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Francine Prose, Après, roman ado, 230 pages, Seuil / Métailié, janvier 2013, 13€ **

Publié le par Sébastien Almira

 

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Une fusillade au lycée de Pleasant Valley, ville au nom ironique, et le quotidien de Tom et de ses copains est chamboulé. C'est que le drame a eu lieu à 80 km de là. Le docteur Willner débarque et, du jour au lendemain, quelques nouvelles règles sont à respecter. Au fil des jours, c'est une avalanche d'interdictions qui s'abattent sur des élèves atterrés et apeurés. Plus le droit de porter du rouge, de mâcher du chewing-gum, de lire L’attrape-coeur de Salinger, jugé subversif. Des fouilles tous les matins, suivis de réunions moralisatrices, des sujets tabous, des documentaires historiques dans le bus, des mails hebdomadaires aux allures de propagande envoyés aux parents, des camps de redressement vendus comme des centres psychologiques, d'étranges disparitions, etc.

 

L'ambiance devient vite concentrationnaire. Tom et ses potes ne savent que faire lorsque le docteur Willner les oblige à perdre le prochain match de basket. C'est à ce moment qu'ils sont forcés de se poser la question qui les taraude depuis le début : faut-il plier, s'écraser, perdre la face ou se rebeller, se défendre, relever la tête ?

À la moitié du récit, il devient quasi impossible de s'arrêter. Que va-t-il advenir de Tom, Silas, Brian, Avery, Becca et les autres si je ferme la page ? Que veut réellement le docteur Willner ? Pour qui travaille-t-il ? Jusqu'où va le complot que les élèves commencent à imaginer ? Comment se sortir de cet état d'apitoiement qui empêche quiconque de broncher ?

 

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Très efficace, la prose de Francine Prose (oh ! oh!) nous entraîne dans les méandres du récit hyper contemporain qu'elle construit et déroule sous nos yeux ébahis. Un nœud au ventre accompagne un plaisir de lecture évident, la tension monte sans cesse, mais tout se casse la gueule dans les dernières pages. À la manière d'une Amélie Nothomb, l'auteure souffre visiblement d'un cruel problème de fin. Exactement comme dans Journal d'Hirondelle ou Le fait du Prince, l'auteure nous fait nous oser des tonnes de questions auxquelles elle n'apporte finalement pas de réponse. Je n'ai rien contre les fins ouvertes, mais dans ce type de romans, où un suspense est créé de toute pièce par l'auteur autour de questions fondamentales, c'est insupportable. Pourquoi faire preuve d'imagination si celle-ci est en fait tronquée ? Pourquoi ne pas aller au bout du propos ? Surtout lorsque celui-ci fait semblant d'être politique. Je dis « semblant » parce que, finalement, on ne sait pas.

Deux étoiles pour l'immense déception qui m'a envahi à la fin de ce roman pourtant très prometteur.

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