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Glen David Gold, Carter contre le Diable, roman, 810 pages, Super 8 Éditions, avril 2014, 22 € ***

Publié le par Sébastien Almira

 

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Cela fait des années que je n'ai pas lu un livre aussi gros que Carter contre le Diable, et même un livre de plus de 400 pages. C'est complètement con, je vous l'accorde, mais les gros livres me font peur. D'abord, j'ai tendance à vouloir aller au bout des livres, au cas où, même si je n'accroche pas, histoire de ne pas dire n'importe quoi dans mes articles. Ensuite, c'est vachement long quand même, et je vous rappelle que je suis une grosse feignasse. Enfin, en tant que libraire, ma satisfaction est immense dès que je peux dire « j'ai lu un nouveau livre ! », j'ai donc un meilleur rendement si je lis quatre livres de 200 pages qu'un de 800.
Mais Carter contre le Diable, qui partait pourtant avec une seconde tare : c'est un polar, me tentait beaucoup et je voulais voir ce que donnait et soutenir une nouvelle maison, Super 8 Éditions, petite sœur des éditions Sonatines, qui ne publiera que des romans (pour l'instant américains, aux allures de polar) dont les droits cinématographiques viennent d'être achetés.

Warren G. Harding, Président des États-Unis, termine sa « tournée de la compréhension » par une apparition au spectacle de Carter le Grand au Théâtre Curran de San Fransisco le jeudi 2 août 1923. Pendant la nuit, il meurt et on soupçonne le magicien et la femme du Président, mais à demi-mots pour cette dernière. Après une mise en place et un vague début d'enquête de quarante pages, Glen David Gold nous plonge dans l'enfance de Charles Carter. On découvre ainsi comment lui est venu le goût de la magie alors qu'il n'avait pas plus de sept ans, comment il est parvenu à ce que ses parents le laisse participer à une tournée de music-hall où il présentait quelques tours de cartes et autres B.A.BA de la magie payé au lance-pierre, puis son ascension fulgurante jusqu'à ce qu'il devienne Carter le Grand.
C'est le passage du livre qui m'a le plus passionné, deux-cent pages pendant lesquelles l'intrigue policière de 1923 n'existe plus. Seul compte Carter. Carter, sa vie, son œuvre ! On est plongé dans l'ambiance des années 10 et 20, l'âge d'or de l'illusion bientôt détrônée par le cinéma, l'invention par Carter de certains des plus grands tours de son époque, les premières automobiles, les bars clandestins où l'alcool coule à flot malgré la prohibition, etc.
Puis on revient en 1923 où l'agent Griffin est persuadé que Carter a assassiné le Président et tente par tous les moyens de le confondre.

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Mais la longueur aura eu raison de moi car, même si je n'ai rien trouvé véritablement ennuyeux, l'intrigue policière qui reprenait le dessus m'a dépassionné. Il n'y avait pas que ça car, finalement, je n'ai pas trouvé que Carter contre le Diable s'apparentait à un vrai roman policier. Certes, il y a une intrigue policière, mais c'est une enquête qui n'a étrangement pas l'air de passionner la police et qui s'enlise assez vite. Et puis la magie a encore une place importante, la vie de Carter aussi. J'aimais toujours ce que je lisais, mais il n'y avait plus l'engouement des débuts, un peu comme une relation qui s'essoufflerait, comme une sorte de lassitude.

« On sait comment fonctionnent quatre-vingt-dix-neuf pour cent de l'Univers, dit-il (Robert-Houdin) à Carter après leur rencontre. Ils forment les rouages de nos machines ? Mais c'est le un pour cent restant qui imprime son mouvement aux pendules. La force d'inertie. Personne ne sait comment ça marche, et pourtant ça marche. C'est la part du mystère. Le secret de notre Créateur. Accouplez l'énergie et l'inertie, l'explicable et l'inexplicable, et vous obtenez la magie, notre gagne-pain... » page 325

Malgré une partie qui m'a moins passionné, un style et une construction assez classiques, et somme toute assez peu de rebondissements (même si ceux que nous l'auteur ont été grandioses et inattendus pour moi), Carter contre le Diable est un très bon roman, à la croisée du polar, du fantastique et du biopic. Warren G. Harding a véritablement été le vingt-neuvième Président des États-Unis, conservateur dont le mandat n'aura duré que deux ans puisqu'il est mort le dernier jour de sa tournée de la Compréhension dans des circonstances aussi étranges que dans le roman, sa femme ayant été soupçonnée, et la version de Glen David Gold ayant été soutenue par plusieurs spécialistes. Charles Carter est également devenu Carter le Grand, un des plus grands magiciens de son temps, qui faisait notamment disparaître un éléphant de la scène. Certains de ses tours sont décrits dans le livre et on a l'impression d'y être.
Intéressant, parfois passionnant, très bien ficelé bien que classique (un style et une construction plus fantaisistes auraient peut-être mieux servi l'intrigue) , Carter contre le Diable sera bientôt adapté au cinéma avec Johnny Depp dans le rôle du magicien. Ça s'annonce grandiose !


« Si on devait lui reposer la question du colonel Starling, voici ce qu'il répondrait :
- Messieurs, j'ai réalisé beaucoup d'illusions qui sont à la fois exceptionnelles et originales.
Quand, Carter le Grand, avez-vous présenté pour la dernière fois une telle illusion ?
Récemment.
Mais quand ?
Ses yeux étincelèrent. Il lança à voix haute :
- J'ai bien peur de ne pouvoir vous répondre.
Sans tenir compte du conseil donné par Ledocq à propos des arbres que personne n'entend tomber, Carter avait réalisé un tour à l'insu du public. Ce qui rendait plus irritantes encore les piques de Starling. Non seulement son spectacle actuel n'était que du réchauffé, mais la seule et unique illusion intéressante s'était produite après le final, en coulisse. Personne n'en avait rien su, et nul ne devrait jamais rien en savoir. » pages 342-343

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