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Mygale VS La piel que habito

Publié le par Sébastien Almira

Mygale, roman policier de Thierry Jonquet, 150 pages, Gallimard, Série Noire (1984), Folio policier (1995, réédition 1999), 5,70 € ****
La piel que habito, film de Pedro Almodovar, 2h, El Deseo (2011) ***

 

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Pour sa deuxième adaptation littéraire, Pedro Almodovar s'attaque au culte et court roman noir de Thierry Jonquet, Mygale, où un célèbre chirurgien entretient une étrange relation avec une jeune et désirable femme qu'il ne laisse sortir de sa chambre que pour la prostituer et l'inviter dans des restaurants chics. Dès le début du roman, on fait face à trois narrations distinctes, sans liens apparents. Ève, enfermée dans sa chambre, passe son temps à dessiner et jouer du piano, lorsque Richard ne la sort pas. Car il s'agit bien de cela : Ève est sa chose, elle n'existe que par les désirs de son geôlier. On suit également deux jeunes hommes, le premier, Alex, est recherché par la police pour avoir braquer une banque tandis que le second, Vincent, est retenu prisonnier, mais tous deux sont dans la même situation qu'Ève : enfermés.
D'une plume élégante et froide, précise et neutre, qui sied bien à l'intrigue : chirurgicale, Thierry Jonquet met en place un climat inquiétant, hypnotique. On pénètre un cauchemar, trois même, sans savoir quand et comment ceux-ci se rejoindront. Une pépite, noire à souhait !
 

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On comprend aisément que le roman ait plu à Pedro Almodovar, les thèmes et la noirceur du récit lui sied parfaitement. Il a cependant choisi d'adapter le roman assez librement, commençant par l'histoire actuelle d'Ève, se souciant du passé et des intrigues connexes seulement dans la seconde moitié du film. Le braqueur est toujours présent, mais son rôle a été réinventé. Le lien avec Ève n'est plus le même, il remonte plus loin, il fait exister d'autres personnages, d'autres scènes, d'autres liens. La figure maternelle, chère au cinéaste, fait son apparition, développant un pan de l'histoire d'Ève que Jonquet ne faisait que survoler. Mais cette fois, à la bienveillance habituelle des mères almodovariennes, il faut rajouter la destruction. Marisa Paredes joue de nouveau pour Almodovar et remplit le rôle de mère protectrice et destructrice à merveille.
L'ensemble est plus touffu, plus complexe, plus profond, mais en même temps la construction est plus bancale et rend le film paradoxalement moins profond. Les narrations connexes semblent jetées à la fin du film sans autre but que faire avancer l'histoire, alors que dans le livre, chaque narration a son importance et aucune ne se soumet à la supériorité d'une autre. Peut-être le film mérite-t-il d'être vu une seconde fois pour un meilleur jugement.


En attendant, chacun vaut le détour.
Mygale pour sa construction aussi froide et chirurgicale que l'écriture de Thierry Jonquet, pour le fil qui se dévoile au fil des chapitres, pour mieux nous glacer d'effroi devant une vérité à laquelle on était loin de s'attendre.
La piel que habito pour le jeu épatant des acteurs (Antonio Banderas, Marisa Paredes et la jeune et ravissante Elena Anaya), pour la profondeur psychologique de l'intrigue et des personnages, pour le suspense tout en finesse et la touche almodovarienne.
Les fins sont également différentes, alors ne choisissez pas : lisez Mygale, voyez La piel que habito et soufflez un bon coup.

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Twenty 13/09/2011 13:35


Critique juste et bien pesée, ayant vu moi-même le film. ^^
J'aime bien la phrase "le fil qui se dévoile au fil des chapitres", je trouve ça lumineux lol