Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Claire-Lise Marguier, Le faire ou mourir, roman, 100 pages, Rouergue, collection doado, août 2011, 9,50 € *****

Publié le par Sébastien Almira

                         le-faire-ou-mourir-copie-1.jpg


Je m'étais rarement pris une claque avec un roman ado, j'avais jamais pleuré je crois en lisant un livre. À votre tour, maintenant.

À bientôt seize ans, Damien Decarolis ne sait pas très bien où il en est, ni même qui il est. Pas de véritable ami, pas de projet de vie, un corps de fille, peur de tout, aucun courage, Dam DeCaro comme surnom, on trouve bien des raisons de se moquer de lui, à la maison comme à la récré. Jusqu'au jour où il fait la connaissance de Samy et sa bande. Piercings, cheveux noirs, eye-liner, ils n'ont peur de rien et ne se gênent pas pour le dire. Avec Mag, Fann, Mika, Lo-LO et Samy, il va vivre. Enfin.

Dam est le narrateur, il s'adresse directement à nous, disant tout ce qu'il a peur de dire aux autres, racontant comment il se taillade l'intérieur des cuisses pour se sentir mieux, évacuer le trop plein. Sans langue de bois, il nous parle des émotions troubles qu'il ressent en présence de Samy et lorsqu'il est contraint de le quitter. Il nous dit l'enfer à la maison, son père qui le prive de tout parce qu'il le prend pour un pédé, sa mère qui ne dit rien, sa sœur qui fait psycho, la chouchou de la famille. Il nous dit la fièvre de retrouver Samy malgré les interdictions. Il ose nous raconter tout ce qui bouillonne en permanence à l'intérieur de lui, ce qui le détruit, faute de ne pas sortir.

« Je ne pouvais pas tout assumer à la fois, l'intérieur de moi et l'image à l'extérieur. » page 41

Et je peux vous dire que j'ai été bouleversé comme pas possible par son récit. Je l'ai fini pendant la nuit et j'ai encore, aujourd'hui, une boule au ventre en écrivant mon article, en relisant quelques passages. C'est extrêmement bien écrit et maitrisé, à plus forte raison pour un premier roman. C'est perturbant, c'est prenant, c'est angoissant, c'est magnifique, c'est fort, c'est dur, c'est beau, c'est poignant, c'est bouleversant, c'est tout ça à la fois, et bien plus encore. Le genre de roman qui vous prend aux tripes et qui change quelque chose en vous, qui a une incidence sur vos vies. La première chose que j'ai faite après l'avoir fini, c'est me tourner dans le lit, l'enlacer et lui dire je t'aime. Après, j'ai pensé aux personnes que j'ai perdues, et c'est sorti, ça s'arrêtait plus. C'était pas réfléchi, c'est venu comme ça, d'un coup. Ne pas garder les choses pour soi, extérioriser, sinon ça implose, puis ça explose. C'est ce qui arrive à Dam. Et c'est pas beau à voir. Il faut lire Le faire ou mourir, que vous soyez une fille ou un garçon, que vous ayez 15 ou 30 ans.

                                                              cicatrice.jpg

« Il s'est mis face à moi, a pris mon poignet de sa main droite, a repoussé la mèche sur mon front d'un doigt, comme s'il voulait voir mes yeux gris. C'est pas compliqué, pourtant, Dam, de dire ce qu'on ressent, il a dit. Je te montre l'exemple ? C'était pas vraiment une question et j'ai eu beaucoup de mal à lever les yeux vers lui. Il a dit j'aime être avec toi. J'aime t'embrasser. J'aime quand tu souris, et d'autant plus que ça n'arrive pas souvent. Quand je croise la bande des skateurs, je rêve de leur mettre une branlée pour avoir levé la main sur toi. Il a caressé mon poignet un peu plus haut, a caressé mon bras. Et toi il ? a demandé. Moi ? j'ai dit. Je savais plus ou moins ce que j'éprouvais , mais ça voulait pas sortir. J'ai essayé pourtant. J'ai dit tout bas j'aime bien être avec toi, mais j'ai pas pu le regarder, j'ai baissé les yeux encore, alors il m'a poussé sur le lit pour que je m'y assois. Il s'est mis à genoux devant moi. Il avait pas lâché mon bras, il a tendu la main pour caresser mon front. J'ai dû soutenir son regard. Ne te défile pas, il a dit. Dis les choses. Tout ce que tu veux. Tout ce que tu ressens, ce qui te passe par la tête. Arrête de te cacher derrière ce masque. S'il te plait, il a dit dans un souffle. Les larmes sont montées à mes yeux. Samy, j'ai murmuré, j'aime... j'aime... Je me suis tu. Il fallait juste rajouter une lettre entre le sujet et le verbe de cette phrase ridicule et usée jusqu'à la trame, et j'en étais incapable, pire que si j'avais dû déplacer un continent. Tu aimes quoi ? il a demandé pour m'aider. Toi, j'ai répondu très vite. J'ai rougi, il a souri. Il m'a encouragé, ce sourire. Je sais pas comment ni pourquoi c'est arrivé, j'ai expliqué tout bas, mais c'est comme ça. J'aime quand... quand tu me frôles et que ça me fait trembler. J'ai l'impression de devenir fou parce que je fais qu'y penser, je pense qu'à toi, Samy. Tout le temps. Mais ça, je peux pas le dire, j'ai ajouté. Pourquoi tu pourrais pas ? il a demandé tout doucement. Si c'est ce que tu ressens. Parce que, j'ai essayé d'expliquer, c'est pas... ça se dit pas... Je me suis embrouillé. Il me fixait toujours de ses yeux d'eau (note : Samy a les yeux bleus), j'ai failli me mettre à pleurer, quel boulet ! Il a dit ça se dit pas à un garçon, c'est ça que tu veux dire ? J'ai hoché la tête en rougissant encore. Lui il avait pas peur des mots alors que moi ça me foutait une trouille pas possible même de juste d'imaginer que je pourrais les dire. Pourquoi ? il a répété. T'as de ces questions ! J'ai ri, pour pas pleurer, mais il l'a bien compris.
Alors je sais pas ce qui s'est passé. Y a comme une vague qui a déferlé sur moi ou en dedans de moi, j'ai eu l'impression de me noyer. J'ai inspiré très vite pour pas être dévasté. Parce que c'est pas comme la vie ! j'ai dit d'une drôle de voix aiguë en criant presque. C'est pas ce qu'on nous apprend, c'est pas comme ça que ça doit se passer, c'est pas comme ça que ça marche ! Je comprends pas pourquoi je peux pas te dire les choses que je pense, Samy, j'ai jamais assez de cran pour ça (mon cœur battait tellement fort que ça me faisait mal). Et puis même, j'ai ajouté en essayant de me calmer, à quoi ça servirait ? On s'en fout. C'est sans intérêt. Je pense à trop de choses à la fois, ça bouillonne là-dedans et je peux pas me calmer, les sentiments sont là et c'est tout, et la plupart du temps ça fait mal, et j'aime quand tu prends ma main et j'ai envie... (j'ai hésité). J'ai envie qu'il se passe... quelque chose... plus que ça, je sais pas, mais j'ai la trouille Samy, si tu savais à quel point j'ai la trouille, ça m'est venu comme ça et je peux plus m'arrêter d'avoir la trouille !
» pages 37 à 39

 

                                                                

Commenter cet article

Bertrand 28/05/2015 10:22

Je suis d'accord, j'ai lu ce roman aussi, et j'ai beaucoup aimé. Particulièrement la fin qui m'a donné des frissons. Pile ou Face.
C'est une super découverte.

Chouwasabi 16/11/2014 13:16

C'est un des livres qui a changé ma vie.Il est plus que magnifique je sais même pas comment on peut écrire un livre pareille tellement c'est beau .

isa 26/09/2012 22:44


même ressenti...