Irène Cohen-Janca, Demander l'impossible.com, roman ado, 220 pages, Rouergue, collection doado, octobre 2012, 13,20 € ***

Publié le par Sébastien Almira

 

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Antonin est un adolescent normal entouré de personnes qu'il ne comprend pas bien. À commencer par sa sœur Emma, de deux ans son aînée, qui excelle en tout et ne vit que pour sa classe prépa et sa phobie de la graisse. Comme presque toutes les filles, elle se trouve grosse. Comme trop de filles, elle se trouve grosse à tort. Ensuite, il y a ses parents, pas un mot plus haut que l'autre, tout va bien, on ne dit rien, on ne fait rien ; sa petite amie toujours prête à le quitter ; son oncle Max qui a fait mai 68 comme d'autres ont fait la guerre et qui prône encore le slogan « soyez réalistes, demandez l'impossible » ; et le clodo en bas de chez lui dont l'intérêt réciproque devient presque inquiétant. Qui est cet homme sans domicile fixe qui ne vit pas en bande, ni avec ses canettes de bière et ses bouteilles de piquette, et qui tient comme à la prunelle de ses yeux à un sac plastique qu'il plaque continuellement contre son cœur ?

 

Antonin se demande que vaut la vie, ce qu'il faut pour la vivre et la réussir, pourquoi sa sœur va mal, pourquoi un homme a raté sa vie, pourquoi son oncle cache une photo de groupe où sa mère est présente, mais pas son père, que cache cet homme dans son sac plastique ?

 

Et il nous entraine avec lui dans cette histoire en toute simplicité, sans fantaisie, une histoire qui pourrait nous arriver, une histoire qui le fait réfléchir, grandir. Et pourquoi pas nous aussi ?

Et, j'avoue, il m'a emporté. Je voulais moi aussi avoir la réponse à toutes les questions qu'il se pose. Je l'ai lu quasi d'une traite, dans le métro en allant au cinéma, en en revenant et avant de me coucher. Je n'ai pas adoré, mais j'ai trouvé que c'était une belle histoire qui n'en fait jamais trop, qui émeut ce qu'il faut pour peut-être se remettre en question, sans que ce soit trop prise de tête non plus, ne vous inquiétez pas !

C'est Antonin qui raconte l'histoire et j'avoue que, venant de lire la trilogie d'Anne Percin chez le même éditeur, le personnage d'Antonin et son langage ont été quelque peu éclipsés par la verve de Maxime Mainard.

J'ai été moins emballé, vous l'aurez compris, que par Le faire ou mourir et Comment (bien) rater ses vacances, mais doado au Rouergue est une collection à suivre assurément !

 

 

« Léa est ma première copine. Faudrait pas qu'elle soit la dernière.

Elle est arrivée quand je commençais à désespérer de faire comme les autres. J'avoue : je ne sais pas m'y prendre avec les filles. Même pas une histoire de râteau à répétition.

Je n'avais jamais tenté d'embrasser une fille avant elle, ce qui est une véritable honte quand je vois les têtards de quatrième qui, déjà, roulent méthodiquement des pelles à des têtards femelles de douze ans à string apparent et soutif rembourré.

Au fond, je suis un attardé, une sorte de débile mental. » (page 14)

« Dimanche. Je ne sortirai pas. Je ne ferai rien. Je hais les dimanches en règle générale. C'est le dimanche soir que j'ai souvent eu mal au ventre. J'aurais voulu deux samedis au lieu d'un samedi et un dimanche. Le samedi, tu as l'éternité devant toi : dimanche. Quand le dimanche arrive, voilà que s'étale la longue plaine de l'ennui et des emmerdements : la semaine, le bahut, les devoirs à rendre... Et dimanche devient, au lieu du paradis attendu, la petite lucarne ouverte sur l'enfer à venir. » (page 210)

 

 

Cet article est l'occasion de recommencer ce que je faisais avec les romans ado : les mettre en scène pour illustrer l'article, au lieu d'utiliser simplement la première de couverture (voir les articles des romans Xprim' Sarbacane). Pour cette nouvelle première, je n'en aurai qu'une à vous proposer, n'ayant pas Le Lion de Joseph Kessel chez moi, ayant la flemme de traverser Paris pour prendre le livre en photo aux Buttes-Chaumont et me voyant pas demander au SDF de la Poste d'à côté  de poser avec le livre.

 

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Merci à Adèle Leproux des éditions Rouergue pour l'envoi de ce livre !

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