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Jean-Baptiste Del Amo, Le Sel, roman, 300 pages, août 2010, Gallimard, 19,50 € **

Publié le par Sébastien Almira

« Jamais elle n'avait compris l'excitation de la mer, indéfiniment renouvelée. Les hommes y vont comme ils vont aux femmes, se lassent des femmes, mais jamais du large. Elle pensait à Armand sans y penser vraiment ; les disparus nous habitent sans cesse. Ils ne sont pas une image mais une empreinte indélébile, un voile entre soi et le monde, qui le colore à sa façon d'une âpre mélancolie. Désormais, rien ne lui parvenait, aucune image, aucun son, aucun sentiment, sans être pétri du souvenir d'Armand. » (page 17)

 

 

le selLe second roman de Jean-Baptiste Del Amo, c'est ça : la mer, les hommes, les disparus, la mémoire, l'ennui, le sel. Tout ramène à la mer comme tout ramenait à la Seine dans Une éducation libertine, premier roman remarqué autant que remarquable.

 

Ce roman qui pourrait être une pièce de théâtre classique se déroule en une journée ; celle du dîner où Louise a convié ses trois enfants, leurs conjoints et leurs enfants. Une journée comme une autre où la perspective d'un simple dîner voile doucement l'atmosphère d'apparence paisible qui régnait sur la famille. Mais rien ne se passe. Chacun leur tour, Louise et les trois enfants, Albin, Fanny et Jonas, se souviennent de leur enfance, de leur père, de la mer. En avançant pas à pas dans les trois actes mis en scène par une plume toujours divinement façonnée, Nona, Decima et Morta, on apprend d'abord à connaître les protagonistes, puis la vie d'une famille ravagée par un homme rustre dont l'existence entière était vouée à son amour inconditionnel de la mer.

 

Jonas, c'est le petit dernier, le chouchouté par sa maman, qui vit avec Hicham et qui hait son père. C'est cliché, certes. Depuis qu'il l'a entendu dire qu'il n'était qu'une pédale dont ils ne feraient rien, il ne souhaite rien plus que de se dissocier de lui. Il éloigne le plus possible son caractère, son physique, sa sexualité, son style de vie de ceux de son père. Rien d'autre que l'amour de l'eau, de l'étang, de la mer, ne leur est commun.

« Fanny n'ignorait rien des liaisons successives que Mathieu avait entretenues durant ces dernières années, mais elle n'était jamais parvenue à en éprouver ni peine, ni rancœur. Elle savait que Mathieu la fuyait et elle ne lui en tenait pas rigueur. La disparition de Léa (sa fille, ndlr) avait suspendu son existence ; elle était sur le bas-côté et regardait passer le train sans avoir la force d'essayer de monter à bord. » (page 33) « Il ne restait (d'elle) qu'une bourgeoise guindée et attentive, voire vouée toute entière à la superficialité de la vie. » (page 124)

Albin, en tant qu'aîné parfait, avait hérité de son père tout ce qu'il pouvait en prendre : un machisme certain, une supériorité à toute épreuve, un physique robuste, une vision particulière de la femme et un dégoût profond pour Jonas. « Son frère l'écœurait, lui faisait honte. Sa présence était comme un affront à sa virilité. Rien ne lui était plus difficile que de les voir réunis en toute impunité sous le toit de son père. » (page 46) Malgré sa condition de patriarche viril et puissant, son couple battait de l'aile depuis qu'ils avaient appris à faire l'amour en silence à l'arrivée des enfants.

 

Voilà donc ce que l'on apprend dans ce second roman tant attendu qui m'a légèrement ennuyé, le caractère de chacun des enfants, entre autres souvenirs maritimes sexuels (ballades à la plage où la mère se fait toucher par un étranger, sorties en vélo entre jumeaux à la plage où l'un finit par bander et toucher l'autre, sortie à la mer où Fanny, assise sur un marin ami du père, sent des mains sous sa jupe et une verge dressée contre elle, etc.). Car si les scènes sexuelles étaient peu présentes dans Une éducation libertine, elles étaient empreinte d'une sensualité torride. Dans Le sel, le vulgaire et le malsain prennent parfois le pas un peu trop facilement sur une écriture sensible et recherchée qui laisse penser à un auteur classique.

 

Au terme de cette journée comme les autres, le dîner. Rien d'autre.

Au terme de ce roman comme les autres, l'écriture. Rien d'autre.

 

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Vincent 31/12/2010 13:34


Une conférence fort intéressante à la librairie Mollat de Bordeaux sans même avoir lu le livre, un auteur hésitant, touchant nous révélant ses pensées qui l'ont aidé à écrire.
Cependant, je n'ai toujours pas lu le livre, car, bien que son style puisse me plaire, l'histoire quant à elle ne m'as pas l'air très attractive.


Sébastien Almira 31/12/2010 14:03



Il est vrai que la conférence était intéressante, malgrè un conférencier soporifique. Tu t'ennuieras encore plus et tu trouveras l'histoire encore moins attirante que moi, Vincent !