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Dany Laferrière, Journal d'un écrivain en pyjama, essai littéraire, 310 pages, Grasset, août 2013, 19 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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L'art d'écrire un roman, par Dany Laferrière !

Voilà ce qui aurait pu être la phrase d'accroche à placer sur le bandeau de ce livre. En 182 notes, qui sont tout autant de « leçons » prodiguées par l'écrivain Haïtien, vous saurez tout de l'art d'écrire de la littérature. C'est un peu le but du livre, même si l'auteur s'en défend.

 

Aussi humble que prétentieux, l'auteur de Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer sera donc votre professeur le temps de quelques heures.

Vous saurez comment ne pas commencer un roman, comment traiter vos personnages, comment utiliser le présent et le passé, comment éviter certains mots, comment décrire un baiser, comment conclure, comment lire, comment s'entraîner. Que ce soit un détail technique ou une généralité sur l'argent, le temps, la lecture ou l'écriture, vous saurez tout.

Il n'hésite pas non plus à parler de lui. De son expérience, de son entourage, de la façon dont ont été reçus ses livres par la critique, par le public et par sa famille. Il dévoile des morceaux de vie qui ont forgé l'homme et l'écrivain qu'il est devenu.

 

C'est franchement très intéressant. Pas pour tout le monde, certes, mais tout de même. Non sans humour et poésie, Dany Laferrière construit un essai (qu'il tente parfois de nous faire prendre pour un roman), sous forme de courts chapitres – une ou deux pages – dont l'intérêt et l'utilité ne sont pas dénués de sens. Certains chapitres sont à lire sans modération, comme « Le grand écrivain » page 122, « Un puissant lecteur » page 129, « La bibliothèque de l'écrivain » page 155 ou encore « Le courage de s'exposer » page 176. d'autres sont plus qu'anecdotiques. Moyens, inutiles, pompeux, etc.

Le problème, c'est qu'à trop se défendre de la moindre prétention, le côté donneur de leçons clignote de plus en plus fort. « Vous remarquerez que l'écrivain en panne d'idée se croit toujours obligé de définir l'écriture. » page 288

 

 


 

 

Je vous mets quelques extraits, parmi les dizaines que j'ai notés :

 

« Puis je me mettais à écrire, en effleurant les touches du clavier de façon à faire le moindre bruit possible. Après un moment j'étais ailleurs, et je tapais comme un dératé jusqu'à ce qu'un voisin me hurle me hurle de cesser ce vacarme. Ce plaisir profond d'écrire dans une ville endormie. Je n'avais que ça en tête : écrire. C'était pour moi une fête perpétuelle. » page 16

 

« Je ne connais pas de plus vif plaisir que d'entendre, sur votre passage, une jeune fille glisser à l'oreille de sa copine : « C'est lui l'écrivain dont je te parlais. » En effet, c'est moi. » page 19

 

« Je reste convaincu que la meilleure école d'écriture se fait par la lecture. C'est en lisant qu'on apprend à écrire. Les bons livres forment le goût. Nos sens sont alors bien aiguisés. On sait quand une phrase sonne juste parce qu'on en a lu souvent de bonnes. Le rythme et la musique finissent par courir dans nos veines. » page 29

 

« Ne vous précipitez pas à écrire un livre uniquement parce que le sujet vous semble intéressant. Ce n'est peut-être pas suffisant pour trois ans d'angoisse et quelques jours de fêtes ça et là. » page 39

 

« Visez le cœur du lecteur même si on sait que c'est avec sa tête qu'il lit. » page 43

 

« Les meilleures fins sont celles qui suivent la pente naturelle du récit, même si ça manque de rebondissements. Les grands classiques évitent les conclusions trop étonnantes. (…) C'est souvent mieux une fin sans tragédie ni grands rebondissements. Un personnage s'enfonce dans la foule. » pages 45-46

 

« Les gens veulent toujours savoir d'où viennent toutes ces idées farfelues qu'ils voient dans les livres. Ça ne leur viendra jamais à l'esprit qu'elles viennent d'eux. Sans cette modestie du lecteur il n'y aura pas de littérature. » page 67

 

« On doit faire bien attention à ne pas multiplier les adjectifs (c'est une épice qui coûte cher). Si un drap est déjà blanc, on n'a pas besoin d'ajouter qu'il est lumineux. Plus vous ajoutez de qualificatifs, moins on vous croit. » page 96

 

« Entre deux phrases longues, vous pouvez glisser une brève. C'est pour le rythme. Le lecteur sent alors que vous maîtrisez la chose. » page 96

 

« Un lecteur c'est quelqu'un qui n'arrive pas à finir une lettre de sa mère, mais dévore six cent pages de quelqu'un qu'il ne connaît pas. » page 114

 

« Le roman est réussi quand à la fin il est différent de ce qu'on a prévu au début. » page 138

 

« Écrire un jour un livre qui mérite l'arbre qu'on a dû abattre pour le fabriquer. » page 253

 

« Lorsque vous êtes pris de découragement devant l'impression que tout a été écrit, il faut vous dire que tout n'a pas été lu, surtout le livre que vous êtes en train d'écrire. » page 292

 

« Mais si vous vous trouvez à l'entrée d'un tel tunnel, alors emportez avec vous ce petit manuel. Il ne vous servira à rien si vous avez du talent, et il ne fera que vous retenir inutilement si vous n'en avez pas, mais emportez-le pour ne pas avoir à l'écrire plus tard. Une corvée de moins... » page 26

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