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Ben Fountain, Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn, traduit de l'américain par Michel Lederer, roman, 400 pages, Albin Michel, janvier 2013, 22€ ***

Publié le par Sébastien Almira

 

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Bon, histoire de passer rapidement sur le côté négatif de ma critique : j'ai mis du temps à apprécier ma lecture. J'ai trouvé ça un peu lent, un peu long, un peu trop américain. Ce n'est certainement pas pour rien qu'on l'a comparé à Jonathan Franzen (impossible de retrouver où, qui, mais je suis certain d'avoir lu ça). Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn, c'est le récit de quelques jours sur 400 pages. Et moi j'aime pas trop les gros pavés qui s'éternisent sur les détails. Mais quand l'histoire a commencé à prendre de l'ampleur, quand on a arrêté de simplement savoir que tel Bravo était assis à la gauche d'untel, que celui-ci a bu une bière alors qu'il n'en avait pas le droit et que celui-là avait besoin d'un Advil pour la calmer sa murge de la veille, je suis rentré dans l'histoire, et j'ai continué pour savoir la suite, et non plus simplement pour pouvoir écrire quelque chose dessus.

 

Un accrochage avec des insurgés irakiens, trois minutes quarante-trois de pure violence filmées par Fox News, désormais en boucle sur YouTube, et les huit survivants de la compagnie Bravo deviennent du jour au lendemain les enfants chéris de l'Amérique. Conviés par l'administration Bush à effectuer une « Tournée de la Victoire » censée ranimer la flamme du soutien à la guerre, ils sont partout accueillis en héros, jusque dans le stade de Dallas où doit se clôturer leur tournée à l'occasion du grand match de football annuel de Thanksgiving.

En fait, ce qui fait que le roman n'est pas qu'une succession de scènes dans des stades, d'apéros et de pensées intérieures, c'est que tout ne va pas se passer comme prévu.

Il y a Albert, le producteur qui tente par tous les moyens de vendre leur histoire pour en faire un film. Les gens intéressés se bousculent sur son BlackBerry, mais il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Il y a Dime, le commandant, qui veille sur ses hommes avec autant de sévérité et de tendresse que s'ils étaient ses gosses. Il y a Billy, le héros malgré lui, qui ne cesse de repenser à la mort de Shroom au front et de se demander s'il a envie d'y retourner, s'il peut y échapper, comme sa sœur le lui promet (elle a contacté un groupe qui...) depuis qu'il a passé deux jours dans sa famille, histoire d'éviter un nouveau massacre et d'éviter de perdre la première fille dont il vient de tomber amoureux. Parce que Billy n'est encore qu'un gamin, comme ses compagnons d'arme, ses amis, ils ont la vingtaine pour les plus vieux d'entre eux. Et certains commencent à se demander si on ne se fout pas un peu de leur gueule.

 

« Mais les Bravo peuvent se permettre de rire et de se sentir supérieurs, parce qu'ils savent qu'on les utilise. Bien sûr qu'on les utilise, ils baignent dans la manipulation, c'est leur élément, car quel est le boulot d'un soldat sinon d'être un pion qu'on avance ? » page 45

 

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Il y a d'autres morceaux d'histoires, d'autres considérations, j'en oublie certainement. Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn est plus complexe qu'il n'y paraît. Ça s'affine au fil des pages, on avance, on découvre. Les questions, les réponses, le propos, les nons-dits.

Entre politique, football américain, souvenirs de guerre, discours alcoolisés, tentatives d'approche de Beyonce pendant la mi-temps (les Destiny's Child sont là pour faire le show et ils ne pensent qu'à les baiser), Ben Foutain navigue dans un flot de mots, de phrases, de sujets, afin de remonter le cours d'une satire de l'Amérique d'aujourd'hui, celle qui se croit la plus forte, la plus grande, la plus belle, celle qui manipule, celle qui calcule, et celle qui chute.

Finalement, c'est un très bon roman. Avec du foot, des soldats, de l'alcool, des pom-pom girl, des richissimes propriétaires, des questions sociales, politiques et personnelles, bref, un roman américain ! Exubérant autant qu'intérieur, drôle autant que satirique, festif autant que sombre, à l'image de la couverture, un très bon roman américain.

 

« "Il semblerait que cette bande d'insurgés avait choisi de mourir, a déclaré le colonel Travers au Time, et nos hommes étaient tout disposés à les y aider."C'était d'un côté comme de l'autre, mais ce n'est qu'à la fin qu'ils se sont décidés, huit ou dix kamikazes qui ont jailli des roseaux en courant, en hurlant et en tirant à l'arme automatique, un ultime rush orgasmique de martyrs vers les portes du paradis musulman. Pendant toute sa vie militaire, on rêve d'un moment pareil, et chaque soldat s'en est donné à cœur joie, déclenchant un feu d'enfer, et les hadjs ont explosé, cheveux, dents, yeux, mains, têtes éclatées, comme des melons, poitrines réduites en chair à pâtée, un spectacle auquel on ne pouvait pas croire, qu'on oublierait pas, qui ne laisserait jamais l'âme en paix. Oh ! Mon peuple ! La pitié n'était pas de mise, point final. » page 170

 

 

 

Merci à Carol Menville des éditions Albin Michel pour l'envoi de ce livre !

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Valérie 17/01/2013


J'ne suis à la moitié mais je crois qu'il va aussi beaucoup me plaire.