Dieu dans l'Art (ou l'art de dénigrer dieu)

Publié le par Sébastien Almira

Ne vous attendez pas à ce que je vous parle de tous les livres, de tous les films où Dieu  tient un rôle. Car si Dieu fait l'objet d'un culte dépassant l'entendement, tant sur le plan religieux que sulturel, je m'arrêterai à quelques oeuvres traitant ce vaste sujet avec humour.

 

 

Marc Dubuisson, La Nostalgie de Dieu, livre 1, Diantre ! éditions, 16 € ***

Marc Dubuisson, Le Complexe de Dieu, livre 2, Diantre ! éditions, 16 € ***


nostalgie 1

 

Noir sur blanc dans le premier tome, blanc sur noir dans le second, Marc Dubuisson met Dieu en scène de façon tout à fait originale. Dans La Nostalgie de Dieu, un homme qui s'apprête à se suicider ne peut s'empêcher de monologuer avant de sauter. Une voix lui hurle « TA GUEULE ! ». Dieu a fait son entrée en scène. Avec un cynisme à la hauteur de sa grandeur, un flegme intarissable et un désintérêt total pour la race humaine, Dieu s'entretient avec l'homme qui, d'abord surpris de le rencontrer, en profite pour l'assaillir de questions et accusations en tout genre.

Dans le second tome, devenu faible et douteux à cause de son entrevue avec l'homme suicidaire, Dieu dialogue avec son psy. Coupé d'ateliers psychologiques nécessaires à la thérapie du patient, le livre balance une rencontre haute en couleurs, (bien qu'en noir et blanc) où le cynisme est roi. Les dessins peuvent paraître simplistes, mais il n'en fallait pas plus. Le lien entre la simplicité des dessins et le cynisme des mots est assez fort pour ne pas avoir besoin de couleurs, de mouvements, de techniques, de froufrous qui gâcheraient l'intérêt de la BD et le travail du créateur.

 

Allez ! Un p'tit dernier !

« - Vous, par exemple, si votre chat se fait rosser par un clébard, ça va vous faire de la peine. Par contre, quand 300 Péruviens se font laminer dans un tremblement de terre, ça vous empêche pas de finir votre rosbeef.

- La peine est différente, je l'admets...

- Alors voilà, imaginez que pour moi... la Terre est peuplée de Péruviens. »


 

Habemus Papam, de et avec Nanni Moretti, avec aussi Michel Piccoli, 1h40, 2011

 

habemus-papam.jpgReparti bredouille de Cannes, Habemus Papam a néanmoins récolté six prix aux Nastri d'Argento (prix de la presse italienne) : production, costumes, décors, photographie, sujet et meilleur film.

Après la mort du Pape, le Conclave se réunit pour élire le nouveau représentant de Dieu. Dans la salle, chacun pense aussi fort qu'il le peut "pas moi... pas moi !". Après un premier tour où les favoris sont tous à quasi égalité, on repart pour un tour. Et là, changement radical : Melville, qui ne s'était pas présenté, ne figurait pas parmi les favoris et n'avait pas même reccueilli une voix au premier tour, est élu. On lit l'hésitation et la peur l'envahir lorsque son som se fait entendre trop souvent, lorsqu'on commence à l'applaudir avant même d'avoir terminé le dépouillement, lorsqu'on lui demande de faire serment et lorsque, devant sa non-réponse, un cardinal se met à chanter pour l'encourager.

Il dit oui. Il le crie, même.

Mais lorsque vient le moment de se présenter aux balcons devant des millions de fidèles qui attendent depuis des heures, il ne peut pas. Il se met à hurler et fuit. D'abord ses responsabilités. Ensuite, le Vatican.

 

Et là, Nanni Moretti, déjà très bon lorsqu'il s'agissait de filmer l'arrivée des Cardinaux, devant une presse italienne corrompue et inutile, l'élection dans le Conclave, s'avère plein de second degrés pour parler d'un Pape qui fuit ses responsabilités, qui s'enfuit comme un enfant en manque de libertés. Entre séances chez le psy, repas à la bonne franquette, ballades dans Rome et pièces de théâtre, Melville (joué à merveille par Michel Piccoli) redécouvre la vie. Celle qu'il n'a pas eue. Celle qui lui manquait. Celle qui le faisait douter. Du côté du Vatican, personne ne peut sortir tant que le nouveau Pape n'est pas officiellement présenté au monde. Ils sont donc cloîtrés à l'intérieur, avec néanmoins une lueur de liberté, puisque le psychothérapeute athée (l'excellent Nanni Moretti !) appelé pour aider le Pape à vaincre ses peurs, est contraint de rester avec eux, maintenant qu'il a vu le visage du Pape.

 

Ce film est un vrai plaisir, intelligent, drôle, émouvant, sur un homme qui n'a pas vécu la vie qui lui convenait. Je remercie vivement Nanni Moretti de m'avoir offert ce plaisir, et de n'avoir pas tout gâché à la fin ! Je vous le recommande très chaudement s'il passe encore près de chez vous !

 


Jean-Louis Fournier, Satané Dieu ! , Le Livre de Poche, 5 € ****


Jean-Louis Fournier, prix Renaudot pour Où on va, Papa ? en 2008 (Stock), s'est spécialisé dans les courts livres d'humour. Avec Satané Dieu, il signe une fable drôlissime sur le rôle de Dieu et saint Pierre dans toutes les misères et autres emmerdements qui polluent le monde.

 

fournier.jpg« Dieu a fini le monde, il a ses cent cinquante trimestres, il peut enfin prendre sa retraite.

Il loge maintenant avec saint Pierre au dernier étage d'une grande tour, près du ciel, au dessus des nuages et de ses locataires, les hommes.

Son logement est somptueux, meublé en style Louis XV et très confortable. Il a un salon de musique, un fumoir, une bibliothèque avec plein de livres en latin, un home cinéma, une piscine intérieure, une salle de sport et une grande terrasse avec plein d'arbres.

Mais Dieu s'ennuie.

[...]

- Vous voulez qu'on déménage ?

- Non, je veux rester près d'eux.

- Alors essayez de leur gâcher la vie. Au lieu de multiplier le pain et le poisson, multipliez-leur les ennuis.

- Vous avez raison. Je vais m'occuper d'eux. Mais est-ce que je vais réussir ?

- Vous avez bien réussi le paradis, il n'y a pas de raison que vous loupiez l'enfer. »

 

Voilà, tout est là. Dieu s'ennuie. Et pour combler ce grand vide, il décide de nous faire chier. Oui, oui, c'est lui qui est à l'origine de tout ce qui pollue nos sens. Les moustiques, c'est lui. Le trou dans la couche d'ozone, c'est lui. L'augmentation du prix du tabac, c'est toujours lui. TF1 aussi. Les pigeons aussi. Le cancer du poumon, c'est encore lui. Tout. Tout, je vous dis, tout est de lui ! Tout ce qui gâche notre vue, notre odorat, notre ouïe, c'est lui.

Je me répète, mais il faut bien que vous compreniez : TOUT EST DE SA FAUTE. Et Jean-Louis Fournier le conte à merveille. Il explique comment Dieu crée de la crasse avec un humour dévastateur.

 

 

Zazie, Le Dimanche (issue de l'album Za7ie)

 

Pour finir, voilà un très beau texte de Zazie, nul besoin de commenter. Simplement, lisez et/ou écoutez !

 

(Zazie / Philippe Paradis – Zazie)
Editions La Zizanie / P. Paradis (à compte d’auteur)


Lundi, j’étais seul au Monde
La Terre était ronde
Plongée dans les ténèbres
Froide et funèbre
Pour moi, c’était clair
Il fallait que soit la lumière
Lundi, pour tromper mon ennui
J’ai fait le jour et la nuit
La nuit


Mardi, je me rappelle
La lumière était belle
J’ai fait de la déco
Quelques vagues, mais pas trop
J’ai fait des bas et des hauts
Et des ombres au tableau
Mardi, j’ai fini le Ciel
Et c’est au Ciel que je vis
Que je vis


Après, je me souviens
Juste que c’était bien
J’ai semé la pluie
Mis la graine dans le fruit
Qu’elle soit féconde
Puisque cette Terre est ronde
Mercredi, oui, c’est bien le jour
Où j’ai fait l’amour
Je m’en souviens toujours


Oui mais le Dimanche
Qu’ai-je fait
Mais le Dimanche
Qu’ai-je fait 


Jeudi, je te l’ai dit
Tout ça n’est plus très clair
En manque de chaleur
J’étais accro à la lumière
Il a fallu que j’allume
Le soleil et la lune
Histoire de briller un peu
J’ai sorti le grand jeu
Le grand Je


Vendredi, je ne sais plus
Avant ma garde à vue
Quel crime ai-je commis
Si ce n’est toi, mon ami,
Il fallait qu’on m’arrête
Avant d’avoir fait l’animal
Pour m’empêcher de nuire
Car vendredi, j’étais en plein délire
En plein délire


C’était la fin de la semaine
La Terre pourtant était pleine
Mais qu’est-ce qui m’a pris ce jour-là
Te vouloir à l’image de moi
Je t’ai fait mâle, dominant
Couler l’arme et le sang
Samedi, que la Terre me pardonne
Si j’ai fait les hommes
Si j’ai fait les hommes


Oui mais le Dimanche
Qu’ai-je fait
Mais le Dimanche
Qu’ai-je fait 


J’ai fait un petit somme
Un serpent dans la pomme
Que je me pardonne
Si j’ai fait les hommes


Oh mon Dieu
Mon Je
Oh mon Dieu
Qu’ai-je fait
Oui mais le Dimanche
Qu’ai-je donc fait


Je n’avais pas droit au repos
J’avais pas fini le boulot
Je t’ai donné un cerveau
Sans te dire comment t’en servir
J’aurais pas du te prévenir
Que tu allais mourir
D’où le malaise
Le cœur me pèse
De cette erreur de genèse
De cette erreur de genèse


Prononcer le nom Dieu
Prononcer le non-Dieu

 



Alors, d'accord, ce n'est pas en lisant Marc Dubuisson et Jean-Louis Fournier, en regardant le cinéma de Nanni Moretti et en écoutant Zazie que vous en apprendrez beaucoup sur Dieu mais, en tout cas, vous passerez un très bon moment !

Commenter cet article

Vincent 12/10/2011


Arrivée non désirée à la tête d'un véritable empire, attente d'une foule innombrable et impatiente, problèmes à s'exprimer devant un public, séances chez le psy, scènes en lieux clos... On pourrait
croire qu'il s'agit du film Le discours d'un roi, mais non ^^ Habemus Papam bien sûr !



Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog