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Jérôme Garcin, L'écuyer mirobolant, roman, 170 pages, Gallimard, janvier 2010, 15,90 € *

Publié le par Sébastien Almira

garcin

Le titre déjà prête à sourire. L'écuyer mirobolant, un brin moyen-âgeux, un brin campagnard, un brin de paille dans la rentrée littéraire de janvier qui, cette année, se décale sur le mois de mars. En effet, ce n'est pas en janvier qu'on trouve le plus gros de la rentrée, mais ce mois-ci avec Eric-Emmanuel Schmitt, Patrick Modiano, Paul auster et le mois prochain Katherine Pancol et Guillaume Musso, qui ne font pas partie à proprement parler de la rentrée, mais qui préparent plutôt le terrain à l'été avant le raz-de-marée prochainement provoqué par Marc Lévy...

En tournant le livre, on rit carrément.

"En équitation comme dans l'armée, Etienne savait combien c'eut été vain de vouloir casser les rebelles, soumettre les acariâtres, et qu'il était impossible d'atteindre la légèreté par la force, le brillant par la colère. Même les étalons les plus impérieux, il ne les avait pas combattus. Au contraire, il n'avait eu de cesse de vouloir les comprendre pour mieux s'en faire des alliés. Quel que fut le cheval, il n'aspirait qu'à se passer des aides. Il rêvait en effet de régner sans poids ni appuis, par le seul souffle de la botte, la caresse du cuir, la profondeur de l'assiette. Monter n'était plus alors une activité physique, c'était une pensée pure, un acte de foi."

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On ne peut que rire de cet extrait justement si campagnard, dans lequel on apprend qu'Etienne ne combat pas, "même les étalons les plus impérieux". Non, Etienne préfère s'en faire des alliés. Mais des alliés pour quoi ? Pour combattre qui ? Quoi ? Monter est un acte de foi, une activité psychique plus que physique pour le héros de Garcin, on se rend alors compte de l'ampleur de la tâche. On tient là, entre nos doigts, une apologie de l'équitation, un ode à la balade champêtre, une prière, une déification du cheval ! On se rend compte de ce que l'on s'apprête à lire.
On se rend également compte du style de l'auteur, certes pas mauvais, certes même assez bon. Mais peut-être aussi trop bon et, par là-même, plus si bon que ça. En effet, à force d'aligner les tournures de phrases alambiquées, les termes techniques de l'équitation et les mots de liaison ("et", "même", "au contraire", "en effet", "alors"), le style élégant et soutenu de l'auteur devient vide lourd et approximatif. Et ça nous fait peur aussi.

On se dit que c'est Gallimard, on se dit que c'est Jérôme Garcin, on se dit qu'il a quand même reçu plusieurs prix. Mais on finit la quatrième de couverture et on se dit qu'il a quand même aussi écrit La chute de cheval, Bartabas et Cavalier seul...

Mais on ne peut croire que Gallimard chasse sur les terres des Presses de la cité et de De Borée, on ne parvient pas à imaginer Gallimard publier des romans du terroir, non on ne peut pas. Alors on fait confiance à l'image de l'éditeur, et on se décide à ouvrir le livre.

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L'épigraphe n'encourage pas la lecture ("Toujours le cheval ! Tout ce qui m'est arrivé de bon m'est venu par le cheval."). On tourne la page quand même. on y apprend que l'histoire commence à Dax en janvier 1949, on n'est même pas au Moyen-Âge...  Et là commence la succession d'innombrables phrases à la Christian Signol pastiché par un Pascal Fioretto en forme (donc, en pire), toutefois servies par plus de style et de bagou. comme en témoigne la première, page 13 ("On aurait dit que, venu pour l'occasion du désert africain, un dromadaire blatérait derrière le mur et faisait l'intéressant mais ce n'était que l'ébrouement rauque d'un cheval de trait sonné par l'hiver gascon.") ou encore, à la page 170, "La journée avait été harassante. Elle avait commencé très tôt. une de ses meilleures juments avait pouliné au petit matin. La tête, d'un joli gris cendré, était apparue, suivie des antérieurs et enfin des postérieurs. Précis, rapide, Philippe avait désinfecté e cordon à la teinture d'iode et l'avait ligaturé avec du gros fil."

On se croirait plus dans un documentaire animalerie sur Arte que dans un roman publié en une rentrée de janvier chez Gallimard.

On assiste également à l'avalanche d' "on aurait dit que" et d' "on eut dit que", comme si Garcin ne savait pas formuler ses comparaisons par un autre moyen que celui, lourd à souhait, utilisé à tort et à travers par des enfants en bas âge, certes remodelés dans les temps du passé. Alors, le style et le vocabulaire ont beau être un minimum recherchés (quelques fois), mais le résultat ne se fait sentir qu'à moitié pour qui se plait à aimer le beau style en littérature, et pas seulement chez les classiques. Nombre de contemporains usent d'un vocable recherché sans pour autant paraitre involontairement pompeux et approximatif, comme en témoignent Jean-Pierre Ohl (chez Gallimard) ou encore Cécile Ladjali (Actes Sud), liste loin d'être exhaustive.

Avec tout ça, je n'ai même pas causé synopsis. L'histoire ne commence pas, comme je l'ai cru à la première page en 1949 car Jérôme Garcin sait se servir d'analepses dans son récit pour rendre hommage au Capitaine Etienne Beudant (1863-1949) dans un roman qui n'en a le nom que par sa fin imaginaire. Il conte son histoire, de ses vingt-quatre ans à sa mort, de son entrée à la prestigieuse école de cavalerie de Saumur créée en 1825 par Charles X au 16 janvier 1949, jour de son enterrement et, treize ans plus tard, dans un épilogue où évolue Philippe Meurdrac, l'homme qui a découvert à ses dix-sept ans la jument de Beudant dans son pré, qui l'a  sauvée des griffes des Allemands et l'a prise sous son aile.

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Voilà donc ce qu'on trouve dans ce livre qui nous a fait sourire, puis rire avant de l'ouvrir. Un hommage à un passionné de chevaux écrit dans une langue parfois élégante, souvent désespérante, publié par un Gallimard qui nous avait habitué à beaucoup mieux ces dernières rentrées (septembre 2008 : Jean-Baptiste Del Amo, Une éducation libertine ; Tristan Garcia, La meilleure part des hommes ; Jean-Pierre Ohl, Les maîtres de Glenmarkie ; septembre 2009 : Alain Blottière, Le Tombeau de Tommy ; Marie NDiaye, Trois femmes puissantes, etc.). A laisser aux passionnés d'équitation et d'Etienne Beudant.

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Karen 16/03/2010 15:33


Et pour répondre à l'AEC, c'est dommage, c'est vachement bon, le keval.


Sébastien Almira 17/03/2010 11:06


En plus.


Karen 16/03/2010 15:32


"On s’exagère beaucoup l’importance des renvois d’ascenseur prétendument en vigueur dans le petit milieu littéraire parisien. Ainsi, à ma connaissance, aucun cheval encore n’a cru devoir consacrer
un livre à Jérôme Garcin."
L'écuyer est aussi un sujet d'aphorisme pour Eric Chevillard :D


Sébastien Almira 17/03/2010 11:14


Fort heureusement.


aec 06/03/2010 01:21


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