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Lucie Land, Good morning, Mister Paprika, roman, 210 pages, Sarbacane, Collection EXPRIM', mars 2011, 15 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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Les disputes de couple ont parfois du bon. Hier soir, par exemple, je ne voulais pas remonter dans notre chambre, alors je suis resté de vingt-trois heures à deux heures du matin dans le salon à lire le nouveau roman de Lucie Land. La miss, qui a notamment enseigné le français dans des réserves indiennes et travaillé comme clown, vit aujourd'hui à Uzès, ville du Musée du Bonbon ! Après Gadji ! (Sarbacane, 2008), elle publie son second roman, Good morning, Mister Paprika.

 

 

Sur Bleu, on peut jouer au Bingo. C'est d'ailleurs certainement le seul jeu qui existe sur Bleu. Quand on gagne au Bingo, c'est la chance de passer 24 heures sur la Terre qui nous attend ! Certains en ont peur et sont bien contents de perdre à chaque fois mais ton voisin, lui, y est allé dix fois, et il était bien heureux ! Certes, il n'est pas revenu sur Bleu la dixième fois et on raconte qu'il a été envoyé sur Noir ou que la Terre a joué de ses pièges mesquins pour le détruire.

Toi, en attendant, tu viens de gagner pour la première fois au Bingo et ça te fout un peu les boules. Après tout ce qu'on t'en a dit... Seul ton voisin, Mister Paprika, semblait y trouver du bon. C'était d'ailleurs le seul Bleuté à avoir un surnom. Et encore, c'est toi qui le lui a donné lorsqu'il a renversé du paprika sur sa tunique bleue.

Lorsque tu arrives sur Terre, tu te choisis l'apparence d'un skateur aux cheveux mi-longs, le prénom Ashok et trois agresseurs comme groupe d'amis : Lili, à cause de laquelle tu comprends vite la signification de tomber amoureux (chose interdite sur Bleu), et ses deux frères Vic et Vladim.

Tu découvres les enfants, les femmes, les hommes, les vieillards, tous différents alors que sur Bleu, vous êtes tous semblables. De 0 à 120 ans, vous êtes les mêmes, même corps, même esprit formaté. Tu découvres des couleurs par millions, des nuances de bleu, de vert ou de rouge par dizaines. On vous avait pourtant mis en garde, les couleurs tuent les yeux, débloquent l'esprit, rendent fou. Tu découvres des odeurs à chaque coin de rue, le pain chaud, les poubelles, le parfum d'une femme, le tabac, etc. Tu découvres l'amitié, l'amour, la jalousie, la solidarité, la haine et la vengeance. Enfin, tu découvres ce que tu aimes le plus : les oiseaux. Mister Paprika t'avait appris à reconnaître les couleurs et les oiseaux. D'ailleurs, tu ne comprends pas pourquoi les Terriens n'aiment pas les pigeons !

Et tu te fais voler la montre qui te sert de liaison avec Bleu et sans laquelle tu ne pourras pas repartir. Avec tes nouveaux amis, Révolution (un grand blond portant un tee-shirt « Révolution ») et le pianiste (son cousin) dans les pattes, tu mènes, tambours battant, une enquête explosive pour retrouver le trans qui s'est enfui avec ta montre dans une Mercédes rose en perdant un sein en silicone !

Et tu découvriras de terribles révélations sur ta planète ! Couplé à ton amour pour Lili et le projet utopiste de Mr Paprika, tu te retrouveras alors face à un choix cornélien ! Mais je crains d'en avoir déjà trop dit...

 

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- La Brasserie des Nuages, ça te dit quelque chose ?

- Non, c'est où ?

- Près d'une église devant laquelle on mange de la soupe.

- Je vois, c'est sur mon chemin. Je te dépose, si tu veux ? Je dois aller retrouver des amis pour le sound check dans un club de jazz.

- Où ça ?

- Au Blue Pocket, sur le boulevard. On y joue cette nuit.

- C'est quoi, le jazz ? tu l'interroges.

- Le jazz... c'est la liberté.

- Et le sound check ?

- C'est pour régler techniquement tout ce qui est lié au son...

- Et club, ça veut dire ?

- Endroit pour initiés.

- Et initiés ?

- Laisse tomber.

(page 89)

 

Comme en témoigne l'extrait ci-dessus, l'intrigue promet plusieurs scènes drôles, comme ce fut le cas pour E.T., ou plus récemment pour Paul, parallèle un peu facile, je le concède. Grâce à Ashok et sa méconnaissance du monde terrien (exceptés les couleurs et les oiseaux), quiproquos et situations comiques sont à prévoir !

 

Avant de poursuivre dans une flatterie excessive, j'ai un reproche à adresser à l'auteure : sur Bleu, on apprend aux Bleutés, on le leur imprègne bien comme il faut dans la tête, que la Terre est dangereuse. Alors pourquoi leur faire gagner des voyages pour y aller, même vingt-quatre heures, et risquer qu'ils se rendent compte que ce n'est pas le cas ? Que sur la Terre, il n'est pas interdit de prendre des risques, souffrir, rire, réfléchir, fumer, douter, glisser sans but, hurler, croire ou ne pas croire, jouer, se toucher, prier, sentir, chanter, goûter, faire l'amour, etc. ?

 

Le point fort de ce roman est de mêler les genres avec brio. Sur l'argumentaire de la maison d'édition, on peut lire « Un Petit Prince version 2.0, avec un héros mi-lutin, mi-Candide, dans une fable philosophique pétillante » et « Poétique, légère et fluide, entre balade littéraire et enquête policière l'intrigue accroche jusqu'à la dernière page ! »

Et c'est vrai. Il y a du policier, il y a de la fable, il y a de l'utopie, il y a de la sciences-fiction, il y a de l'anticipation, il y a du documentaire, il y a de la recherche littéraire. Il y a de tout ça, mais il n'y en a pas trop. C'est là le talent de Lucie Land qui emprunte à tous les genres sans en abuser. Un peu d'anticipation, mais pas assez pour en faire un roman de sciences-fiction. Un peu de discours sur l'environnement, mais pas assez pour en faire une plaidoirie à la Green Peace. Un peu d'utopie, mais pas assez pour en faire un pamphlet philosophique à la Voltaire. Un peu d'enquête policière, mais pas assez pour en faire un polar ou un roman noir. Un peu de réflexion, mais pas assez pour nous ennuyer (de toute façon, il est interdit de réfléchir sur Bleu).

Non, ici, vous découvrirez la littérature comme Ashok découvre la vie sur Terre. De tout, dans tous les sens et avec tous vos sens !

 

« Plus je me sens seul, plus je me sens faire partie du monde terrien, tu penses en traversant. » (page 108)

 

 

 

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Merci aux éditions Sarbacane et à Anaïs pour l'envoi du livre !

 

Commenter cet article

margaux 15/03/2011 11:19


ça à l'air effectivement plutôt pas mal!


Sébastien Almira 15/03/2011 12:06



Ah ! J'te l'avais bien dit !



cha 09/03/2011 21:14


tu m'as trop donné envie de le lire, tu me le passeras ??


Sébastien Almira 10/03/2011 10:35



Pas de soucis ! Mais si tu l'achètes, ça fera du chiffre dans ton rayon ^^