Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Guillaume Staelens, Itinéraire d'un poète apache, roman, 300 pages, Viviane Hamy, août 2013, 22 € ****

Publié le par Sébastien Almira

55885480_11209416.jpg

 

Deuxième coup de cœur adulte de la rentrée, deuxième coup de cœur chez Viviane Hamy.

 

« Quel était le combat de ma génération ? Suivre de longues études, ingurgiter des polycopiés pour se payer une baraque préfabriquée, un écran géant et des vacances en Thaïlande ? Pour crever dans une salle de bains, la joue contre le carreau froid, le bide débordant du peignoir blasonné ? Une vie pasteurisée ? Un plat sous vide ?

Je passe la main. » page 83

 

Je pourrais vous dire de relire le titre au lieu de vous faire un résumé car c'est presque ça. Mais c'est quand même un peu plus. Le premier roman de Guillaume Staelens retrace sur une quinzaine d'années la vie de Nicholas Stanley, de la tribu indienne des Nez-Percés par sa mère et américain par son père, du genre PDG d'une multi-nationale. Ado solitaire vivant seul avec sa mère, il se réfugie dans les livres, Poe, Burroughs, Thoreau, Melville. Passionné de BD et de comics, il dessine aussi à ses heures perdues. Rebelle sans véritable cause, intéressé par la politique, l'écologie, l'histoire, il s'éparpille un peu, avance sans but, vit au jour le jour, fait des rencontres, lâche tout du jour au lendemain pour changer de pays, vivre une nouvelle aventure.

C'est un peu tout ça que raconte le livre. On évolue avec ce métisse amérindien qui s'émerveille partout mas ne trouve de place nulle part. « Mon métissage se résumait à deux portes ouvertes qui me claqueraient brutalement au nez. » (page 198) On voyage aux quatre coins de l'Amérique. New York (« demeures somptueuses, façades fluo, galeries d'art et restos miteux, la cohérence était bannie, don du ciel pour un dessinateur débutant » page 94), Seattle, Vancouver, le Yukon, Porto Rico, La Nouvelle Orléans, Buenos Aires (« un univers métissé dans un décor de vieille Europe : l'avenir du monde » page 231) ...

 

« Buenos Aires fut secouée par les émeutes. Pendant deux jours, les 19 et 20 décembre, des milliers de manifestants descendirent dans la rue : ¡Que se vayan todos ! Ils exigeaient le départ de la clique dirigeante, notoirement corrompue. Et tout de suite !

La situation économique se révélait pire que les prédictions d'Al. La présidence néolibérale de Mehen avait précipité la faillite. Un Argentin sur quatre était sans emploi. La carte de crédit servait de mode de vie, la politique d'austérité n'avait fait qu'aggraver la situation.

Durant ces quelques heures, je vécu le soulèvement d'un peuple en furie. Scènes d'émeutes et de saccages, magasins pillés par une population de tous les âges, toutes classes sociales confondues, par des retraités, des mères de famille. Les rang des émeutiers grossissaient de jour en jour.

Les cordons policiers cernaient les supermarchés, temples modernes qui avaient enlaidi le pays. La répression raviva la flamme. Murs tagués, boutiques barricadées, chaos généralisé : comme un avant-goût du monde à venir.

Je discutai, dialoguai avec les émeutiers. Le combat visait bien plus haut que les ventres ou les porte-monnaie. Il fallait dégager le président, Fernando De la Rùa, tyran d'opérette imposé par Washington et le FMI. Les gringos ne pouvaient plus imposer leurs marionnettes. Les émeutes étaient une deuxième guerre d'indépendance. » page 229

 

index.jpg

 

Au fil de ses pérégrinations, on en apprend sur l'histoire de la ville, du pays, sur la politique actuelle, sur l'évolution politique des États-Unis, sur la transformation du continent sud-américain avec l'élection de Chavez, Lula, Michelle Bachelet et des autres. Vous saurez tout sur le Mercosur, l'Alba, les magouilles entre présidents, l'évolution fulgurante du Brésil de Lula. On en apprend aussi un paquet sur le rock, le grunge et les groupes qui ont suivi. Nirvana, Smashing Pumpkins, Björk, Oasis, les Red Hot...

Nicholas Stanley est une vraie pile électrique. Sans cesse en mouvement, il visite et découvre tout ce qu'il peut. Vous êtes prêts à le suivre ?

 

« Le grunge avait contaminé les étudiants. Mépris pour l'élégance, cheveux sur les épaules, langage ordurier, chemises de bûcheron en loques étaient les symptômes. Les jeunes blancs se laissaient gagner par la léthargie et l'angoisse. Les regards mélancoliques étaient ceux de Bartelby ou de Cobain. La drogue envahissait les couloirs. Nevermindavait désarmé une jeunesse née pendant la guerre du Viêt-Nam. » page 77

 

C'est un véritable coup de cœur que ce bien étrange road-movie. C'est grunge, poétique, ethnique, identitaire, politique, littéraire, musical, touristique, historique. Pris dans une spirale autant auto-destructrice (clope, alcool, drogue) que merveilleuse, le héros de cette tragédie qui ne manque pas de rebondissement vous fera vivre une aventure hors du commun, à mi-chemin entre la satire sociale et le récit de voyage.

 

« Offrande suprême, la région m'offrit ses aurores boréales. C'est ici, dans l'extrême Nord canadien, que des millions de watts se déchargent, loin des curieux.

Pendant les nuits d'un noir d'encre, des volutes vert-rose enflammaient la voûte. Ballets d'électrons, particules élémentaires, jeux de lumière. Continûment mouvantes, les aurores formaient un arc, ou un cercle, pour finir en rideaux s'échappant vers l'horizon illimité. Leurs drapés imprévus simulaient une couronne de roi déchu.

Très hautes, fragiles et intenses, les nappes vertes, jaunes, rouges, bleues s'entrelaçaient, avant de disparaître dans le néant. J'observais la folie électrique de l'Univers agoniser en symphonie colorée. J'étais sur le toit du monde.

Le Yukon était une météorite échappée du cosmos. Un arc-en-ciel dans la nuit noire. L'endroit idéal pour mourir. » page 159

Commenter cet article

massage 20/11/2013 14:43


On ne le trouve qu'au format kindle, pas au format papier ?

Sébastien Almira 20/11/2013 22:44



Si, si ! En librairie, vous pourrez le trouver ou le commander sans soucis !