Mylène Farmer en Bleu Noir

Publié le par Sébastien Almira

mfjt_013.jpgAlors qu'elle avait l'habitude de faire couler trois à six ans entre chaque album, celle qui règne sans conteste sur le marché du disque français depuis plus de vingt-cinq ans frappe fort alors qu'on ne l'attendait pas. Son précédent opus, Point de Suture, datait d'août 2008, sa détonante tournée aux 550 000 spectateurs avait culminé par deux fois au Stade de France en septembre 2009 et le DVD retraçant ces deux concerts était la meilleure vente de DVD musicaux depuis plusieurs mois lorsque Mylène Farmer annonça un duo écrit pour le retour de Line Renaud, C'est pas l'heure, un duo événement avec Ben Harper sur l'album hommage au groupe INXS, Never tear us apart et, dans la foulée, que son nouvel album était fin prêt.

Et pas n'importe quel album puisqu'elle a travaillé avec Red One, notamment faiseur de tubes de Lady Gaga, Moby et le groupe anglais Archive. Laurent Boutonnat, planchant sur son nouveau film, n'est pas de la partie et il y a dans ce projet un besoin de renouveau, de création pour l'artiste, même si on peut supposer un but plus intéressé : profiter du buzz Line Renaud / INXS pour ne pas se faire oublier, en touchant par la même occasion un public jeune et avide de créations commerciales grâce à Red One ainsi que les fans de Moby et Archive.

 

Le résultat est pour le moins déroutant. En septembre, on découvre Oui... mais non, composée par Red One, chanson qui ne laisse personne indifférent. Quand bien même l'on sait que cette expression ne veut plus dire grand chose, elle prend ici toute son ampleur : j'ai adoré la chanson les deux premiers jours, persuadé qu'il s'agissait là d'une tuerie ; j'ai de moins en moins aimé par la suite, trouvant les arrangements pas vraiment originaux et déjà vieillots ; puis j'ai fini par m'y faire en espérant toutefois que Red One ne serait que très peu présent sur l'album et que la direction choisie par Mylène n'était pas cet électro, nasillard et déjà vu, de piètre qualité.

Un site éphémère est créé pour l'occasion. Le principe est simple : à chaque pallier (10 000 ou 20 000 visites uniques), un élément de l'album était dévoilé. Extrait d'une chanson, pochette de l'album, remix et clip de Oui... mais non entre autres, jusqu'au dernier pallier où, à 400 000 visites, était dévoilé la chanson et le clip de Leila. Pari réussi puisque jusqu'à la fermeture du premier site du genre, ce sont plus de 500 000 visiteurs uniques qui sont venus découvrir les surprises du retour de Mylène Farmer. Le succès était déjà au rendez-vous.

 

mylene-farmer-bleu-noir.jpgDébut décembre paraissait Bleu Noir, affublé d'une pochette et d'une mise en page de très mauvais goût créées par un Henry Neu qu'on avait connu plus inspiré, moins débutant, moins incapable.

À la première écoute, ne ressortent d'un ensemble pataud que les deux morceaux de Red One, Oui... mais non et Lonely Lisa, le reste se laissant écouter comme de la bonne musique d'ambiance. Ce n'est qu'après plusieurs écoutes que la qualité se révèle à nos oreilles. D'accord, il ne faut pas généraliser : je suis certain que d'autres n'ont pas attendu ce seuil de tolérance pour se rendre compte de la qualité du disque.

Le travail de Moby est le plus hétérogène de l'album, son électro planant sied bien à la pop de Farmer avec de nouveaux types de chansons malgré une certaine redondance sur quelques titres : un Bleu noir aux saveurs électro-rock servi dans un plat plus tendre qu'un Instant X, des Toi l'amour ou Moi je veux... mid tempo pas très recherchés, un M'effondre typiquement Moby qui débute tranquillement avant de finir en beauté et deux Inséparables (dont la version anglaise est écrite par Moby) pas vraiment indispensables. Quant à N'aie plus d'amertume, elle fait figure de ballade culte de l'album, bien qu'elle ne puisse rivaliser avec la classieuse Point de suture ou la mythique Ainsi soit je... Les compositions du New Yorkais sont unanimement celles qui collent le mieux à l'univers et aux sonorités Farmer/Boutonnat, entre renouvellement et continuité.

Archive, eux, ne signent que trois chansons, mais quelles merveilles ! Un Light me up prêt à nous transporter à Londres dans un piano bar jazzy et cosy, un somptueux hommage à la princesse Leila avec un morceau éponyme où Mylène pose sa voix tendrement plus qu'elle ne chante, ainsi qu'un vibrant Diabolique mon ange où les couplets ont des allures de refrains et inversement.

Quant à Red One, on préfère oublier ses « arrangements putassiers » (dixit l'excellente critique d'Arno Mothra à lire ici) en se disant que Oui... mais non signe enfin le retour de Mylène Farmer en radio et en télé, après avoir été injustement boudée pour ses deux précédents albums, notamment par son principal sponsor NRJ.

 

bleu-noir_affichage_02juvisy-parptitgeniemfiscalle-copie-1.jpgÀ la demande de la chanteuse, sa voix est plus mise en avant que d'accoutumée. Plus de nappes de synthés, de basses trop puissantes, de guitares trop agressives pour masquer les effets auxquels elle s'adonne (excepté sur le titre Bleu Noir où sa voix est quasi inaudible) ; ses mots sont tantôt graves et chauds, aigus et cristallins, scandés, soufflés ou encore longuement posés comme sur du velours (M'effondre, Leila). Paradoxalement, c'est lorsque ses textes sont plus dépouillés que jamais qu'elle donne une importance rarement vue dans ses chansons à sa voix. Les mots qu'elle porte sont moins recherchés, les phrasés moins travaillés, les sens cachés bien cachés , les jeux de mots quasi absents... Pas de texte à la hauteur d'un Je te rends ton amour ou d'un Paradis inanimé. C'est plutôt devant les musiques et les mélodies de Diabolique mon ange, Leila, Light me up ou encore M'effondre que l'on pourra s'enthousiasmer.

 

 

Il faudra bien plusieurs écoutes pour s'apercevoir que la banalité perçue au début cache un résultat empreint d'originalité et de qualité dans les compositions et les arrangements, même si l'on pourra regretter le punch de Point de Suture. Ce huitième album un brin mélancolique marque une révolution dans la carrière de Mylène Farmer puisque c'est la première fois qu'elle ne travaille pas avec Laurent Boutonnat et cet essai est, ma foi, plutôt réussi si tant est que l'on s'y plonge un minimum.

En tout cas, ce tournant n'a pas alarmé les acheteurs puisque, l'effet Noël aidant, l'album s'est arraché à plus de 139 000 exemplaires (record de l'année) et plus de 9 000 en téléchargement légal (record tout court) la première semaine, et plus de 81 000 la seconde !

 

 

 

Je vous propose deux petites merveilles à écouter jusqu'au bout (effet crescendo assuré !) pour vous convaincre, si ce n'est déjà fait. N'hésitez pas à donner votre avis !

 

M'effondre, composée par Moby, est la chanson « expérimentale » de l'album, au même titre que Psychiatric dans L'autre... (1991) ou Porno Graphique dans Avant que l'ombre...(2005) :

 


 

Diabolique mon ange est une merveilleuse composition de Darius Keeler (Archive) :

 

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Mélissa 28/12/2010


J'ai parcouru ton site, je vois que tu aimes lire et écrire . Je te conseille la lecture des romans de Mireille Calmel , je suis curieuse de voir ce que pourrait etre une critique de toi sur son "
oeuvre " . Amicalement ( j'aime bien Mylène aussi , que j'ai été voir en 2006 à Berçy ) .


Johan 28/12/2010


Effectivement, sans doute les deux meilleurs titres de l'album, la collaboration avec Archive est simplement parfaite.


Marjorie 28/12/2010


Ah j'attendais avec impatience la critique de Bleu Noir. Ayant moi-même été trsè perplexe, je ne savais pas si j'aimais ou pas. Aux premières écoutes, je ne ressentais rien de bien exaltant.
J'accrochais moyennement à Oui mais... non et j'espérais secrétement que les autres titres ne lui ressemblaient pas. Bon, rasurée en écoutant l'ensemble mais aussi déçue de cette ambiance
mollassone. Et puis à force d'écoute, aujourd'hui, je trouve que certains morceaux méritent qu'on s'y attarde. Je suis particulièrement attachée à Leila tant dans la musique que les paroles. Ma
préférée c'est bleu noir, un beau mélange. Et puis un coup de cpeur qui a mis du temps à se faire pour M'effondre qui traduit ce que je ressens en ce moment (that's why). Après, j'ai du mal avec
Diabolique mon ange pour les paroles que je trouve baclées. La musique n'arrive pas à sauver l'ensemble. Bon, mais l'ensemble des fans est en pamoison pour cette chanson alors je dois être la seule
à rester dubitative. C'est vrai que Moby a fait un peu de tout et que ce n'est pas très égal.
En général, je salue Mylène Farmer pour cette audace d'avoir fait appel à de nouveaux compositeurs. Nathalie Rheims dit d'elle qu'elle fait ce qu'elle veut, elle n'a de compte à rendre à personne
et on ne peut que le saluer.
Voilà en gros mes impressions qui sont amenées à changer avec le temps !
Joyeuses fêtes


Vincent 29/12/2010


Fusion d'univers réussie (avis perso) pour Mylène qui semble nous en réserver encore de bien belles...
Un album qui a cependant eu du mal à me convaincre au départ, du fait d'un style trop "mielleux" avec des titres tels que Moi je veux, Toi l'amour ou encore N'aie plus d'amertume.
Finalement, ce sont quelques bons titres dont je ne me lasserai plus (Lonely Lisa, Oui mais...non, M'effondre, Diabolique mon ange, Bleu Noir, light me up).


Tcheu 11/01/2011


Plutôt du même avis que Johan. Je suis fan aussi et pourtant j'ai été déçue par cet album. M'effondre en revanche est probablement ma préférée. Ma critique de l'album est bien plus personnelle et
négative. J'aime pas spécialement le changement. Innamormento et Aqlo restent mes albums préférés.


Tcheu 11/01/2011


Pardon, petite erreur; je voulais dire du même avis que Marjorie ^^"


Tcheu 13/01/2011


Et bien, sur mon blog pardi! C'est mon blog perso mais j'y fais quelques critiques - assez subjectives - des choses qui me marquent, de temps en temps.
http://tcheu.wordpress.com/2010/12/09/oeil-au-beurre-noir/


Opti-mix-tic54 16/03/2011


Un retour inattendu que personne n'imaginait si tôt et qui se révèle une bien belle surprise!!!!



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