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Déborah Lévy-Berthérat, Les voyages de Daniel Ascher, roman, 180 pages, Rivages, août 2013, 18 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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Voilà, j'ai pris du retard dans mes lectures de la rentrée, et je découvre des pépites une fois que la déferlante est passée et que tout le monde s'en fout... Ça m'apprendra, l'année prochaine, je commencerai par lire les romans qui me font le plus envie et non pas en fonction des délais auxquels je veux me plier parce que ce livre m'a été envoyé, que j'ai acheté celui-ci et qu'il peut attendre, ou encore que j'ai emprunté celui-là et que je vais avoir un avertissement si je ne le rends pas rapidement.

 

Pour ses études d'archéologie qu'elle commence à Paris, Hélène s'installe dans une chambre que son grand-oncle lui prête. Globe-trotter invétéré et auteur sous pseudonyme de La Marque noire, une série de romans d'aventure pour la jeunesse au succès planétaire, il n'est pas souvent présent. Et ça tombe bien car Hélène ne l'apprécie guère. Elle n'a même pas lu ses livres et ne s'émerveillait pas, comme tous les autres gamins de sa famille, des histoires abracadabrantesques que le vieil excentrique racontait lors de repas de famille où il arrivait en retard et s'asseyait à la table des enfants.

 

« Dans les grands repas, quand il était là, Daniel s'asseyait toujours à la table des enfants, loin des adultes.les petits lui réclamaient des histoires, et il se lançait dans des récits d'aventures hallucinés, roulant des yeux, imitant les voix, les accents, les cris des animaux, décrivant des situations rocambolesques, enchaînant les calembours, s'esclaffant soudain sans qu'on sache trop pourquoi. Un croûton de baguette ouvert en deux devenait la gueule d'un caïman qui le poursuivait dans les eaux brunes de l'Orénoque, il se levait et nageait le crawl pour lui échapper. Ou bien c'était l'hiver en pleine taïga, sa lanterne s'éteignait, il était cerné par des loups hurlants, ses couverts dressés tremblaient sous sa serviette comme des piquets de tente dans la tempête. Les parents essayaient de le faire taire, tu vois bien que tu leur fais peur, mais il ne les écoutait pas et continuait encore et encore, aussi longtemps que les enfants en redemandaient. » pages 19-20

 

Elle se lie d'amitié avec un groupe de sa classe et succombe au charme de Guillaume, un grand enfant qui transforme tout ce qu'il touche en jeu. Celui-ci tente de l'initier à La Marque noire, dont il est toujours fan et dont il attend avec ferveur le prétendu vingt-quatrième et dernier tome. Hélène, en bonne archéologue, n'aura de cesse, au fil de la découverte de l’œuvre de son grand-oncle, de vouloir fouiller le passé, quitte à déterrer quelques secrets de famille bien enfouis sous les décombres de la Seconde Guerre mondiale.

 

Premier roman d'une professeur de littérature comparé à l'ENS et traductrice de Lermontov (Un héros de notre temps) et Gogol (Nouvelles de Pétersbourg), Les voyages de Daniel Ascher est un très joli roman qui mêle habilement les domaines de l'écriture, de l'aventure, de l'occupation, de la saga familiale et de l'amourette estudiantine.

Ce qui est d'autant plus remarquable, c'est la finesse avec laquelle Déborah Lévy-Bertherat coud cet ensemble disparate pour créer une fiction qui semble bien réelle. Il n'y a que le personnage d'Hélène qui m'a un peu gêné. Une fille qu'on aurait tendance à ne pas aimer au début et qui finirait par ne laisser aucune trace, à cause d'un certain manque de profondeur. On se souviendrait plus des autres protagonistes, même de moindre importance. Un personnage raté, à moins que je ne n'ai moi-même raté Hélène...

Excepté ce couac, c'est un bien joli voyage que ce premier roman envoûtant, entre le monde de l'enfance, de l'écriture, de l'imaginaire et celui, plus dur, de l'âge adulte, des souvenirs et de la guerre.

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