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Denis Lachaud, J'apprends l'hébreu, roman, août 2011, Actes Sud, 230 pages, 18,50 € ***

Publié le par Sébastien Almira

j-apprends-l-hebreu.jpgFrédéric dix-sept ans, n'est pas un ado comme les autres, sinon il ne serait pas le personnage principal du nouveau roman de Denis Lachaud, auteur de J'apprends l'Allemand et Prenez l'avion (Actes Sud 1998 et 2009). La quatrième de couverture parle d'un gamin « fragilisé par une enfance vécue au rythme des mutations professionnelles de son père (…) (qui) a perdu le sens de la phrase, (et dont) seuls les mots lui parviennent, séparément. »

Mais ça va plus loin que ça : Frédéric est un ado complètement perturbé qui développe de graves problèmes de communication. Contraint d'évoluer avec un dictaphone pour poser les mots prononcés sur le papier afin de les comprendre, il est incapable de tenir une discussion en direct. Ce qui inquiète gravement sa mère.

Après avoir grandi à Paris, vécu à Oslo et Berlin, c'est à Tel-Aviv que la famille Queloz s'installe. Et c'est là que commence le roman. Perturbé à l'idée de déménager, de découvrir un nouvel espace, Frédéric est complètement angoissé lorsqu'il se rend compte qu'en plus d'apprendre une langue, il lui faut apprendre un alphabet et un sens de lecture. Mais apprendre l'hébreu est peut-être le signe du renouveau : une fois sur place, le pays, la ville, la langue, la chaleur, tout éveille en lui l'espoir de trouver une place dans le monde, et plus seulement dans son monde.

C'est l'occasion pour l'auteur de faire vivre toute une galerie d'individus aux antipodes les uns des autres en les questionnant sur leur rapport à Israël, à un hypothétique état palestinien et, surtout, au territoire. Question qui hante l'adolescent, le territoire tient une place primordiale dans le récit. Comment se sent-on à l'intérieur et à l'extérieur de notre territoire ? Quel est le sens de la vie sur ce territoire ? Comment apprend-on à vivre hors de ce territoire ?

 

C'est l'histoire d'un garçon perdu dans les méandres d'un monde qu'il ne comprend pas et qui ne le comprends plus, l'histoire d'une possible renaissance, l'histoire d'une ville, d'un pays et de son créateur, Benjamin Herzl, qui tient un rôle important dans le roman et dans l'imaginaire de Frédéric.

Denis Lachaud nous entraîne dans Tel-Aviv et dans la tête de ce garçon un brin dérangé. C'est un voyage étrange qui s'annonce, sans mille rebondissements, sans suspense, ni histoire d'amour à l'eau de rose ; en somme, sans faire de son livre un page-turner. Et, pourtant, jamais je n'ai eu envie d'arrêter ma lecture mais toujours de tourner la page, de connaître la suite de l'histoire de Frédéric, de Benjamin et de Tel-Aviv. Frédéric est le narrateur de la majeure partie du récit et Denis Lachaud rend à merveille le parler de l'adolescent en lui donnant une écriture et un comportement mi-enfantin, mi-intellectuel qui lui siéent à merveille.


Un très bon livre en cette rentrée, une histoire tendre, humaine, pour se reposer des multiples polars, romans d'anticipation et autres autobiographies déguisées qui nous sautent aux yeux sur les tables des librairies.

 

 

 

Un grand merci aux éditions Actes Sud et à Elodie Cédé pour l'envoi de ce livre.

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