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Lyonel Trouillot, Parabole du failli, roman, 180 pages, Actes Sud, août 2013, 20 € **

Publié le par Sébastien Almira

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Pedro est un jeune comédien haïtien à qui le succès semble enfin sourire. Mais, en tournée à l'étranger, il se jette du haut d'un immeuble.

Un ami, l'un de ses deux colocataires, tente de comprendre les raisons de ce suicide à travers une vibrante et virulente plaidoirie qu'il adresse au défunt lui-même.

 

Je dois l'avouer de suite : je n'ai pas terminé ce roman. Pourtant, la trame avait de quoi accrocher et l'écriture de Lyonel Trouillot est, ne pesons pas nos mots, magnifiques. Mais j'ai passé le stade où je me forçais à tout finir. Là, j'aimais ce que je lisais, mais je ne ressentais pas l'intérêt de continuer. Tout simplement.

 

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Voici quelques extraits que j'ai eu le temps de noter et qui vous donneront, je l'espère, l'envie de lire cette Parabole du failli et l'envie de revenir me donner votre avis.

 

« Aux vieilles qui s'essoufflaient en grimpant la colline de leurs chaussures d'un autre temps et auxquelles tu offrais quelquefois ton bras, parce que la pente est raide et que ce n'est pas plus mal si les forts aident les faibles. Tu aimais les vieilles autant que les enfants et, toutes fières, avec des sourires de bal de débutantes, elles grimpaient à ton bras cette satanée de colline qui avait épuisé leurs rêves, leurs jambes, leurs amours. Le dernier homme à leur avoir donné le bras avant toi était mort depuis longtemps. Va-t'en-savoir-pourquoi, cette putain de colline est une machine à faire des veuves. » page 14

 

« Tant pis s'ils ne t'écoutaient pas et te tournaient le dos. Tu disais qu'il faut parler aux hommes comme le dos du vent, en retard de vitesse, « à perte », comme dit le poète. « Tout se perd et rien ne vous touche ». Mais rien n'est absolu, éternel, définitif. Pas même la merde. Et, à force de tourner, il arrive que le vent revienne sur ses pas, ramasse de vieux mots, de consignes d'amour autrefois inaudibles, et tout n'est pas perdu. Tu traînais dans la rue ton sac de paraboles, comme l'autre qui n'en finissait pas de dire à sa mère et ses amis, à son père adoptif – un brave type, celui-là, quelle modestie faut-il pour prendre pour épouse la mère d'un enfant né comme au passage du vent –, aux ouvriers et aux comptables, aux pêcheurs et aux érudits : « … en vérité, je vous le dis... » Toi, tu disais : « Les bulletins de nouvelles, c'est de la sauce piquante versée sur le malheur, les infos c'est le pouvoir, inventez des informations à la convenance de vos rêves et vos rêves prendront le pouvoir. » Tu avais beau dire ces choses, nous exhorter à la méfiance quand nous écoutions la radio, le soir où, en écoutant la station étrangère que la femme du camionneur impose à son mari comme une thérapie conjugale, nous avons entendu qu'un garçon de chez nous s'était jeté du douzième étage d'un immeuble d'une grande ville, que les causes de son suicide n'étaient pas connues, nous avons compris qu'entre deux mensonges, les bulletins de nouvelles nous révélaient parfois de tristes vérités. Nous te croyions ailleurs, donnant la comédie. Et voilà que par la voix du présentateur, tu rentrais chez toi, dans notre deux-pièces, comme par effraction, comme la pire des surprises, comme si ton corps s'était brisé là, devant nous, dans la chambre. » pages 15-16

 

« Quand les pauvres se mettent à avoir de la classe et s'expriment comme des chérubins vivant dans les nuages, c'est qu'ils se laissent atteindre par les vices des riches. » page 16

 

« Et, parfois quand on a trop bu, l'un ou l'autre se jette dessus (son matelas) et joue à être toi. Mais, merde, nous n'avons pas ton talent pour être soi-même et les autres. » page 19

 

« C'est toujours sur le dos des autres que l'on développe des amitiés. Le truc, c'est de choisir quels autres. » page 22

 

« Le malheur, c'est comme la copie d'un élève qui a mal appris à la base. On peut juste la noter et constater l'échec. » page 24

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Evénement Socrate de Paulin Ismard 17/10/2013 11:00


En voilà une bonne littérature. Merci de l'avoir partagé!