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Kaoutar Harchi, L'ampleur du saccage, roman, 120 pages, Actes Sud, août 2011, 15 € ****

Publié le par Sébastien Almira

harchi3.jpgAuteure de l'étrange et puissant Zone Cinglée (publié dans la collection Exprim' Sarbacane, à destination des 15-25 ans) où elle rejouait en banlieue une sorte de tragédie antique sombre et alarmante sur l'état d'une jeunesse perdue qui aspire à la lumière des villes, Kaoutar Harchi réunit les mêmes ingrédients dans son premier roman pour adultes, beau et terrifiant, publié en pleine rentrée littéraire, cette année chez Actes Sud.

 

 

« Héritiers maudits d'un effrayant geste collectif attisé par une féroce répression sexuelle qui, trente ans plus tôt, a profané le corps d'une femme et marqué leurs destins respectifs du sceau de la désespérance », quatre hommes dont les liens ne sont pas connus de tous quittent Paris pour Alger. Ils tentent, chacun, de fuir, d'honorer la dernière demande d'une mère défunte, de retrouver un enfant ou encore de se recueillir sur les vestiges de l'atrocité commise trente ans auparavant.

Je ne peux en raconter plus sur ce texte court, de peur de vous dévoiler certains de ses mystères, dont les liens se dénouent au fil de ce voyage initiatique sur les terres originelles.

 

harchi2.jpg« Tandis que je rejoins Arezki, je vois tous ces mâles alignés le long des immeubles, qui fument toujours et encore. Juste pour oublier que le chômage et le célibat ont tout remplacer. Il faut le dire : la vie est un trafic d'objets courants vendus au marché noir contre quelques billets et les imams, les jours de fête, organisent des orgies interminables où les sexes opiniâtres ont l'odeur du poisson avarié. Dans ce pays comme ailleurs, les solitudes contemporaines naissent du prix exorbitant des bordels. » page 76

 

« Le temps est mort. Le peuple algérois, suspendu. Les abribus, les entrées d'immeubles et les trottoirs, les tavernes, les jardins publics, les abords des fenêtres et les parkings sont de vastes salles d'attente. En réalité, je crois que personne n'espère plus rien mais les corps, eux, demeurent figés dans l'expectative. Les yeux écarquillés, les bustes penchés vers l'avant, les bras tendus, eux, peut-être y croient encore...

Accordant des délais, des échéances. Pensent que les horloges exilées hors des terres retrouveront un jour le chemin du retour. Quant à moi, je compte tout ce qui est à proximité. Trompe des secondes qui ont déjà rompu. Et cette gangue lourde qui colle à la peau me rappelle que même le ciel est sans issue. » page 79

 

 

De sa plume bouleversante et sans appel, Kaoutar Harchi, vingt-quatre ans, il convient de le préciser, signe une vibrante fiction (« car les gens ne croient plus en la vérité mais seulement en la fiction, en l'invention d'un malheur qu'ils disent exagéré, faux, alors qu'il est le leur, le nôtre », page 118), dressant un constat au vitriol de l'Algérie contemporaine, dont les enfants sont voués à ne rien attendre de plus que leur misère. Des générations d'hommes et de femmes perdus, frustrés par une vie mortifère, une sexualité bridée, des interdits religieux et des traditions ancestrales auxquels la jeune Kaoutar rend un bel hommage, sans chercher à pardonner leurs crimes, mais en racontant leur histoire, aussi terrible soit-elle. Une des révélations de la rentrée, tout simplement magnifique.

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denis 17/03/2012 15:19


un très beau et sombre roman passé inaperçu


dommage


nos blogs ne peuvent qu'aider à découvrir de tels livres


 

Sébastien Almira 11/04/2012 16:50



Oui, il y a des livres comme ça, pour lesquels j'essaie d'en parler le plus possible, de poster des commentaires, etc. parce qu'ils méritent d'êtres lus, mais je me demande parfois si on y
parvient réellement...



Jostein 11/10/2011 09:22


J'ai beaucoup aimé ce livre aussi. Pour l'instant, un des plus forts de ma rentrée littéraire.


Luna 02/09/2011 14:19


Je crois que c'est un livre qui me plairait, je note !


Sébastien Almira 05/09/2011 11:47



Il est très beau, tu me donneras ton avis !