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Daniel Glattauer, À toi pour l'éternité, roman traduit de l'Allemand (Autriche) par Anne-Sophie Anglaret, 250 pages, Grasset, mai 2013, 17,90 € °

Publié le par Sébastien Almira

 

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Autant j'avais aimé lire Quand souffle le vent du nord (critique ici) et La septième vague (critique là), vous savez, ces romans épistolaires de qualité très moyennes qui ont eu un joli succès en grand format comme en poche, mais qui étaient très bien pour m'accompagner pendant mes vacances. Autant j'ai trouvé nulle au possible la troisième traduction française de Daniel Glattauer, le Marc Lévy autrichien. Et pourtant, j'étais en vacances en Grèce pour celui-ci.

 

Peut-être que le passage de l'épistolaire au récit pur et dur a laissé la magie des deux premiers livres en chemin. C'est dommage parce qu'il ne reste, pour le coup, plus rien pour sauver À toi pour l'éternité de la médiocrité dans laquelle il se vautre du début à la fin sans aucun sursaut ni même lueur de tentative de qualité.

L'absence de style de l'auteur (à moins que la médiocrité soit un choix) rend la lecture désagréable.

 

C'est lourd au possible, plein de répétitions, de clins d’œil qui se veulent intelligents et poétiques :

« Le matin, seulement, la présence d'un homme à côté d'elle sous la couverture lui manquait parfois. Ce ne devait pas être n'importe qui, même pas juste quelqu'un, mais un homme bien particulier. Et malheureusement, il ne pouvait donc s'agir de personne que Judith connaissait déjà. » page 11

« Il avait recommencé à étinceler, de façon moins éclatante qu'à la brillante époque de son grand-père. » pages 12-13

Sur deux ou trois pages à partir de la quinzième, Judith se demande si son prétendant n'a pas appuyé de telle façon sur le « vous » de « Cela ne devrait pas vous étonner » qui voudrait dire que, qui sous-entend que, parce que non il n'a pas simplement appuyé pour souligner le fait que, il a carrément fait un vous majuscule pour dire, et pour souligner que, et parce que ci, et parce que ça...

 

Les dialogues sont aussi affligeants que leur présentation est énervante :

« « Peut-être pourrais-je vous offrir un café un jour », demanda alors Berghofer ou Burghofer ou Bergmeier. « Oui, pourquoi pas », répliqua Judith, car cela n'avait pas d'importance (non mais, sans déconner, « car cela n'avait pas d'importance », qu'est-ce que c'est que cette réflexion à la mords-moi le nœud?!). Ses joues étaient devenues écarlates. Elle devait vraiment y aller. Lui : « Bien, bien. » Elle : « Oui. » Lui : « Bon. » Elle : « Oui. » Lui : « Pour le café, je passerai un de ces jours dans votre magasin, si cela vous va. » Elle : « Oui, passez. » Lui : « Cela me ferait plaisir. » Elle : « Oui. » » page 20

 

C'est parfois carrément incorrect :

« Il se sourit même une fois à son Roland, qui lui massa deux secondes l'épaule droite. » page 10

 

Le seul point positif de ce troisième roman, c'est que Daniel Glattauer a réussi se renouveler quelque peu et à surprendre le lecteur. Ce qui commence comme une banale et bancale histoire d'amour se termine avec une intrigue tordue que n'aurais pas renié Amélie Nothomb. Mais c'est loin de suffire pour combler les spectaculaires lacunes littéraires et grammaticales de l'auteur.

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dasola 23/06/2013 22:50


Rebonsoir, merci pour ce NON-conseil. J'avais apprécié le premier (plutôt sympa), le deuxième m'avait déjà moins convaincue. Je ferai donc l'impasse sur le 3ème. Bonne soirée.

zarline 12/06/2013 13:48


Vu le succès de l'auteur, je ne pense pas qu'ils aient eu à trop tergiverser. Réputation ou pas, c'est un de leurs auteurs et ça se vendra bien.


HS: Tu as une bobo parmi tes collègues, parce que ça sonne le vécu ta petite réunion de rédaction

Sébastien Almira 12/06/2013 14:19



J'habite à Paris, j'en vois partout !


Et oui, je me doute que ça ne s'est pas passé comme ça, mais ça fait longtemps que je n'ai pas écrit, alors je me suis fait plaisir !



zarline 06/06/2013 23:08


Ouch! J'avais déjà trouvé moyen le premier (comme tu dis, ok pour un livre de vacances), pas lu le deuxième mais alors là, vu les extraits que tu cites, je pense vraiment éviter cette dernière
sortie. Problème de traduction ou crois-tu que c'est vraiment si mal écrit?

Sébastien Almira 12/06/2013 10:58



Bah je pense que c'est déjà pas bien écrit, et que la traduction n'arrange rien.


Pour le premier, c'était frais, agréable, même si objectivement c'était assez mauvais. Mais là, c'est vraiment une des plus grosses merd** que j'ai lues...


 


J'imagine la réunion chez Grasset :


JEAN-JACQUES : Non, mais, restons sérieux une minute, on ne peut pas publier cette merde !


GROSEILLE : Alors je suis tout-à-fait d'acord avec toi, Jean-Jacques. Cela déservirait la maison, on nous refuserait le Goncourt cette année, ce serait catastrophique pour nous.


MIREILLE : Non mais vous délirez ! Glattauer, c'est notre Marc Lévy à nous ! On peut pas le laisser filer... Ce serait du suicide commercial.


GROSEILLE : Mais Mireille, le suicide commercial, c'est de le publier ! Ce déchet va ternir notre réputation, on l'a bien vu pendant les cours à Villetaneuse !


MIREILLE : C'est n'importe quoi ! Tu mélanges tout, idiote ! Glattauer n'est pas un déchet, je prends beaucoup de plaisir à lire tous ses livres !


JEAN-JACQUES : Je pense que Groseille a raison, on prend de gros risques pour notre image avec ce Glattauer...


MIREILLE : Mais enfin ! C'est magnifique un roman de Glattauer ! C'est une invitation au voyage, à la détente, à l'amour !


GROSEILLE : Mon cul, l'amour ! Nous vivons dans un monde sans amour, on l'a bien vu dans nos cours à...


MIREILLE : Ta gueule, la bobo !


GROSEILLE : Han, mais... Jean-Jacques, dis quelque chose !


MIREILLE : Qu'est-ce que tu veux qu'il dise pour ta défense, espèce de greluche ?! J'en ai marre de tes conneries de bobo branchée avec tes grosses lunettes, ta chemise d'un autre siècle et ton
sac orange ! J'en peux plus de voir ta gueule tous les jours !


JEAN-JACQUES : Mireille ! Tu exagères un peu avec la paure Groseille...


MIREILLE : Je peux plus la supporter ! J'en ai marre de l'avoir sur le dos toute la journée "Mireille, on devrait...", "Mireille, tu pourrais plutôt...", "Ah ! Mireille ! Te voilà ! Que penses-tu
de...", j'en peux plus...


GROSEILLE : Mais Mireille, sale vieille, ce que tu ne comprends pas, c'est que si on publie ce fucking bouquin, moi je vais avoir tous les journalistes sur le dos ! Et tu m'auras encore plus sur
le tien. C'est du suicide, on chez Grasset, quoi...


JEAN-JACQUES : C'est vrai que...


MIREILLE : Jean-Jacques ! Fais attention à ce que tu dis ! C'est elle ou c'est moi !