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Ellen Willer, Le garçon qui ne pouvait pas voir les livres en peintures, roman ado, 90 pages, L'école des loisirs, collection Médium, septembre 2007, 8 €

Publié le par Sébastien Almira

ellen-willer.jpg

 

« Bonjour,

Je suis assez intimidé à l'idée de vous envoyer ces pages. Je n'ose pas dire roman. Optons pour manuscrit.

(...) Je ne connais personne dans l'édition. Il paraît que ce n'est pas facile de se faire publier. Mais je m'en fous, j'essaie.

(...) Parce qu'il n'y a pas si longtemps, les livres et moi, c'était plutôt la haine. Et voilà que je mets non seulement à lire, mais en plus à écrire.

Comment c'est venu ? Comme toutes les choses qui ont de l'importance dans une vie : par hasard. Je dis cela avec beaucoup d'aplomb, comme si j'avais une grande expérience de tout. En réalité, j'ai seize ans, et je ferais peut-être mieux d'un peu moins la ramener.

(...) Si vous ne le publiez pas, ce ne sera pas un drame : je serai déçu et je vous maudirai pendant quelques jours, peut-être même que je vous traiterai de tous les noms, mais, même si je dois renoncer à me dire écrivain, je m'en remettrai.

(...) Je pense que là il est temps de dire quelque chose à propos de salutations...

Étienne Hoffman. »

(pages 11 à 13)

 

ellen willer

 

J'ai lu quelque part que, pour un livre, tout se joue dès les premières phrases. Il paraît même que certains romanciers se creusent la tête des journées entières pour les écrire et que, ensuite, ils bâclent sans scrupule les deux-cent pages qui suivent, convaincus que personne ne les lirait. (page 15)

J'aurais pu commencer à écrire pour moi. (...) Mais, à mon âge, écrire un journal intime est une occupation pitoyable. Ou prétentieuse. (page 18)

Tout cela pour dire que pour moi, lire et écrire, c'est comme caresser et se faire caresser. Pour un début, je reconnaît que c'est assez poussif. Si vous avez lu jusque là, on peut dire que vous avez fait le plus pénible. Je commence à raconter. (page 19)

 

ellen willer

 

Le tout premier livre que j'ai lu, c'était il y a sept ou huit mois. Je veux dire, le tout premier sans que personne ne me le demande, ou ne me force, ou ne me dise qu'il fallait en faire un résumé qui serait noté. (...) Ce livre trainait sur le bureau de ma mère le soir où mes parents nous ont annoncé, à ma sœur et moi, qu'ils avaient décidé de divorcer. (page 21)

Le titre m'avait tiré un sourire. À la cinquième ligne, il y avait le mot sexe, c'est aussi une raison que je peux avancer pour tenter d'expliquer mon soudain intérêt.

Ce qui est sûr, c'est qu'à la sixième ligne je me suis rendu compte que les mots ajoutés aux mots faisaient des phrases. Que les phrases ensemble décrivaient des situations, ou des gens, ou des sentiments. Et que si j'additionnais les gens, les situations et les sentiments, j'avais exactement ce que je regarde à la télévision.

Un livre, c'est un téléviseur miniature qui marche sans pile ni batterie, pas besoin de brancher ni de recharger, qui ne gêne personne, que tout le monde considère avec respect parce que lire, c'est bien. Je peux l'ouvrir en classe, l'emporter partout, jusque dans le métro, où il n'y a pas de réseau. (page 29-30)

 

ellen willer

 

Dans l'escalier, je croise une fille, mon âge à peu près, qui montait, bien plus chargée que moi. Nous nous regardons. Un étage plus bas, je jette un coup d'œil et surprends de sa part un regard du même genre. (...)

- Et tu t'appelles comment ?

- Cindy, elle répond, et toi ?

- Étienne.

- Tiens, tu lis Da Vinci Code...

- Oui.

- Tu en es où ?

- ... Vers le milieu. (il ment, il est remonté prendre le premier livre qu'il trouverait dans l'espoir de recroiser la fille)

- Et tu aimes ?

- Oui, beaucoup.

- Ah...

- Pas toi ?

- Moyennement?

- Ah...

(pages 36 à 40)

C'est à elle, presque sans cesse, que j'ai pensé en lisant Da Vinci Code. À chaque page, je me demandais ce qu'elle avait aimé ou détesté. J'en étais à lui demander en pensée ce qu'elle en pensait. Je la faisais répondre. Et nous pensions pareil. (page 44)

 

ellen willer

 

Ma mère m'a toujours déconseillé de lire Jane Austen. Elle me l'aurait interdit qu'elle ne m'en aurait pas donné plus envie. Pour conduire un enfant à lire, s'il est récalcitrant, le meilleur des stratagèmes serait donc de l'en empêcher. Confisquer ses livres, les boucler sous clé. Ne pas lui en acheter. Organiser la pénuerie. Le priver de lecture après un mauvais bulletin.

Avec Jane Austen, je m'attaquais à du lourd, heureux à la seule idée de demander à Cindy ce qu'elle en pensait.

(...) Alors que je lui lisais les deux premiers chapitres, pour la première fois, j'ai eu envie d'écrire.

(...) Sur ces feuilles sacrifiées, il y avait les premiers mots que j'avais essayé d'organiser ensemble dans le but d'en faire une phrase. Une phrase lisible. Une phrase que d'autres pourraient lire. (pages 47 à 49)

 

 

Restent quarante pages de plaisir, d'étonnement, de cynisme, d'amour, de questionnements, de passage à l'âge adulte et de littérature à découvrir par vous-même !

 

ellen willer

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Croqueuse2Livres 01/02/2011 23:34


Et le premier article sur lequel je tombe sur ton blog est l'un de mes bouquins coups de coeur ! Il m'a fasciné ce livre, tant pour son approche de la lecture que pour ses personnages. Ca donne
envie de lire, et quand on aime déjà, c'est jubilatoire. Ellen Willer a écrit d'autres ouvrages chez L'Ecole des Loisirs qui sont tout aussi bons d'ailleurs, je te les conseille !


Sébastien Almira 06/02/2011 15:35



C'est pour cette raison que j'ai préféré mettre des citations en guise d'article !


J'avais vu qu'il y avait La fille qui ne supprotait (ou ne digérait) pas le mariage de ses parents mais ne sais pas s'il vaut autant le coup...



Cachou 01/02/2011 23:06


Très bonne idée d'article! Je comprends le "un peu différent" du coup...