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Laurent Seksik, Les derniers jours de Stefan Zweig, roman, 180 pages, Flammarion, janvier 2010, 17 € ***

Publié le par Sébastien Almira

 « Est-on encore un écrivain lorsqu'on n'est plus lu dans sa langue ?

Est-on encore en vie lorsqu'on n'écrit plus de son vivant ? »


seksik2.jpgLaurent Seksik commence à écrire, alors qu'il a douze ans, des poèmes, puis des essais et des romans, avant de devenir médecin. À vingt ans, on lui offre Le Monde d'hier, autobiographie de Stefan Zweig où il parvient à ne jamais parler de lui. C'est le choc, sa manière de voir l'Histoire et le Monde change, il se plonge dans la littérature et l'influence du maître est telle qu'il lui dédie sa thèse... sur le cancer du poumon !

Stefan Zweig est le grand écrivain que l'on connait, nul besoin de m'épancher ici sur son oeuvre. Laurent Seksik lui rend hommage puisqu'il entreprend de raconter ses derniers jours. Lorsqu'on lui demande pourquoi les derniers jours, il répond « parce que c'est une histoire terriblement triste, terriblement émouvante », et parce que « la plupart des écrivains préfèrent les heures sombres aux heures de gloire, ce qui fait la différence avec les biographes ».

 


« Fuir était sa façon d'habiter le monde. »

« Il avait été le premier des fuyards, il était le dernier des lâches, le dernier des hommes, le dernier Zweig. »


Il conte donc l'exil et la fin du couple Zweig, ces années « de pauvreté, de bannissement des siens, (où) il apprend ce qui se passe pour les siens, par vagues » (Laurent Seksik, Librairie Mollat, Bordeaux). Il conte les fuites de Zweig, fuite devant le Reich, fuite de l'Angleterre, fuite des Etats-Unis et l'interminable fuite devant sa femme, Lotte. Il conte la relation de l'écrivain et sa femme. C'est peut-être là qu'il est plus romancier que biographe, puisque de Zweig il connait presque tout alors que de Lotte ilsuppose et invente une histoire, celle d'une femme qui aime presque sans retour. Celle d'un homme et d'une femme unis par le mariage comme une victime et son bourreau : « chacun avait prononcé yes à sa manière, Lotte avec ferveur, lui comme une réponse à une formalité ». Il met plus de lyrisme lorsqu'il romance Stefan Zweig à travers le personnage de Lotte que lorsqu'il retrace la réalité de l'écrivain déjà traduit dans près de trente langues et vendu à plus de soixantes millions d'exemplaires. Il conte l'exil, l'errance, les pertes (toutes les toiles de maîtres et autres manuscrits reposant chez Goering dont Zweig n'a pu sauver que deux Rembrandt et Das Veilchen, le manuscrit original de l'oeuvre de Mozart), mais aussi les relations et les rencontres avec Joseph Roth, qui le considérait comme un écrivain, mais qu'il a aidé à finir son chef d'oeuvre, La Marche de Radetzky, Herman Hesse, qu'il a encouragé à ses débuts, Rilke ou encore Einstein. Jusqu'au suicide. Le suicide des deux amants, dont l'un commande et l'autre, aimante, obéit.


« Ce livre tente, non pas d'expliquer, mais de lever un peu le voile sur ce geste. »seksik1.jpg


Flammarion publie là un très bon livre que Gallimard aurait certainement été fier d'exposer à son catalogue (puisqu'il s'agit souvent de ça chez Gallimard : montrer, montrer ce que Gallimard est capable de publier). Un hommage à Zweig, dans les derniers jours, les plus sombres, un hommage peut-être aussi aux Juifs, célèbres, reconnus, inconnus, riches ou pauvres, qui ont fui le régime nazi et à ceux, moins chanceux, moins aisés, qui n'y sont pas parvenus et qui y ont pour beaucoup laissé leur peau. Un hommage, bien sûr, à Lotte, l'épouse aimante et soumise, prête à tout pour l'homme dont elle partage les jours, tapie dans l'ombre.


« J'ai l'impression d'avoir écrit le livre qu'il n'avait pas écrit », lance-t-il avant de rappeler qu'un critique avait dit de lui qu'il avait écrit un roman sur Zweig, à la manière de Zweig. Un très bel hommage, donc, mais un peu moins de prétention de la part d'un auteur qui n'hésite pas à lire des extraits de son livre en réponse aux questions posées à la librairie Mollat n'aurait pas été de refus !

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Choupette 18/03/2010 22:50


heureusement que j'étais là pour te souffler certaines de ces informations, quand monsieur regardait les ptites vieilles :)
très bonne critique ptit gars !!


Sébastien Almira 19/03/2010 12:19


Merci ptite choup' !