard sait la choisir, mais le propos est cru et dérangeant, voire choquant. La ligne éditoriale de l'illustre maison s'étoffe et laisse plus de place aux jeunes auteurs et aux nouveaux horizons. Comme avec La synthèse du camphre d'Arthur Dreyfus.

 


Dreyfus-Arthur.jpgDu haut de ses vingt-quatre ans, ce dernier a plusieurs réalisations (Un film sans disponible sur DaylyMotion, diffusé sur TPS Star), deux émission de radio sur France Inter (La période bleue et Chantons sous la pluie) et plusieurs collaborations journalistiques (Technikart et Positif) à son actif. Refusé chez Grasset, accepté chez Gallimard et Buchet-Chastel (mais à condition de changements dans le texte pour le deuxième), il est remarqué par Jean-Marie Laclavetine (le même qui s'était intéressé deux ans plus tôt à Jean-Baptiste Del Amo). Son premier roman (pure fiction ou roman autobiographique ?) arrive alors en librairie en mars avec la lourde tâche de se faire remarquer. Quelques bons papiers voient le jour (dont un de Bertrand Delanoë, qui raconte presque tout l'histoire sur son site...) mais ne suffisent, comme souvent, pas pour un premier roman. Le mien n'arrangera pas les choses, mais je me dois de vous parler de ce roman qui mérite un plus grand succès.

 

Assez tergiversé, que je vous parle enfin du livre, des deux histoires, des deux narrations qui s'entrechoquent.

Celle d'abord de Félix et de son frère Victor. Il est en école d'ingénieur, passionné de chimie. Mais la guerre, la Seconde. Alors, les études, il y reviendra peut-être mais, en attendant, c'est la dans la Résistance qu'il met toutes ses forces.

Et celle d'Ernest. Ernest qui tombe amoureux de Chris, garçon de quinze ans qu'il n'a jamais vu,, rencontré sur internet  et dont l'océan Atlantique le sépare. Mais à quinze ans, on croit à tout, même à l'impossible. Et à quinze ans, on ne sait pas ce que la vie nous réserve.

 

Dreyfus.pngMalgré ce que j'ai pu lire, on découvre assez vite les liens qui unissent les deux histoires et les différents protagonistes, mais la toile se tisse petit à petit, jusqu'à ce que tous les secrets soient mis à nu. Jusqu'au dernier, inattendu, déstabilisant, pétrifiant.

Tout l'art du jeune premier réside en ce suspense qu'il maintient jusque dans les dernières pages, nous laissant croire que tout est fini, que tout va bien, servi par un style étonnant et riche malgré des premières pages en dents de scie, avec d'improbables constructions et expressions ("ses cheveux ressemblent à des poils de radis noirs trempés dans l'huile de tournesol, mais peignés soigneusement"), des premières pages qui laissaient entrevoir un jeune auteur désireux de se donner un genre pour qu'on loue sa maturité d'écriture. Mais l'exercice de style s'estompe et l'écriture devient naturelle et maîtrisée.


L'idée de mêler la Seconde guerre mondiale avec une rencontre gay sur internet peut paraître déstabilisante, voire grossière, mais ne vous fiez pas aux apparences car derrière cette façade se cache un premier roman fort réussi, lourd de sens et de réflexion.

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ldc 26/11/2010 23:06


Arthur Dreyfus dédicacera son livre ce samedi 27 novembre de 15h à 18h au Basile (34, rue de Grenelle 75007 Paris)!


zarline 24/06/2010 10:57


J'ai beaucoup aimé ce roman et surtout le style de l'auteur que j'ai trouvé rythmé et maîtrisé. Un très très bon premier roman à mon avis et je m'étonne du peu de bruit autour de ce livre. J'ai
noté le Del Amo depuis quelques temps, si c'est dans la même veine, je pourrais bien devenir une fan des éditions Gallimard.


Sébastien Almira 27/06/2010 19:59



Pas vraiment dans la même veine, mais une même prise de risque. Le deuxième roman de Del Amo parait le 20 août, il s'appelle Le Sel et est apparemment aussi bon que le premier. Mais pas de quoi
devenir fan de Gallimard, ils fotn aussi du mauvais ^^



Karen 06/06/2010 19:33


Certes c'est beaucoup plus compréhensible comme ça ;) J'avais oublié.


Leyla 06/06/2010 19:24


Je ne connais pas du tout cet auteur !

Pourtant tu parles avec enthousiasme de ce livre et je t'avouerai que je serai bien curieuse de savoir le lien entre une rencontre sur internet , un amour virtuel homosexuel et surtout la deuxième
guerre mondial . Ca en vaut certainement le détour ( et voilà la PAL qui risque d'augmenter ) .

Quant à Gallimard ... Il y'a de très bons livres que j'ai pu lire et d'autres moins . Par exemple, je n'ai jamais accroché à Erneaux et le pire fût pour moi Marie Ndiaye qui a reçu le prix Gongourt
et donc j'ai lu le livre qui m'a tout de même déçu !


Karen 05/06/2010 21:16


Ahlala, cet anti-gallimarisme... J'crois que j'vais m'y mettre catalogue en main et essayé de te prouver que non, Gallimard ne rime pas avec ringard (c'est beau, hein).
Sinon... Une rencontre sur Internet ?! Anachronisme chelou (sans vouloir dire que c'est du n'imp ; ça peut être intéressant).


Sébastien Almira 06/06/2010 15:25



Il faut savoir reconnaître autant le talent que les faiblesses de toute maison d'édition, à plus forte raison quand elle se voudrait maison éditrice de littérature par excellence.


Deux corrections ont été ajoutées : la première, pour répondre à ta question sur l'anachronisme (dans l'histoire de Chris), la seconde dans l'avant-dernier paragraphe (le plus long).