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Fariba Hachtroudi, Le colonel et l'appât 455, roman, 180 pages, Albin Michel, janvier 2014, 16 € *

Publié le par Sébastien Almira

 

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Elle était l'appât 455, la plus célèbre prisonnière de l'impitoyable République théologique. Lui, un des colonels les plus proches du Commandeur suprême.

L'un et l'autre ont fui la dictature pour un pays nordique. Le colonel attend sa régularisation depuis cinq ans. Un matin, alors qu'on le somme de raconter pour la énième fois son histoire, pourquoi s'est-il engagé, quelles ont été ses fonctions, ses responsabilités, comment a-t-il fui, pourquoi, etc., son interprète habituelle n'est pas là. Elle est remplacée par celle qui fut l'appât 455.

Entre l'ex-bourreau et l'ex-prisonnière va se nouer une relation de dépendance et de conflit un peu faiblarde. Ce sera l'occasion d'en savoir plus sur les raisons qui ont poussé le colonel à braver les interdits, à défier sa hiérarchie et à fuir, sur le rôle de sa femme dans cette histoire, sur l'histoire de l'appât 455, battue, violée, mutilée, pour la faire avouer les crimes de son ami considéré comme terroriste.

 

Si, au départ, en recevant ce livre à la librairie, j'ai été enthousiaste, j'ai déchanté dès les premières pages. Un énorme problème de style détruit tout ce qui aurait pu être intéressant dans le roman de la petite-fille du Cheikh Esmaïl Hachtroudi (leader religieux iranien, député, ayant participé à la Constitution de 1906 et défendu laïcité et tolérance) et fille de Mohsen Hachtroudi (mathématicien et philosophe).

Le parcours de Fariba Hachtroudi est intéressant : doctorat en archéologie, journalisme (elle a notamment couvert la guerre Iran-Irak), auteure de romans, de reportages et d'essais. Elle écrit particulièrement sur son pays d'origine, l'Iran, et sur les droits des femmes.

 

Mais l'idée et le propos ne font pas tout.

Les premières pages sont énervantes (« Je n'ai pas fermé l’œil de la nuit. Une nuit blanche dans la ville blafarde qui veille en somnambule. La neige couvre le pays depuis trois mois. Le soleil ne se couche plus depuis quatre mois. Il inonde l'étendue de givre cristallisé. Des diamants à trancher des gorges. Je vomis cet amas de glace à la clarté aveuglante, aux réverbérations malsaines. Il est six heures du matin. Je quitte le foyer et prends le train à six heures trente. Une épaisse brume écrase l'horizon désolé de cette banlieue pourrie. Un paysage lunaire qui s'effiloche jusqu'à la capitale. Le brouillard m'apaise, me pénètre, engloutit mon être. Je deviens trouble, je fais corps avec l'environnement. Cela me convient parfaitement. Je ne supporte plus le net. La précision m'effraie. Les contours définis m'oppressent. Je vacille. Je titube. Même quand je suis assis. C'est grisant. » page 9).

Plus loin, le style s'arrange, sans pour autant être agréable.

Il faudra passer sur les répétitions (« À Devine, le sol – pur ou impur – est un écran muet où tourne à vide un reality show d'un genre nouveau. Le sol de Devine ou le dazibao de dessins psychédéliques. Sans commentaires. Le sol de Devine se passe de mot mais tord l'âme. À Devine la démarche est la carte d'identité des lâches. » page 49).

Et parfois, il faudra accepter de ne plus comprendre grand chose. Les personnages et les souvenirs s'entremêlent, comme page 154 à 158, où cette manie détestable de ne plus utiliser de guillemets pour les dialogues finit d'achever le lecteur complètement paumé. On ne sait plus qui parle, de qui de quel moment, ni à quel moment, qui est présent lors du souvenir, qui écoute ce souvenir, etc.

 

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J'ai tout de même lu Le colonel et l'appât 455 jusqu'au bout, intrigué que j'étais par ces personnages, emporté directement dans leur monde sans explication préalable. D'ailleurs, ce procédé qui consiste à ce que le narrateur s'adresse à quelqu'un de l'histoire (en l'occurrence le colonel à sa femme) histoire de nous raconter, à nous, lecteurs, rapidement, ce qui s'est passé avant la première page (« J'étais un meurtrier béni par le Commandant suprême et sauvé par toi. C'est vrai. J'étais comme eux, je t'ai menti pendant des années. Quand tu as su que je n'avais pas vraiment démissionné de l'armée. Que je n'étais pas vraiment un homme d'affaires. Que tout était hypocrisie et contrevérité, tu as explosé. Tu les quittes pour de bon ou je te quitte, m'as-tu dit. (…) Je t'ai dit moins tu en sais, mieux c'est. (…) » pages 11 et suivantes), c'est usé jusqu'à la corde et, ici, assez grossier. Tu as dit ça, j'ai dit ça, tu pensais ci, j'ai fait ça... Elle le sait tout ça, à quoi bon le lui redire, si ce n'est pour l'expliquer aux lecteurs ? Grosse ficelle visible, quand tu nous tiens !

Non, décidément, sur la forme, rien ne va dans ce roman. Et le fonds, effondré sous les maladresses, ne parvient pas à sauver grand chose. Il vous faudra sauter quelques paragraphes, quelques pages, afin d'arriver au bout. Dommage.

 

 

Merci à Claire des éditions Albin Michel pour l'envoi de ce livre.

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jostein 11/02/2014 11:42


je viens de le terminer et je ne suis pas vraiment convaincue. Mon avis devrait paraître dans la semaine sur mon blog.

Sébastien Almira 11/02/2014 23:28



Hâte de le lire, comme tu l'as lu j'ai été déçu aussi.