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Jean-Paul Didierlaurent, Le liseur du 6h27, roman, 210 pages, Au Diable Vauvert, mai 2014, 16 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

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Sorti de nulle part il y a quelques jours, quelques semaine à peine, le premier roman de Jean-Paul Didierlaurent est devenu un phénomène avant même sa sortie. Les droits de traduction ont été vendus à plus de vingt-cinq pays, parfois aux enchères, et ce sont désormais les producteurs de cinéma américains qui se l'arrachent. Face au buzz savamment orchestré par Au Diable Vauvert, la petite maison du sud de la France a avancé la sortie française de deux semaines.

 

Mais quelles sont donc les qualités extraordinaires du Liseur de 6h27 pour déchaîner ainsi les passions, me direz-vous ?

Un énorme coup marketing a visiblement suffit car, si le roman n'est pas mauvais, l'histoire n'est ni des plus originales ni extraordinairement plaisante ou jouissive, les personnages ne sont pas des héros ou anti-héros qui marquent à vie, le style n'a rien d'exceptionnel, l'auteur ne nous emmène pas dans une aventure tellement efficace qu'on ne peut pas la lâcher, ni tellement magnifique qu'on souhaite s'y perdre à jamais. Rien de tout ça.

 

Les personnages et l'histoire sont plutôt banals : Guylain Vignolles, 36 ans, est né sous le signe d'une malheureuse contrepèterie qui a pourri son enfance. Adulte « ni beau, ni laid, ni gros, ni maigre. Juste une vague silhouette entraperçue en bordure du champ de vision. », il est employé d'une usine de pilonnage de livres et vit seul dans un studio avec son poisson rouge, Rouget de Lisle, quatrième du nom, et ment à sa mère sur sa vie. Tous les matins, il croise Yvon, le gardien qui ne parle qu'en alexandrins ; Brunner, un connard de vingt-cinq ans qui a un avis sur tout, est « expert en l'art de se foutre royalement de votre gueule tout en vous faisant des courbettes » ; puis Kowalski, le chef, un autre connard, incapable de communiquer normalement, « comme si la méchanceté accumulée en lui pendant la nuit devait sortir de sa bouche à tout prix avant qu'elle ne l'étouffe. »

Il actionne ensuite La Chose, la machine qu'il ne parvient pas à appeler autrement, qui détruit des livres invendus par centaines, par milliers. Le soir, il nettoie la machine et récupère discrètement les quelques pages qui ne sont pas passés à travers les « cinq cents marteaux gros comme des poings d'hommes disposés en quinconce sur les deux cylindres horizontaux qui couvraient toute la largeur de la fosse (…), les six cents couteaux en acier inoxydable répartis sur trois axes en tournant à la vitesse de huit cent tous minutes (…), la vingtaine de buses (qui) formaient une haie d'honneur qui envoyait sans discontinuer une eau à cent vingt degrés sous trois cent bars de pression (…) et les quatre bras puissants du malaxeur. » Comme disait Giuseppe, le seul autre ami de Guylain avec Yvon, qui a eu un accident de travail : la machine, « ça génocide ».

Ces pages récupérées, il les lit le lendemain matin, assis sur le même strapontin, dans le RER de 6h27 en se rendant à l'usine. L'auteur reste vague sur les raisons, ou bien il a oublié de développer. On devra se contenter d'un « seul l'acte de lire revêtait de l'importance à ses yeux. » (page 13)

Un jour (à plus de la moitié du livre), il trouve une clef USB sur son strapontin, remplie de textes écrits par une dame pipi de 28 ans. Il tombe sous le charme de ses écrits et de sa personne, sans savoir si la clef a été oubliée ou déposée là exprès.

 

Le style on ne peut plus normal sert bien cette histoire de personnes qui passent à côté de leur vie. Rien de transcendant, ça se lit avec fluidité. On suit le roman avec facilité mais sans grand intérêt. La fin fera sourire, certains (certaines surtout, oh le vilain préjugé) trouveront que c'est « une très belle histoire », une « belle leçon de vie » ou encore « un livre passionnant qui donne envie de sourire et de vivre ! ». J'entends les gloussements de satisfaction d'ici. On m'a comparé ce roman à Ensemble, c'est tout d'Anna Gavalda dans le genre personnages amochés par la vie qui réapprennent à vivre. L'avantage, c'est qu'il est plus court.

C'est sympa à lire, même s'il existe des « livres qui donnent le sourire » mieux écrits, plus efficaces et aboutis. Ne vous attendez donc pas à un chef d’œuvre à la hauteur du phénomène.

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