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Cristina Rivera Garza, Personne ne me verra pleurer, roman traduit de l'espagnol (Mexique) par Karine Louesdon et José Maria Ruiz-Funes Torres, 250 pages, Phébus, août 2013, 20 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

Personne-ne-me-vera-plurier.jpg

 

Riche héritier voué à devenir un grand médecin, Joaquin Buitrago choisit une toute autre voie : la photographie. Devenu morphinomane, il ne parvient pas à faire décoller sa carrière,se voit privé d'héritage et finit photographe de fous à l'asile de la Castañeda. Il y fait une rencontre qui l'émeut sans qu'il sache bien pourquoi. C'est lorsqu'elle lui demande « Comment devient-on photographe de fous ? » qu'il se souvient. Quelques années plus tôt, Matilda Burgos lui avait demandé « Comment devient-on photographe de putes ? » alors qu'elle posait pour lui dans une maison close de Mexico.

Fasciné par le personnage, interloqué par sa présence dans un asile, il lui rend souvent visite afin de découvrir qui elle est. Il se rapproche également d'un médecin afin de voir son dossier médical.

 

Au fur et à mesure de leurs échanges, il se délivre autant qu'elle. Mais il faut un sacré moment avant que le roman ne devienne fluide. La première centaine de pages est particulièrement lourde et complexe. Le contexte historico-politique semble tout droit sorti d'un livre de cours, assommant le lecteur. L'auteure met une telle volonté à aborder d'innombrables sujets que l'on se perd un peu. C'est un peu comme tenter de courir dans l'eau, on a envie d'avancer, de comprendre, de s'en sortir mais on n'y parvient pas. Le résultat peut paraître décousu et peu entraînant. Heureusement que la deuxième moitié est plus agréable.

 

« À mesure que la séance avançait et que l'attitude inerme de Joaquin permettait d'instaurer une fragile relation de confiance, certains modèles, une minorité, commençaient à s'épancher. Cela se produisait au terme d'un processus lent, souterrain presque, quasi imperceptible. Dans ces moments-là, Joaquin pensait toujours au mouvement d'un tournesol. Parfois c'était un simple geste d'étonnement, un trait de timidité ou de lassitude, une interrogation qui affleurait sur leur visage : « Mais qu'est-ce que je fais ici ? » Et les femmes retournaient en elles-mêmes, là où elles se voyaient comme elles avaient envie de se voir. Et c'était précisément cet endroit que le photographe désirait connaître et fixer pour toujours. L'endroit où une femme s'accepte telle qu'elle est. Là, la séduction ne s'adressait pas à l'extérieur, et n'était pas unidirectionnelle ; là, dans un geste indivisible et unique, la séduction n'était pas un hameçon sinon une carte. Joaquin était convaincu qu'il était possible d'atteindre ce lieu. Joaquin Buitrago croyait encore à l'impossible quand Matilda ôta ses vêtements le plus naturellement du monde et, cherchant ses yeux à travers l'objectif depuis la table en marbre, lui demanda :

- Comment devient-on photographe de putes ? »

page 17

 

Traduit dans plusieurs langues, Personne ne me verra pleurer est considéré comme le chef d’œuvre de Cristina Rivera Garza et a reçu le prix du Meilleur Roman au Mexique en 2000. Fidèles à leur réputation de découvreur de talents étrangers, les éditions Phébus traduisent pour la première fois en France cette auteure ayant déjà six romans à son actif. J'ai été quelque peu déçu par ce roman, à la lecture du résumé je m'imaginais déjà emporté dans une dans une spirale infernale, sur les traces d'une femme pleines de mystères, dans la chaleur étouffante du l'Amérique du Sud. Bon, je fus porté par la très belle plume de l'auteure et par le talent des deux traducteurs, mais le plaisir ne fut malheureusement pas entier.

 

 

Merci à Bénédicte Da Silva des éditions Phébus pour cette lecture.

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